SPASM 2016 : des insolites et de la science-fiction

Nos chroniqueurs Jason Paré et Sébastien Bourget sont de retour cette année afin de vous donner leurs impressions sur les courts métrages visionnés lors du Festival SPASM. Dans le cadre de cette première partie, Sébastien vous parle de la Soirée d’ouverture, ainsi que du Spécial Science-fiction.

SOIRÉE D’OUVERTURE : LES INSOLITES QUÉBÉCOIS

À l’approche de l’Halloween, ce temps de l’année est comme un deuxième Noël pour beaucoup de gens. Pour enjoliver le tout, il rime aussi avec la présentation d’une toute nouvelle édition du festival SPASM. Pour fêter ses 15 ans d’existence, les organisateurs semblent avoir mis toute la gomme pour nous offrir une édition que nous n’oublierons pas de sitôt. Au lever du rideau, le festival s’ouvrait avec la présentation des « Insolites québécois », une soirée entièrement dédiée aux courts métrages d’ici. Pour ceux ne pouvant pas y assister, voici un résumé des films projetés.

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Les festivités commencent avec Une formalité de Pierre-Marc Drouin et Simon Lamarre-Ledoux. Rémy, tueur à gage à la solde de la mafia, se rend dans un restaurant pour liquider Fernand, un collaborateur benêt qui s’est gravement mis les pieds dans les plats. En enchaînant les cafés et en ne sachant pas le sort que lui réserve Rémy, Fernand parle du film qu’il a écouté à la télé la nuit d’avant. Cela pousse le tueur dans les derniers retranchements de sa patience et de sa culture cinématographique lorsque sa victime confond de manière insupportable le titre et les acteurs principaux. N’importe qui aurait la gâchette facile en se faisant dire qu’Han Solo est excellent dans Star Trek. Ce petit amuse-gueule offre un duel d’acteurs acteur rigolo jusqu’à sa finale aussi subite que sanglante.

Amen de Philippe Lupien et Marie-Hélène Viens continue à nous faire sourire. Grâce une émission de télé-évangélisme, un petit garçon à la voix d’ange disant avoir rencontré Dieu devient une vedette instantanée de la communauté catholique. Entouré de sa famille, il devient la tête d’affiche des grandes causes défendues par l’Église. Un soir, alors que des bruits inquiétants provenant des cieux se font entendre, cette petite famille constate que le Jugement Dernier arrive sous une forme bien différente que celle que la Bible a prédite. Cette parodie sur les vedettes instantanées qu’on élève temporairement au rang de stars pointe un doigt accusateur sur les fervents admirateurs de ces fausses idoles sans intérêts.

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Mutants d’Alexandre Dostie nous amène au moment où pendant une pratique avec son équipe de baseball, le jeune Kevin reçoit en plein visage une balle qui devait être un solide coup sûr au champ centre. Blessé à l’œil pour plusieurs semaines, il est confiné au rôle d’assistant de son entraîneur paraplégique. Cette malchance donne à Kevin l’opportunité d’entrer dans cette phase de l’adolescence où l’on est attiré par les filles et commence à comprendre les dilemmes complexes de la vie d’adulte. Cette lettre d’amour cinématographique aux années 90 nous fait retrouver avec nostalgie ces étés où les petits garçons que nous étions vivaient de baseball et de Gatorade, tout en s’assurant que nos coupes Longueuil étaient plus belles que celles des joueurs de l’équipe adverse.

En première québécoise, Vie d’ruelle d’Ara Ball nous présente Odney, un immigrant haïtien contraint à l’itinérance à Montréal après de nombreuses malchances personnelles et professionnelles. Il fait la rencontre de trois sans-papiers dans la même situation que lui. Devant composer au quotidien avec les stéréotypes et le racisme qui les entourent, ils forment le quatuor « Les forces fortes » avec pour mission de pourvoir à leur propres besoins de base de manière originale. Ce nouvel état d’esprit dans leur quotidien difficile mène progressivement ce groupe éclectique à trouver leur place dans une société qui ne veut pas d’eux. Tout comme il l’a fait dans ses précédents opus, Ara Ball nous traîne de force dans les endroits trash de Montréal pour nous convier à une rencontre tragi-comique avec les gens qui les peuplent.

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Aussi présenté en première québécoise, Anime d’Arnaud Brisebois transporte ses spectateurs dans une ère post-apocalyptique où une jeune femme et un petit garçon arpentent les rues d’une ville en ruines aux mille dangers. Nous les suivons dans leurs faits et gestes quotidiens dans un monde où nos repères n’existent plus. La seule constante d’avec l’ancienne époque est que la fatalité reste sans pitié envers ceux qui nous sont chers. Muni d’une direction photo impressionnante, d’un soin de l’image méticuleux et d’une bande sonore très efficace, ce film possède toutes les qualités requises pour être un fait marquant de cette 15e édition de SPASM.

