SPASM 2016 : des inclassables et du trash

Dans le cadre de notre couverture du Festival SPASM, Jason Paré a assisté aux deux blocs de la soirée du 22 octobre. Voici ses impressions sur les courts métrages présentés.

LES INCLASSABLES #2

Comme premier bloc pour les projections du samedi 22 octobre, le Festival SPASM nous présentait « Les Inclassables #2». Contrairement à l’année précédente où les inclassables québécois et étrangers étaient séparés en deux blocs distincts, SPASM a choisi cette année de les mélanger (ce qui fait que dans le bloc qui nous concerne, un seul court métrage sur six venait de la Belle Province).

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Si POOL de Benjamin Lussier est effectivement une production québécoise, celle-ci a été principalement tournée en anglais et en norvégien. Willem, le protagoniste principal de l’histoire, est d’ailleurs un prince originaire de la Norvège, atteint de mutisme sélectif, une forme d’anxiété sociale. Vivant les prémisses d’une quête existentielle, Willem quitte son pays natal pour une métropole nord-américaine – on devine à peine que c’est Montréal – et y rencontre une fille qui ne semble pas trop s’en faire avec son comportement étrange. Du point de vue de la mise en scène et de la photographie, POOL est extrêmement léché et rappelle à certains égards le cinéma de Winding Refn (par la beauté plastique de l’ensemble, mais également pour l’aspect hermétique du scénario). Si POOL est un plaisir pour les yeux, le court métrage semble par contre avoir de la difficulté à se trouver une identité propre et à transmettre clairement ses intentions.

Du coté de l’Espagne, le réalisateur J.A. Moreno nous propose avec Mr. X (version française de Sr.X) un thriller qui débute avec ce qui semble une mise en scène froide et clinique, voire minimaliste (l’intrigue se limitant au début à une conversation téléphonique entre un braqueur qui tient une femme en otage et une caissière de banque). Malheureusement, le court métrage abandonne soudainement cette première approche plus sobre et nous plonge soudainement dans un univers ressemblant à un pseudo-film de Guy Ritchie, adoptant une « cool attitude » pas trop convaincante, et plaquant à son histoire une musique tonitruante, mais mal choisie. Comme dit la chanson de Jacques Brel : « Au suivant»!

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Je  n’irai pas par quatre chemins : In the Distance de l’allemand Florian Grolig m’a littéralement subjugué. Ce film d’animation d’une simplicité déconcertante, mais d’une fluidité qui force le respect m’a captivé du début à la fin, malgré son côté statique. Un plan fixe, un seul, de loin, braqué sur le dernier étage d’un bloc d’habitation laid, très laid. Le montage se limite à des jump cut, des sauts dans le temps, les jours et les nuits se succédant. L’étage ne contient qu’un appartement. Un homme y vit seul avec ce qui semble être une poule. On le voit parfois sur le toit, d’autres fois par les fenêtres de son appartement. Ce qui fascine, c’est ce qui se passe hors-cadre, ainsi que la manière dont l’homme réagit à ce qu’on ne voit pas ou à peine, mais qu’on entend, qu’on perçoit et qui tente d’entrer dans le cadre. Je résume en retranscrivant ma première impression inscrite dans mon calepin lors de la projection : Wow!

Issu de la France, le film d’animation Oripeaux de Sonia Gerbeaud et Mathias de Panafieu raconte l’histoire d’une fillette qui se lie d’amitié avec une meute de coyotes, au grand dam des autres villageois qui ont plutôt tendance à les abattre au fusil. Oripeaux propose un récit pas dénué d’intérêt d’un point de vue sociologique et propose également un style de dessin qui n’est pas déplaisant pour les yeux et qui incarne efficacement une sensation d’angoisse enfouie. Par contre, l’intention proposée par ce récit plutôt moraliste ne semble pas suffisamment claire. Allégorie sur l’émancipation de la femme et la révolution sexuelle ou pamphlet anti-chasse? Je n’en suis pas certain.

