Trésor de biblio: le Sabbat des éphémères

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Bien qu’elle ait déjà publié trois romans – la trilogie des « Villages  assoupis » –, c’est surtout en tant que nouvelliste qu’Ariane Gélinas est connue et reconnue. Auteure d’une cinquantaine de nouvelles, elle a publié ses textes dans de nombreuses revues, tant généralistes que spécialisées dans les littératures de l’imaginaire. Son œuvre est reconnaissable à la fois par les univers qu’elle met en place, mais aussi, et surtout, par la qualité unique de sa plume, un mélange d’onirisme et de préciosité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

le Sabbat des éphémères Ariane GélinasEn 2013, les éditions des Six Brumes ont publié Le Sabbat des éphémères, un recueil de 13 nouvelles, qui reprend neuf nouvelles précédemment publiées en revues et nous propose quatre textes inédits. Pour la première fois, le lecteur peut profiter pleinement du talent de Gélinas pour le texte court, à travers une succession de nouvelles aux univers différents, mais à une thématique sous- jacente : celle de la brièveté, de l’évanescence, de l’éphémérité. Il est incroyable de constater à quel point le fil conducteur de ces 13 nouvelles est fort malgré la chronologie de publication initiale des textes repris. On y trouve des nouvelles fantastiques, de la science-fiction et quelques touches d’horreur gothique bien senties.

Dans le Sabbat des éphémères, on retrouve « L’envers du labyrinthe », une histoire qui met en scène une mathématicienne. Convaincue d’avoir décodé le labyrinthe que constitue Montréal, elle enrôle un chauffeur de taxi pour l’amener à sa sortie, afin de voir ce qu’il y a de l’autre côté. Dans « Les jardins de Tantale », une race autochtone est exploitée par des colonisateurs terriens, particulièrement pour les enfants nés de ce métissage et dont les corps ont d’étranges propriétés. « Ombre jumelle » est une histoire de fantômes dans la plus pure tradition gothique. Avec « Les glaces éternelles », Gélinas revient sur le motif du nord, un thème qu’elle aime particulièrement. Elle en profite également pour revisiter l’un des mythes autochtones les plus terrifiants. « Quand les pierres rêvent » met en scène le cruel dilemme d’un couple dont l’enfant ressent inexorablement l’appel du désert.

« Les noyés de Saint-Ignace » est une solide nouvelle d’horreur, qui vous fera passer l’envie de la plongée sous-marine! Pour « Lieux de passage », Gélinas s’intéresse aux habitants invisibles des motels ainsi qu’à leurs « habitudes » bien particulières.« Le jeu des âmes mortes » constitue une suite « apocryphe » à l’œuvre éponyme de Nicolas Gogol. Là encore, le fantastique est à l’honneur. « Mère matière » est une nouvelle de science-fiction, mais aussi une histoire d’amour qui ne peut que mal finir.

Dans « L’Arantèle », nous avons droit à une relecture fantastique du mythe des trois Parques qui filent, mesurent et coupent la destinée des humains. De son côté, « Vert de nuit » explore le mystérieux pouvoir qu’exerce un marais sur son unique habitant, croulant sous le poids de ses propres remords, pour un acte qu’il a commis il y a longtemps. « L’Ascendance des Sélènes » est la seule nouvelle du recueil écrite en collaboration, avec Guillaume Voisine. Il s’agit d’une histoire de science-fiction où l’on trouve pourtant l’une des figures marquantes du bestiaire fantastique, ce qui constitue un heureux mélange.

Le recueil se clôt  sur « Les espaces atlantiques », une nouvelle toute en douceur où une jeune femme née à l’ouest du Canada ne cesse de ressentir l’appel de l’Est, sans savoir ce qu’elle y trouvera. Lorsqu’elle cède enfin, elle fera une découverte qui changera sa vie.

Le recueil de nouvelles est habituellement un moyen idéal pour découvrir un auteur. Ces courts instantanés l’obligent à donner un aperçu de son talent, de son univers. Le Sabbat des éphémères n’y fait pas exception. Chaque nouvelle est finement ciselée et offerte au lecteur tel un bijou dont l’éclat vénéneux envoûte et ensorcelle. Les Six Brumes ont eu un éclair de génie en proposant à une auteure aussi talentueuse qu’Ariane Gélinas de rassembler plusieurs de ses textes dans un écrin à sa mesure. Saluons donc cette initiative et appelons de nos vœux la publication éventuelle d’un second recueil de la part d’une auteure qui n’a plus à prouver son appartenance aux grands noms de la SFFQ.

Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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