Festival SPASM 2015: Compte-rendu de la deuxième semaine

À l’instar de la première semaine, Sébastien Bourget et Jason Paré ont couvert trois nouveaux blocs du Festival Spasm (qui se terminait le 31 octobre). Plusieurs des œuvres visionnées étaient issues de l’étranger, mais le Québec n’était pas en reste, quelques courts originaires de la province méritant vraiment le détour.

SCIENCE-FICTION

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La deuxième semaine du Festival Spasm débutait le 28 octobre avec un bloc consacré à la science-fiction (probablement l’un des blocs les plus solides du festival cette année). Des courts métrages internationaux étaient présentés, surtout de la France, mais aussi de la Corée du Sud et de l’Espagne. Par contre, aucun court métrage ne venait du Québec (avis aux réalisateurs d’ici).

Premier du lot, le court métrage français Jiminy d’Arthur Môlard, a été produit en 2013 et a remporté plusieurs prix, dont celui du meilleur court métrage au Festival International de Films Fantasia, ainsi que le Prix du Public Mad In France au festival Mauvais Genre (tous deux en 2014). Dans un futur proche, la majorité des êtres humains sont branchés sur un « criquet », un implant dans le cerveau qui permet de passer en mode automatique lors de certaines tâches, comme lors de la conduite d’une voiture ou la préparation d’un repas. Très efficace et impressionnant, Jiminy explore les conséquences d’une telle technologie sur l’être humain et l’impact psychologique que subissent ceux qui perdent leur implant. À voir absolument.

Afin d’alléger l’atmosphère, suivait un film d’animation franchement marrant et produit en Corée du Sud. Judicieusement intitulé Johnny Express et réalisé par un certain Kyungmin Woo, ce court métrage suit un livreur de colis de l’espace qui atterrit sur une toute petite planète pour une livraison. Son passage provoquera malgré lui un cataclysme aux proportions bibliques pour les habitants du planétoïde. Une œuvre qui vous rappellera la bonne époque des productions Pixar avant que la compagnie ne soit rachetée par Disney.

Retour en France – quoique le film se passe à Tokyo – avec l’énigmatique (et hermétique) court métrage Le Hall des pendus de Christophe Deroo, présenté en première québécoise. Ayant également remporté le Prix du public Mad In France au festival Mauvais Genre, mais en 2015, Le Hall des pendus décrit un Tokyo futuriste et inquiétant, frappé par une série de morts mystérieuses touchant surtout les itinérants (qui sont retrouvés pendus à des lampadaires). Une œuvre beaucoup trop cryptée et incompréhensible, malgré une virtuosité technique indéniable et une ambiance efficace. Dommage…

Coproduction entre la France et la Belgique, le deuxième film d’animation de la soirée manquait franchement d’originalité. En effet, La Valse mécanique de Julien Dykman propose une énième allégorie sur notre société, dépeinte évidemment comme aliénante et contrôlante; la tête, les bras et les jambes des citoyens étant retenus par des fils, comme des pantins. À l’image de Néo dans The Matrix, le héros découvre les vertus du libre arbitre grâce à une jeune femme et répand la bonne nouvelle aux autres, ces derniers se libérant en sectionnant les câbles qui les retiennent. Risible.

juliet

Heureusement, le court métrage suivant était franchement supérieur. En effet, Juliet du Français Marc-Henri Boulier est une œuvre particulièrement réussie. Sous le prétexte d’exploiter l’intéressante question des robots de compagnie – ou sexbots – Boulier aborde dans les faits une tonne de sujets. Que ce soit la crise identitaire qui déchire actuellement les pays européens, notre dépendance aux nouvelles technologies, ou simplement l’indécrottable bêtise humaine, le film illustre brillamment le chamboulement que provoquent tous ces changements qui accélèrent et rendent inévitable la déshumanisation de la société. Présenté sous la forme d’actualités et de publicités télévisées, le propos de Juliet fonctionne à merveille et vise dans le mille, surtout la conclusion particulièrement signifiante.

Johnny

De toute évidence, à l’exception de Johnny Express, les films d’animation du bloc de science-fiction étaient plutôt faibles cette année. Ainsi, Les Liens de sang – réalisé par cinq étudiants de l’École Georges Méliès – est plus une démonstration de savoir-faire qu’un véritable court métrage, sans compter qu’on s’interroge sur l’aspect science-fictionnel de l’œuvre (plus proche dans les faits de la fantasy).

Enfin, le dernier court métrage proposé – une autre première québécoise – nous arrive de l’Espagne et s’intitule Aun Hay Tiempo (qu’on pourrait librement traduire par « Il y a encore du temps »). Réalisé par Albert Pinto, ce court métrage a remporté le Prix du meilleur court au Festival International Granite Planet en 2015. Plutôt sympathique, l’intrigue fait énormément penser au film Los Cronocrímenes de Nacho Vigalondo et flirte avec le conte de Noël. Pas le meilleur court du programme, mais divertissant malgré tout.

JP

LES INCLASSABLES

Suite à son segment destiné aux films québécois qui a été servi en amuse-gueule aux festivaliers en ouverture de rideau, le bloc « Les Inclassables » a été présenté dans sa forme classique. Ce sont en tout huit courts métrages, tous aussi singuliers les uns que les autres, provenant d’Espagne, de France, des États-Unis, de la Belgique et du Québec, que le public a pu découvrir. Pour ceux qui n’ont pas pu être au rendez-vous, voici un résumé des films de la programmation.