Présenté comme une œuvre dans la veine des récits de H.P. Lovecraft, L’Appel d’Alban Ravassard (une autre production française) se déroule effectivement sur le bord de la mer et met en scène des créatures mi-homme mi-amphibien, alors voilà pour les caractéristiques lovecraftiennes. Si le court métrage de Ravassard est quand même angoissant, que les effets spéciaux parviennent à convaincre et que les acteurs sont crédibles, il manque quelque chose à l’ensemble pour en faire une totale réussite. Correct.

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Terminons avec Leshy, l’autre grande réussite de la soirée avec In the Distance. Ce Labyrinthe de Pan originaire de la République Tchèque et réalisé par un certain Pavel Soukup raconte une histoire qui se passe dans la forêt et qui met en scène une petite fille et un faune (appelé « Leshy » dans le court métrage). Par contre, pas de guerre révolutionnaire anti-franquiste ici ni de beau-père violent. Non, si la petite Karel habite seule avec son père, celui-ci est un garde forestier bienveillant. La réalisation ainsi que le look de la créature fonctionnent à merveille, et la conclusion émeut fortement. À voir.

CABARET TRASH

Treize courts métrages étaient présentés dans le cadre du Cabaret Trash, sans compter les numéros qui ont été présentés sur scène par François Boulianne ainsi que Les Pics-Bois, et ajoutez à cela deux épisodes du Steven Seagal Show. Une soirée costaude donc, mais ô combien divertissante.

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Le premier court métrage projeté faisant partie de la compétition officielle était délicieusement intitulé Jonny c’est un cave et a été réalisé par Alexandre Savard et Samuel Boisvert. Condamnation sans appel pour le Jonny en question, ce dernier débarque brusquement chez l’ami qui a déclenché la rumeur à son sujet pour régler ses comptes. Franchement drôle, Jonny c’est un cave propose plusieurs scènes de combat à la fois amusantes et spectaculaires, le tout accompagné de « La chevauchée des Walkyries » de Wagner. Deux nouveaux talents à surveiller.

Avec The White Room, les américains Chris Smith et Jack De Sena proposent un film court et punché se questionnant sur la vie après la mort. Pas vraiment trash, mais amusant.

Suivait La Tempête du siècle, une réalisation de Renaud Gauthier (connu pour la websérie L’Inspecteur Bronco et pour le long métrage Discopathe) mettant en vedette les membres du groupe Les Appendices. Si l’ambiance et la direction artistique sont encore une fois impeccables (une vilaine habitude chez Gauthier), le scénario m’a paru plutôt anecdotique et légèrement escamoté. J’ai entendu dire que Gauthier hésiterait à soumettre ce court métrage en France, craignant que le massacre concluant l’histoire rappelle trop la tragédie du Bataclan. Personnellement, je ne vois absolument ce qui motive une telle crainte. Donc Renaud, si tu souhaites soumettre ton court dans des festivals en France, tu as ma bénédiction!

La mode des fausses bande-annonces semblent toujours vivante et c’est ce que propose le Français Mathieu Cailière avec Kickin’ Jack, un court métrage lorgnant évidemment du côté du cinéma d’action des années 80-90. Malgré son héros moustachu, son doublage douteux et ses vannes foireuses, Kickin’ Jack ne propose pas grand chose de neuf, sauf peut-être un bad guy ressemblant au lapin de Duracell.

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Retour au Québec avec l’OFNI (objet filmique non identifié) Camping cosmique de Jimmy G. Pettigrew et François Mercier, palme d’or du n’importe quoi. Aux commandes de son vaisseau spatial motorisé, Guy Mauve, le campeur cosmonaute, s’allie à Cheval pour délivrer la Licorne, prisonnière de von Jukebox 3200.  Ils seront confrontés à plein d’obstacles, dont d’inévitables maringouins géants. Genre de scénario qu’on écrit autour d’un feu camp un joint au bec.

