Trésor de biblio : Les yeux jaunes d’Yvan Godbout

La question n’est plus de savoir si le roman réinvente ou non l’invasion de zombies et les événements qui en découlent. Les récits de morts-vivants se sont implantés en tant que sous-genre, les amateurs achètent les yeux fermés, car ils aiment cet univers, tout simplement. Alors qu’est-il maintenant important de savoir? Est-ce que le roman est bon, est-il divertissant, nous fait-il vivre des émotions? Le premier tome de la série Les yeux jaunes, de l’auteur Yvan Godbout, rare roman zombie pour adulte sorti au Québec, remporte un bon score à toutes ces questions.

les yeux jaunes premiers jours yvan godboutL’amorce de l’histoire est à l’image du style d’Yvan Godbout : sans chichis ni flaflas. L’action débute dès les premières pages où le personnage principal,  par  un  matin  banal,  termine  d’uriner. À partir de cet instant, il fait trois découvertes qui chambouleront l’ordre établi du quotidien : le ciel  a  pris  une  couleur jaunâtre, sa fille est en train de dévorer le chat et sa femme aimerait bien prendre une bouchée de sa chair! Dans sa course à la survie, notre homme rencontrera des alliés incongrus, dont une naine très habile  avec une tronçonneuse et  s’échappera  de  peine et de misère de maintes situations tout aussi cocasses que tragiques. Oui, Premiers  jours suit  généralement  la  recette  traditionnelle des films de zombies, mais est dépourvu de clichés et comporte son lot d’originalité.

Il atteint son but premier : offrir un bon divertissement tout en nous donnant des palpitations cardiaques.

Qu’est-ce qui fait que ça marche? L’équilibre! En effet, les scènes d’actions, se composant d’images très brutales, s’enchaînent parfaitement avec les moments où les émotions priment. Le lecteur se retrouve alors constamment sur une limite ou sur une autre, mais toujours plongé dans des sentiments intenses. Ajoutons à cela l’humour noir de Godbout, si politicaly  incorrect que l’on s’esclaffe avec culpabilité, superposé avec un dosage parfait à des passages qui atteignent des sommets en matière de gore. «Le rire est près des larmes», dit-on avec raison.

Autre élément qui renforce l’efficacité du roman : l’attachement aux personnages. L’auteur a bien compris que le lecteur s’identifie plus facilement à un personnage proche de ce qu’il est. Au cours de cette histoire trash et sanglante, aucun des protagonistes ne joue inutilement les héros. Chacun d’eux ressemble beaucoup plus à votre voisin d’à côté qu’à un stéréotype. Ainsi, nous pouvons nous projeter dans leur peau sans problème, ce qui procure un grand malaise et un maximum de stress et d’épouvante, considérant l’horrible chaos mis en scène par Godbout.

Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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