Turbo Kid : de l’action, des BMX, du gore et une histoire d’amour

C’est dans une croissanterie du Mile End que m’attendaient pour une entrevue les trois réalisateurs du film Turbo Kid : Anouk Whissell, François Simard et Yoann-Karl Whissell. Mettant en vedette Munro Chambers, Michael Ironside et Laurence Leboeuf. Turbo Kid nous replonge dans l’univers nostalgique des films post-nuke italiens des années 80. Depuis sa première à Sundance cet hiver, les fans québécois du collectif RKSS (Roadkill Superstar) attendaient impatiemment que leur premier long métrage sorte au pays. C’est le Festival Fantasia qui a eu l’honneur de présenter le film en première canadienne. Projeté dans une douzaine de salles au Québec depuis le 14 août, Turbo Kid s’apprête – au moment d’écrire ces lignes – à sortir dans plusieurs salles américaines et canadiennes (sans compter qu’il est disponible depuis peu en VOD).

laurence leboeuf

Quelle est la genèse de Turbo Kid?

François Simard Voilà quelques années, on faisait beaucoup de fausses bandes-annonces. On a toujours voulu en faire une post-apocalyptique, un peu comme les rip-off italiens de Mad Max.

Yoann-Karl Whissell On est des gros fans de ces films-là.

FS : Avant que ça se fasse, Jason Eisener [réalisateur canadien de Hobo with a Shotgun – NDR], qu’on a rencontré à Fantasia, nous a parlé de The ABC’s of Death. On venait juste de faire un concours, ça nous tentait pas de participer encore à ce genre de compétition où t’achales tes amis pour voter pour ton film, mais il nous a vraiment convaincu. Jason est tellement enjoué et il nous a tellement mis dedans que quand on est revenu en voiture, on commençait déjà l’écriture de T for Turbo.

Vous avez participé au concours, mais T for Turbo n’a pas été retenu par le jury. Par contre, le producteur derrière The ABC’s of Death a suffisamment aimé votre projet pour vous proposer d’en faire un long métrage.

FS  On n’a malheureusement pas gagné, mais en bout de ligne, on a reçu le courriel de Ant Timpson qui nous disait : « Ah! So close! But would you guys like to turn that short into a feature? » On a fait comme : « Oui »! Donc en bout de ligne, on a gagné beaucoup plus que juste d’avoir notre short dans le long métrage, on a gagné la chance d’enfin faire un long!

Oui, c’est une belle opportunité. C’est de là que vient la participation néo-zélandaise? [Ils confirment] C’est strictement de l’argent privé qui vient de là?

YKW Non, c’est de l’argent public de la Nouvelle-Zélande. Toute la postproduction a été faite là-bas. La Nouvelle-Zélande est minoritaire et le Canada est majoritaire sur la production.

Anouk Whissell La New Zealand Film Commission a embarqué en premier dans le fond, pis Téléfilm Canada a tout de suite dit oui au premier tour. On a été vraiment chanceux.

Pas la SODEC?

AW Non, mais la SODEC après nous a beaucoup soutenu pour faire la promotion du film, pour nous aider à voyager avec le film. Ils sont vraiment contents du projet.

turbo kid gang

Vous êtes le premier projet à se concrétiser grâce au marché de coproduction Frontières à Fantasia. Vous y avez rencontré votre coproductrice Anne-Marie Gélinas (Mars et Avril et Rebelle), ce qui a parti la machine. Est-ce qu’on peut demander à combien s’élève le budget?

YKW Non, malheureusement.

FS On se ferait chicaner.

YKW C’est une information qu’on ne pourra jamais donner à cause des ventes internationales.

J’irai voir l’estimé sur IMDb. (rires) Le tournage a eu lieu au Québec. Vous êtes tombés sur une période où il a fait très froid, transformant le désert prévu au départ en quelque chose qui se rapproche davantage d’un hiver nucléaire. Il y a eu combien de jours de tournage?

YKW Vingt-deux jours de tournage. Des journées plus courtes qu’à l’habitude vu les restrictions du budget. Encore là, il a fallu être créatif. Y a fallu faire des choix. On a toujours préservé le cœur de l’histoire dans nos choix. Je pense que c’est ça qui fait le charme de Turbo Kid. C’est le fait qu’on a priorisé l’histoire au lieu du gore ou de l’action ou de ces choses-là.

FS  À chaque jour, c’était un sacrifice. C’est une des choses qu’on a apprise sur le tournage. À tel point qu’on a dû couper la moitié de ce qu’on voulait faire.

Les gags gore restent malgré tout très présents. Est-ce que c’était un critère de la production ou c’est parce que vous « trippez » là-dessus?

AW C’est parce qu’on « trippe » là-dessus (en chœur avec Yoann). Dès le début, ça faisait partie de notre ligne de pitch. Y fallait que ce soit de l’action, des BMX, du gore et une histoire d’amour.

