THE NEON DEMON de Nicolas Winding Refn : la belle et la bête

Ça y est, THE NEON DEMON, le nouveau film de Nicolas Winding Refn, sera présenté à Montréal à partir du 24 juin (avec la St-Jean, ça fait deux raisons de célébrer). Le film a été projeté en avant-première au Cinéma du parc le 16 juin dernier. Voici quelques impressions avant la sortie officielle.

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595884Jesse, une jeune fille de 16 ans (interprétée par Elle Fanning), habite une chambre miteuse d’un hôtel de Pasadena (tenu par un Keanu Reeves dont la prestation agressive rappelle celle qu’il avait offert dans The Gift de Sam Raimi). D’une beauté « naturelle », la jeune fille espère devenir mannequin. Elle se fait rapidement remarquer, mais devra faire face à un milieu dangereux et compétitif, voire mortel…

Si le résumé pourrait faire penser à celui de Showgirls de Paul Verhoeven, précisons dès le départ que The Neon Demon ressemble davantage au précédent film de Nicolas Winding Refn (Only God Forgives) qu’à Drive. The Neon Demon, par son approche psychédélique, rappelle également le style du récent Under the Skin de Jonathan Glazer mettant en vedette Scarlett Johansson. D’un point de vue plastique (et sonore), le film du réalisateur danois est d’ailleurs sublime. Le genre de rêve éveillé que peu de cinéastes parviennent à maîtriser…

Si l’horreur véritable arrive tardivement, dès le départ, on perçoit une menace, une menace alimentée par la beauté « parfaite » (mot employé dans le film) de Jesse : une beauté qu’on marchande, qu’on jalouse, qu’on convoite… Ainsi, l’héroïne sera victime de diverses agressions, de la part du sexe masculin comme du sexe féminin. De plus, si Jesse réagit au départ avec pudeur lorsqu’il est question de sa beauté, elle l’affiche rapidement avec effronterie, encouragée par les gens qui souhaitent exploiter son physique. D’ailleurs, lorsque son petit ami lui demande avec dédain si elle souhaite vraiment être comme elles (désignant d’autres mannequins), Jesse répond : « Je ne veux pas être comme elles. C’est elles qui veulent être comme moi ». Évidemment, cette approche soulève un sujet sensible et même litigieux de nos jours, mais rassurez-vous, The Neon Demon n’est pas un pamphlet politique. Comme Stanley Kubrick savait si bien le faire, on est plutôt dans la psychanalyse d’un phénomène social, la sexualité étant évidemment un thème crucial dans le film. Citant encore une fois des mythes anciens, Winding Refn fait entre autres un clin d’œil à la comtesse Bathory qui prenait des bains de sang versé par des innocents afin de conserver la jeunesse éternelle. The Neon Demon aborde même la nécrophilie à travers une scène rappelant le film canadien Kissed (1996) et mettant en vedette Molly Parker.

Si, à l’instar d’Only God Forgives, les longs et lents mouvements de caméras de The Neon Demon – accompagnés d’une bande sonore immersive – rappellent encore une fois le cinéma de Kubrick, on pense également à Lucio Fulci – et au « giallo » en général – grâce à une magnifique photographie aux couleurs saturées et à des scènes de violence plutôt dérangeantes (la plus marquante étant probablement celle où une femme se fait enfoncer un couteau dans la bouche).

Enfin, à l’instar du polar italien, je ne serais pas surpris d’entendre des gens taxer le film de Winding Refn de misogyne, mais, personnellement, je préfère ne pas prêter des intentions à un réalisateur qui propose avant-tout une œuvre sensitive (ce qui n’empêche pas l’intellect d’être stimulé). Bref, un excellent film que je vous conseille fortement.

par JASON PARÉ

 

Jason Paré

About Jason Paré

Vidéaste-animateur-chroniqueur abitibien, montréalais d'adoption depuis 2004, Jason Paré réalise des courts métrages depuis une quinzaine d'années et a quelques publications à son actif (principalement des nouvelles d'horreur et de fantastique). Depuis 2014, il anime l'émission L'Étrange programme, un magazine culturel actuellement diffusé sur les ondes de TCF – La télévision communautaire de Montréal.

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