The Girl With All the Gifts : le livre et le film

 

À chaque jour, des gardes armés viennent chercher Melanie dans sa cellule pour la mener, menottée à un fauteuil roulant, à une salle de classe remplie d’enfants comme elle. Pour la fillette surdouée, les choses ont toujours été ainsi. Elle ne garde aucun souvenir de sa vie avant l’école, et ignore ce qui lui arrivera quand elle sera plus vieille. Parfois, elle pose quelques questions à son institutrice, Mlle Justineau, qui prend alors un air si triste que Melanie s’en sent horriblement coupable.

Qu’est-ce qui tracasse tant son enseignante? Melanie le découvre le jour où, au lieu de l’amener en classe, les soldats l’entrainent dans le laboratoire du docteur Caldwell, qui se prépare à prélever son cerveau pour l’étudier. La mort de la petite est empêchée par l’attaque d’une bande d’hommes sans loi qui se servent de zombies pour prendre le contrôle de la base. À l’insistance de l’enseignante et du médecin, l’une parce qu’elle s’est attachée à cette enfant si intelligente et l’autre parce qu’elle tient à poursuivre ses expériences dès que possible, deux soldats acceptent que Melanie se joigne à eux pour traverser une Angleterre surpeuplée de morts-vivants, en route vers un sanctuaire. La petite fille savait déjà qu’une terrible maladie avait transformé le gros de la population en dangereux cannibales. Ce qu’elle ignorait, c’est tous les enfants de la base étaient contaminés, elle compris. Mais bizarrement, ils sont capables d’émotions et de réflexions, et le docteur a bien l’intention de comprendre comment se fait-il que le virus les affecte ainsi.

Même si le livre a été acclamé à sa publication à l’été 2014, son adaptation au cinéma a fait peu de vagues. Scénarisé par Mike Carey, l’auteur du roman, et réalisé par Colm McCarthy, cette production britannique pourtant correcte n’arrive pas à la cheville de l’ouvrage. Voyons pourquoi.

La charmante Senia Nanua incarne une Melanie vive, alerte et touchante, à l’instar du personnage littéraire. Or, la narration du roman est partagé entre son personnage et quatre autres, malheureusement trop peu développés à l’écran. Comme ils se passent de biographie, ils se résument à la simple expression de leur rôle : le soldat, le docteur, le professeur, etc. Difficile, dans ce cas, de s’attacher à eux, d’autant plus que leurs relations demeurent superficielles. Disparues, la tension sexuelle entre Justineau et Parks, l’affection paternelle de Parks pour Gallagher, l’hostilité de Justineau envers Docteur Cornwell… Ce dernier personnage, complexe dans le roman, existe à l’écran en version édulcorée, plus humaine et disposée à considérer Melanie comme une petite fille et non juste un cobaye. Tandis que, dans le livre, elle en est encore à essayer de comprendre les mécanismes de l’infection, le film nous présente un personnage en train de développer un vaccin dont l’ingrédient sacré serait l’ADN de la petite fille. Comme la survie de l’humanité serait garantie par le sacrifice de l’enfant, on comprend mieux qu’elle refuse de laisser la fillette vivante.

Comme la tension que Caldwell impose au groupe est atténuée, celui-ci opère comme une machine bien huilée. Avec un minimum de conflits internes, son énergie se concentre sur sa survie. D’ailleurs, les informations sur la condition particulière de Melanie, distillées au compte-goutte dans le roman, sont divulguées plus tôt à l’écran, où le personnage les accepte sans trop se laisser affecter.

Alors que le groupe accepte sa présence plus rapidement, celle-ci souffre d’ailleurs moins d’abus, une décision peut-être prise pour limiter le facteur choc. Dans le roman, il est difficile de ne pas s’indigner par la manière dont sont traités les enfants : comme des numéros, sans distraction autre que la classe, leurs communications avec autrui réduites au strict minimum, disséqués à vif sans savoir pourquoi, etc. Avec peu de temps passé à l’intérieur de la base, le spectateur est moins conscient des conditions épouvantables dans lesquelles Melanie a grandies. C’est partiellement pourquoi le film est beaucoup moins triste que le livre, aussi. Impossible de ne pas avoir le cœur brisé pour la petite fille. Après tout, la seule chose qui l’empêche de dévorer les humains non contaminés, c’est le gel bloquant les odeurs dont ils s’enduisent. Quand celui-ci manque, elle résiste à sa faim de peine et de misère. Si le groupe arrive à destination, elle sera de nouveau un cobaye, rien de plus. Pour Melanie, l’avenir n’est pas plus reluisant que le passé – une impasse impossible à ignorer dans le bouquin.

Bref, même si son adaptation cinématographique est négligeable, The Girl With All the Gifts mérite sa place sur les tablettes de votre bibliothèque. Cette œuvre originale, qui se questionne sur ce qu’il reste de notre humanité quand le monde s’est effondré, a su élever le bédéiste Mike Carey au rang d’écrivain d’horreur à suivre à tout prix : on n’entend d’ailleurs que du bien au sujet de sa dernière publication, Fellside.

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, Élise est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années.

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