Dans Oh What A Wonderful World de François Jaros, nous suivons les nuits d’une jeune femme captive d’un réseau de prostitution dans une halte routière pour camionneurs. Une inquiétante étrangeté envoûtante règne au cœur des rencontres et expériences qu’elle y vit. Reconnu pour aborder un genre cinématographique différent à chacune de ses réalisations, Jaros pénètre avec panache et maîtrise dans le lyrisme. Il injecte des plans hétéroclites et abstraits, captés avec brio par sa caméra, dans le récit sordide où il transporte ses personnages. Il en naît une expérience esthétiquement hypnotisante qui continue à nous coller à la peau bien longtemps après son visionnement.

Dans La dernière minute d’Anea Bilodeau et Louis-Pierre Cossette, une jeune femme nous expose pendant 60 secondes tous les avantages et inconvénients d’être à la dernière minute. C’est rigolo pour alléger l’atmosphère en prévision du film suivant.

Grimaces de Ian Lagarde et Gabrielle Tougas-Fréchette nous transporte dans un Québec alternatif où des gens naissent avec une grimace perpétuelle au visage. Anne rêve depuis longtemps de la grande opération qui lui procurera un visage normal. Lorsqu’elle ne se fait pas chier en gagnant sa vie comme créature de foire à l’emploi d’un sideshow, elle partage son temps avec son ami Alexis, lui aussi affublé d’une grimace gênante. Lorsqu’il propose à Anne de lui fournir l’argent nécessaire à l’opération qui lui donnera enfin une vie normale, la tension romantique présente depuis toujours entre les deux atteint son paroxysme. Une comédie à la prémisse amusante qui nous fait réfléchir sur la question suivante : est-ce que changer irrémédiablement un aspect de notre physique ne risquerait pas de plutôt faire empirer les choses? Ce film nous expose cette thèse jusqu’à sa scène finale pleine de coups de langue et de salive qui en fera grimacer plus d’un.traveler

SPÉCIAL SCIENCE-FICTION

Le cinéma de science-fiction a des adeptes partout où il passe. La soirée qu’y dédie le festival SPASM à chaque année ne fait pas exception à cette règle. La projection du 20 octobre dernier a été un pur délice pour tous les cinéphiles présents en raison de sa sélection de courts métrages d’une qualité quasi-exceptionnelle. Vous voulez savoir ce que vous avez manqué? Il me fait grand plaisir de vous en parler.

Dans Traveler de Simon Brown, des étudiants se rendent dans le désert pour tester la navette qu’ils ont conçus pour se téléporter dans une autre dimension. Comme prévu, l’engin et son pilote se volatilisent vers une destination inconnue. Après quelques instants d’attente, la navette réapparaît en un morceau…poursuivie par un vaisseau de combat extraterrestre! L’un des jeunes inventeurs se retrouve ensuite face à l’une des créatures de cette dimension inconnue qui lui apporte un objet singulier. Ce court métrage possède des effets visuels convainquant et très bien utilisés. Cela ne compense malheureusement pas pour la scène finale maladroite se voulant une minable tentative de fin ouverte. Come on Simon!

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Titan d’Alvaro Gonzalez nous présente Orpheus, un astronaute envoyé pour explorer la surface de la lune Titan. Alors qu’il arpente le sol lunaire, il est subitement abandonné par son équipage à l’approche d’une violente tempête qui menace leur navette. Avec le peu d’énergie et d’oxygène qui lui reste, l’astronaute part à la recherche d’un lieu sûr où passer ses derniers moments. En chemin, il se remémore les derniers instants qu’il a passés sur Terre avec la femme qu’il aime. Encore une fois, les effets visuels de qualité ont trouvés leur chemin jusqu’à ce film pour créer des plans impressionnants de la surface de Titan. L’histoire secondaire de chicane de couple racontée en flashback flirte dangereusement avec le cucul-la-praline, mais pas au point d’en faire souffrir le film. Morale de l’histoire : l’espace est fait pour les célibataires.

Ocean Oditty de Claire Deldique, Hugo Guillemard, Lucie Le Cloirec, Quentin Ravallec etRobin Ricordeau est l’un des deux films faits par les étudiants de l’école d’effets visuel ArtFX présentés dans ce bloc. Au plus profond de l’océan, un travailleur aux commandes de son sous-marin récolte des minerais. Soudainement, un éboulement l’emporte dans une caverne sous-marine où les micro-organismes collaborent avec la flore des fonds marins pour lui faire découvrir les somptueuses beautés cachées dans la noirceur des abîmes. Pour un film étudiant, l’impressionnant résultat est à tomber sur le cul. C’est un genre de mélange des scènes sous-marines de The Abyss, croisées avec la séquence où le Faucon Millenium s’évade du centre d’un astéroïde dans The Empire Strikes Back. Les effets spéciaux du niveau de ceux qu’on retrouve dans les blockbusters américains sont à couper le souffle. Mention spéciale à la musique composée par Marwan de Carmentran, qui emprunte aux sonorités de Jerry Goldsmith, Danny Elfman et John Williams.