YKW C’est notre côté Bugs Bunny pour adultes (rires).

Votre directeur photo, Jean-François Bernier, est aussi dans le groupe Le Matos. La trame musicale est d’ailleurs l’une des grandes forces de votre film. Pouvez-vous me parler un peu de lui? Est-ce qu’il avait travaillé sur d’autres projets avec vous avant?

YKW On travaille tous ensemble depuis 2007. C’est comme le quatrième membre de Roadkill.  Dès qu’on a su qu’on faisait un long métrage, pour nous c’était sine qua non que Jean-Philippe fasse partie du projet. C’est quelque chose sur quoi, dès le départ, on a mis notre pied à terre. C’était sûr que c’était lui qui faisait la direction photo.

Est-ce que ç’a été difficile à imposer aux producteurs?

YKW Non. Ç’a très bien été (Anouk confirme). C’est sûr que Jean-Philippe à ce moment-là n’avait pas fait de long métrage…

FS Je pense qu’il en avait déjà fait deux.

YKW Ah oui! Il avait déjà fait deux longs métrages à très petits budgets [du moins Transit de Christian de la Cortina en 2008 – NDR]. Mais là maintenant, il y a une expérience de fou! Et le travail qu’il a fait sur Turbo Kid est hallucinant!

turbo kid

Vous avez un fanbase qui est quand même très solide et très actif sur les réseaux sociaux. Il gravite beaucoup autour du Festival SPASM et de Fantasia aussi. Parmi ce  fanbase, plusieurs ont reproché aux médias plus généralistes de ne pas parler suffisamment de votre film, surtout suite à Sundance. Ça semble être corrigé depuis deux-trois semaines – on dirait un mea culpa – mais je voulais savoir ce que vous pensez de ça? Pour quelles raisons pensez-vous que…

YKW Je pense que le film avait besoin de faire ses preuves, parce que c’est tellement pas un genre de films qu’on fait souvent ici. Et, peut-être que pour beaucoup de critiques au Québec, c’est moins leur genre de films, donc ils vont être moins portées à en parler. Moi, j’en reviens pas! On s’en parlait les trois ensemble et on pensait que les critiques ici seraient mi-figue, mi-raisin. En fin de compte, on a eu que des bonnes critiques, que ce soit Le Devoir, La Presse, Le Journal de Montréal…

AW La Gazette aussi. (Yoann confirme) J’ai l’impression aussi que c’est une façon de faire ici. Je pense que les journaux attendent la sortie officielle avant de commencer à en parler. Je sais pas pourquoi. J’ai l’impression que c’est une stratégie quelconque…

YKW C’est peut-être aussi une stratégie du distributeur. On le sait pas.

FS C’est vrai que les autres films québécois à Sundance ont eu beaucoup d’ exposure ici, mais pas nous autres.

AW C’est vrai ça. Mais nous autres, on dirait que les gens savaient pas que c’était un film québécois…

La langue? Vu que c’est en anglais, on en parle moins, comme pour les bands de musique?

AW, FS, YKW C’est possible.

YKW C’est une bonne théorie. Je ne serais pas prêt à dire non.

FS En même temps, on n’était pas surpris. Vu que c’est un film de genre, ça n’a pas vraiment la cote au Québec, c’est vu comme un cinéma bas de gamme. Mais, je pense que la tournée des festivals a fait en sorte qu’on arrive ici à Fantasia avec un buzz. On a déjà fait nos preuves, pis nous autres, on s’attendait au pire au Québec de la part des critiques. On s’attendait à se faire descendre et on a été vraiment surpris par l’accueil qu’on a eu ici. Mais j’ai l’impression que si on avait sorti notre film ici en premier, on aurait pas eu ce buzz-là.

turbo kid munro

Comment avez-vous fait la sélection de vos acteurs principaux?

YKW Pour Munro, on est allé en audition. On n’a demandé des tapes. Une fois qu’on a reçu ceux de plusieurs jeunes, on a choisi ceux qu’on préférait et on a fait des auditions. On est allé à Toronto pour rencontrer ces jeunes-là. Munro était le premier. Il est arrivé, il était super prêt. Pis vraiment, il nous a blown away! C’était comme fou raide son talent. Y avait vraiment préparé des scènes et tout ça. Quand il a quitté la pièce – on était avec notre productrice Anne-Marie, on était les quatre autour de la table et on a fait comme : « Ouin, on a notre Kid! Il est fantastique! » Je pense qu’on est chanceux d’avoir travaillé avec lui à ce niveau-là de sa carrière parce qu’il va être découvert, pis y va être gigantesque. Ça va être une méga star d’après moi.