Je n’avais pas encore vu de found footage cette année au Festival SPASM, mais les réalisateurs Charles-Alex Durand, Jonathan Larose et Philippe More viennent corriger cette profonde injustice (quoique) avec Michael Desbiens-Clayton : candidat Vj recherché 2016. Rappelant à certains égards un autre found footage (Creep de Patrick Brice, critiqué par votre serviteur dans Clair/Obscur)*, un vidéaste est engagé par, disons-le, un « weirdo » pour filmer une démo servant d’audition comme Vj à Musique Plus. Si l’humour s’élève rarement au-dessus des pâquerettes, soulignons la performance de Charles-Alex Durand (diplômé de l’école de l’humour) dans le rôle principal. La conviction de son jeu parvient à nous vendre cette proposition plutôt simple et à insuffler une certaine angoisse qui atteint son paroxysme lors de la conclusion. Intéressant.

Le réalisateur de l’excellent C’est ça qui arrive quand on boit de l’antigel nous revient cette année avec le court métrage Fuckers vs Aliens. Digne héritier de Jim Muro (Street Trash), David Charbonneau nous propose un affrontement sanglant (et fluo) entre des aliens pas très recommandables et deux fuckers armés jusqu’aux dents, dont un pseudo-Marilyn Manson. Si le tout a été tourné en DV et que le résultat n’atteint pas l’efficacité de C’est ça qui arrive…, la bonhomie de l’ensemble demeure réjouissante et communicative.

Court et punché, ce sont les caractéristiques idéales pour faire partie de la programmation du Cabaret Trash et c’est clairement une description qui va comme un gant à Crow Hand!!! de l’Américain Brian Lonano. Comme l’indique le titre, un homme voit sa main se transformer en corneille, le tout accompagné de jets d’hémoglobine bien salissants. Simple et efficace.

Disponible sur le web depuis quelques mois, The Chickening (image en en-tête) se veut être à la fois une parodie et un détournement de The Shining de Stanley Kubrick. Remarquable d’un point de vue visuel, l’étrange objet proposé par Nick DenBoer et Davy Force a entre autres fait partie de la programmation officielle de Sundance et du TIFF. Jugez le résultat par vous même en suivant ce lien.

Deuxième fausse bande-annonce présenté dans le cadre du Cabaret Trash, Punk Fu Zombie du Québécois Gabriel Claveau a suscité peu d’enthousiasme dans mon cas, ne laissant qu’un souvenir flou et sans grand intérêt. Passons.

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Après Crow Hand!!!, un deuxième court métrage de l’américain Brian Loreno était présenté. Intitulé Gwilliam, cette œuvre dérangeante suit un ex-détenu picolant dans un bar à la recherche d’une petite gâterie. Tombant sur une petite annonce dans les toilettes, il se rend dans la ruelle derrière le bar où un gnome ressemblant à s’y méprendre à un Ghoulies lui fera une fellation qu’il n’oubliera pas de sitôt. Hilarant.

Également hilarant, The Procedure de l’Américain Calvin Reeder permet aux spectateurs d’assister à une étrange expérience qui risque de traumatiser à vie son pauvre cobaye. À voir.

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Pour ceux à qui il restait encore quelques neurones non endommagées (surtout suite à la prestation des Pics-Bois), le court métrage anglais Manoman de Simon Cartwright concluait en beauté la soirée. Impossible de décrire cette œuvre complètement dingue qui met en scène des marionnettes plutôt rigides et minimalistes, mais desquelles transpirent une impression de vie totalement bluffante. Muni d’une direction artistique superbe, Manoman se conclut sur un « golden shower » épique, accompagné par un chant profondément transcendant. Un véritable cri du cœur et probablement le meilleur court métrage de la soirée.

Bien hâte à la semaine prochaine!


 

*Note de l’éditeur : consultez une autre critique de Creep ici.

 

 

Jason Paré

About Jason Paré

Vidéaste-animateur-chroniqueur abitibien, montréalais d'adoption depuis 2004, Jason Paré réalise des courts métrages depuis une quinzaine d'années et a quelques publications à son actif (principalement des nouvelles d'horreur et de fantastique). Depuis 2014, il anime l'émission L'Étrange programme, un magazine culturel actuellement diffusé sur les ondes de TCF – La télévision communautaire de Montréal.

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