Dans La Lisière de Simon Saulnier, Hawa et son père vivent dans un petit campement en forêt où ils se sont réfugiés après que notre société ait été anéantie. Les bandits sont devenus légions dans ce nouvel ordre où la loi du plus fort prédomine. Après qu’un pilleur se soit échappé avec un souvenir très cher à ses yeux, la jeune femme décide de partir à la poursuite du voleur pour reprendre son bien. Son voyage lui fera voir pour la première fois jusqu’où s’étend la destruction qui a touché notre monde. Optant pour une vision plus réaliste et axée sur l’humain dans le quotidien d’un monde post-apocalyptique, on sent beaucoup d’emprunts thématiques et visuels au film The Road. Cela donne à nos yeux une petite pause bien méritée du déferlement d’images de synthèse des précédents films de la soirée.

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Uncanny Valley de Federico Heller nous fait voir un futur proche où des junkies accrocs à la nouvelle drogue qu’est la réalité virtuelle passent d’innombrables heures à planer au cœur de jeux vidéo de guerre. L’un de ces junkies est victime d’un problème technique au cours de sa partie et découvre que les ennemis qu’il tue allègrement dans chaque niveau du jeu sont loin d’être aussi virtuels qu’il le pensait. Serait-ce possible que le jeu ait des répercutions dans la réalité? Ce court métrage débutant comme un documentaire filmé dans l’univers de Trainspotting sert au spectateur un rebondissement médian aussi inattendu qu’intelligent. Celui-ci nous fait examiner la conclusion du film sous une lumière complètement différente, en plus d’élever ce court métrage parmi les meilleurs de la soirée.

Présenté en première québécoise, Recursion de Joel Benjamin met en scène un astronaute naufragé et son affectueuse créature poilue qui errent dans les plaines arides d’une contrée étrange. Lors d’une tempête de sable, ils trouvent refuge dans une caverne. Alors qu’ils tuent le temps en explorant les tunnels, l’astronaute et son animal découvrent de nombreux portails faits d’une énergie étrange. À chaque fois qu’ils y pénètrent, ils sont téléportés à un autre niveau de la caverne. Cette action leur fera découvrir peu à peu la vérité au sujet de ce mystérieux lieu. Il s’agit définitivement du coup de cœur de l’auteur de ces lignes. L’animation employée, qui mélange technique traditionnelle au crayon et animation par ordinateur, est magnifique en plus d’être idéale pour ce type de récit de science-fiction. On s’attache aux personnages en quelques minutes sans qu’ils prononcent un seul mot et le scénario est captivant du début à la fin. Bref, un film d’animation qui a de quoi rendre jaloux Disney et Pixar.

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Le deuxième film représentant l’école ArtFX est Iron Mountain de Romain Brachet, Sébastien Fraud, Alexandre Guerre, Damien Kessler et Maxime Marline. Il met en scène une armée de guerriers vikings prête à combattre un immense vaisseau d’origine extraterrestre qui se dresse devant eux. Alors que la charge est lancée, le vaisseau choisit l’une des guerrières pour monter à son bord. Une fois à l’intérieur de l’engin, elle réalise que ce vaisseau lui donne le pouvoir d’altérer pour toujours l’état du monde dans lequel elle vit. Contrairement à Ocean Oditty, Iron Mountain privilégie le style au dépend de la substance. L’histoire est minimale mais les effets spéciaux sont exploités à leur plein potentiel. Il commence à être plus que temps que le cinéma québécois en ait des comme ça.

They Will All Die In Space de Javier Chillon nous transporte dans les confins de l’espace où deux ouvriers d’un vaisseau-cargo à la dérive réveillent un des ingénieurs de l’équipage de son cryo-sommeil. Ils ont besoin de son aide pour réparer des composantes importantes du vaisseau. Au cours de son travail, l’ingénieur découvre plusieurs secrets troublants sur les agissements sordides des ouvriers pendant ces derniers mois où ils ont été des prisonniers au cœur des étoiles. Les amateurs du premier film de la série Alien seront comblés en voyant que les décors et les costumes de ce court métrage en sont fortement inspirés. Même si notre xénomorphe préféré ne s’y pointe pas, le protagoniste de ce suspense très intriguant doit tout de même affronter des ennemis tous aussi dangereux.

Sébastien Bourget

About Sébastien Bourget

Scénariste, réalisateur, critique de films, concepteur de jeux vidéo et nouvellement podcaster, Sébastien est un passionné du Septième art et d’absolument tous ses genres. Toujours à la recherche de nouveaux terrains de jeu pour exprimer sa créativité et créer des histoires, il s’aventure également dans la l’écriture de nouvelles littéraires et la création de jeux vidéo.

2 Comments

  1. Il s’agit de Gabrielle Tougas-Fréchette et non Isabelle Tougas-Fréchette:)

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