AW Et, on est vraiment content parce que c’est un rôle qui est important aussi parce que c’est lui le personnage central de l’histoire. Il a le poids du film sur ses épaules. On voulait vraiment quelqu’un avec du talent.

FS C’est la seul personne qui a passé une audition. Les autres, c’étaient vraiment notre dreamcast.

YKW Pas la console de jeu vidéo. (rires)

FS On pensait vraiment qu’on était trop petit pour avoir des gros noms comme Ironside ou Laurence Leboeuf. On dirait que les planètes se sont alignées. On a rencontré Michael Ironside vraiment par hasard à Toronto pendant un cocktail. Ça a adonné qu’il était là. On a dit à notre productrice : « Il faut vraiment lui parler du rôle ». Elle nous a amené devant lui. Elle a dit : « Je suis productrice, je produis leur film, ils vont vous le pitcher ». Puis, elle est partie. Donc, on n’a pas eu le choix de le FAIRE. Au début, il nous a dit : « You do realize, I’m a born again Christian. I don’t do that shit anymore ». (rires) Ben là, on a fait : « Ok. Tant pis ». Pis là, y a fait : « I’m fucking with you! Send me the script! If I like it, you will hear from me». Le lendemain, je pense qu’il embarquait.

Et pour Laurence Leboeuf, ça a été aussi facile?

YKW François est vraiment incroyable en Photoshop. Y avait dessiné Laurence dans le personnage d’Apple pour qu’elle ait du visuel avec le script. Donc, elle se voyait dans le rôle en même temps de le lire. Je pense que c’est une façon brillante d’approcher un acteur.

AW Ça pique la curiosité.

FS Ça l’a vraiment accroché.

AW Et elle aimé le script.

YKW Elle a embarqué dans le jeu. Je pense que le personnage d’Apple ne peut pas exister sans elle.

AW C’est un personnage qui est quand même assez… (Elle réfléchit) Il faut que tu fasses attention, parce que ça pourrait déraper carrément. Avec le talent de Laurence, pour ce rôle-là, ça permis justement que son délire soit contrôlé.

turbo kid gore

Est-ce que cela te faisait de la peine de ne pas faire le rôle de la fille dans la version longue? [Anouk tenait l’un des rôles principaux dans T for Turbo – NDR]

AW Ah non, pas du tout! Je pense qu’on aurait pas eu le temps.

YKW On avait assez de la réalisation.

AW Les petits rôles, c’était le « fun » (François confirme).

François et toi avez tout de même deux rôles importants. C’est quand même les parents du Kid. [Yoann a également un petit rôle dans le film – NDR].

AW On voulait faire un genre de concept où le père et la mère du Kid seraient les mêmes acteurs que le court métrage. On était sensé avoir François Gadbois [le Kid dans le court métrage – NDR] qui joue le père, mais à cause de tous les problèmes de météo, on a été obligé de changer l’horaire, ce qui a provoqué un conflit avec un autre projet sur lequel il travaillait déjà. Donc, il n’a pas pu venir et c’est pour ça que François a pris la place.

Est-ce que vous avez essayé aussi de donner un caméo à Yves Corbeil? [Il joue le rôle du méchant dans la court métrage – NDR]

AW Ben oui, il est dedans! Il est le général dans la télé! Dans le spaceship!

Ah! Je l’ai pas reconnu. Je suis content d’apprendre ça! (rires) Vous avez un nouveau projet que vous soumettez au marché Frontières. C’est quoi?

YKW Ça s’appelle Elora’s Death Wish, c’est un film de vengeance féminine un peu Kill Bill, un peu Léon le professionnel, un peu Commando. (rires)

FS On veut s’inspirer un peu de notre court métrage Total Fury.

AW On a un autre projet aussi. On adapte une BD française au cinéma. C’est The Zombies that Ate the World.

FS Les Humanoïdes associés nous ont contacté quand on était en Nouvelle-Zélande, puis nous ont proposé d’adapter une bande-dessinée – comme Anouk disait – Les Zombies qui ont mangé le monde. On a dit oui à condition de pouvoir écrire le script.

YKW Ils nous ont donné carte blanche.

Pour terminer, j’ai une question chienne. Quel est votre post-apo préféré, ever? Un chacun.

FS The New Barbarians!

AW Ben là! Moi aussi! (rires)

YKW Oui, Les Nouveaux barbares, c’est vraiment bon!

AW C’est à voir

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Jason Paré

About Jason Paré

Vidéaste-animateur-chroniqueur abitibien, montréalais d'adoption depuis 2004, Jason Paré réalise des courts métrages depuis une quinzaine d'années et a quelques publications à son actif (principalement des nouvelles d'horreur et de fantastique). Depuis 2014, il anime l'émission L'Étrange programme, un magazine culturel actuellement diffusé sur les ondes de TCF – La télévision communautaire de Montréal.

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