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You Are the Canevas de Jean-Paul Freney met en scène une succession de tableaux vivants représentant de manière loufoque et significative plusieurs obsessions esthétiques, narcissiques et morales de la société occidentale. Une réalisation aussi léchée que l’est la direction photographique et artistique rend ce film difficile à regarder une seule fois. Le message qui y est véhiculé parvient à capter d’une manière hautement stylisée les spectateurs afin de rester imprégné dans leur mémoire. Si cela est le but du réalisateur, ça marche en ta…

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Le film d’animation Drifting, de Joel Benjamin, raconte l’histoire de Simon, personnage mi-homme, mi- chien, dont l’avion dans lequel il a pris place pour le conduire vers le Portugal s’écrase dans la mer. Ayant survécu par miracle, Simon est forcé de subsister comme il le peut, tout en se remémorant divers souvenirs en étant confiné à un morceau de fuselage flottant sur lequel il dérive. Une belle petite pièce d’animation fortement déconseillée à ceux qui ont la phobie des voyages en avion.

Dans Disco Inferno, d’Alice Waddington, une séduisante cambrioleuse aux allures de Catwoman s’introduit dans un manoir isolé. Au cours de son infiltration au cœur des lieux, elle découvre qu’ils sont le théâtre d’une cérémonie occulte inusitée célébrée par des individus plus qu’étranges. Ce court métrage s’amuse à jouer avec les codes de l’esthétisme et du réalisme afin de rester imprévisible du début à la fin.

Line Up, de Alex Julia Rich, nous conduit à Detroit où un disquaire qui accumule les déceptions se retrouve en possession d’un mystérieux disque vinyle qui, lorsqu’il est joué, lui permet de retourner dans le passé pour revivre sous une autre perspective certains moments clés de sa vie. Une histoire de voyage dans le temps comme nous les aimons, avec en prime une excellente bande sonore et des paradoxes temporels. Marty McFly en raffolerait.

Dans Imposteur, un film d’animation en stop motion d’Élie Chapuis, un père de famille se fait attaquer par un cerf malintentionné lors d’une promenade en forêt. L’animal en profite pour remplacer sa propre tête par celle de l’homme et se rend chez lui pour prendre sa place lors du repas familial. Pendant ce temps, le père reprend ses esprits dans la forêt et n’a d’autre choix que de retourner à la maison, affublé de la tête du cerf en replacement de la sienne. Grâce à la qualité de l’animation, ce film fait sourire, mais nous laisse pantois devant un final ambiguë.

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Dans Flash d’Alberto Ruiz Rojo, un homme sort seul d’une cabine de photographies instantanées. En recevant ses photos, il s’aperçoit avec grand étonnement que celles-ci le montrent en compagnie d’une femme qu’il embrasse passionnément. L’homme déambule dans la ville avec mille questions dans la tête, jusqu’au moment où il tombe face à face avec la femme qui apparaît sur ses photos. Les deux s’unissent alors pour trouver la clé du mystère. Cette petite fable dans le même moule que celui du Fabuleux destin d’Amélie Poulain plaira à l’amateur de romance féerique qui sommeille en chacun de nous.

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Maurice, de François Jaros, nous montre un homme récemment diagnostiqué de sclérose latérale amyotrophique alors qu’il entreprend les nombreux préparatifs de sa succession. Préférant ne pas vivre le reste de ses jours témoin de sa dégénérescence quotidienne, Maurice prend la décision d’y mettre fin dans la dignité. Avant cette dernière étape, il en profite pour dire au revoir à ses proches. Cette histoire touchante vous fera sortir vos Kleenex à coup sûr grâce à une interprétation crédible de Richard Fréchette, d’une voix hors-champ honnête (gracieuseté d’Yves Jacques) et d’une musique (peut-être un peu trop) dramatique.

Dans Voice Over de Martin Rosete, un narrateur décrit en voix hors-champ le périple d’un astronaute prisonnier sur la planète Mars avant que ses réserves d’oxygène ne s’épuisent. Tout d’un coup, le narrateur s’interrompt en disant qu’il n’est pas en train de raconter la bonne histoire. Lorsqu’il reprend sa tâche, il nous transporte dans deux nouvelles histoires tout aussi dramatiques en espérant qu’il est en train de raconter la bonne. Briser le quatrième mur du cinéma est quelque chose qui doit être fait avec doigté pour atteindre l’effet escompté et ce film y parvient admirablement bien. Chapeau à la réalisation, au montage, à la direction artistique et au bel organe du narrateur.

SB

GRANDE SOIRÉE HORREUR

Différents blocs ont fait partie de la programmation du Festival Spasm au cours des années. Certains sont disparus avec le temps (comme ceux consacrés au cinéma d’action et au suspense), mais la Grande Soirée Horreur est clairement là pour durer. Événement incontournable du Festival Spasm, la Grande Soirée Horreur est en effet la projection originelle de cette grande messe du cinéma de genre, par où tout a commencé.

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Le premier film qui était présenté est également celui qui a remporté le prix du jury de cette 14e édition (le jury était composé de Robin Aubert, de Jean-François Rivard et des RKSS). Intitulé Mizbrük et réalisé par Daniel Duranleau, ce court métrage était loin d’être le plus trash de la soirée. N’empêche, sous les apparences d’un film pour enfants, ce court aborde le sujet très délicat de l’abus et de l’inceste. Techniquement impeccable, autant d’un point de vue de la réalisation, de la direction photo que de la direction artistique, ce court métrage aurait très bien pu se retrouver dans le bloc « Québec troublé » (présenté la semaine dernière).

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Le second film nous arrive tout droit de l’Espagne et se nomme The Carriage or Dracula and My Mother. Jouant ingénieusement avec les codes des histoires de vampires et nimbé d’une magnifique photo grisâtre, ce court métrage réalisé par Ben Gordon a remporté plusieurs prix autour de la planète. Une belle réussite, quoique la fin soit un peu convenue.

Suivait en grande première le documenteur (ou found footage) Ma peau sale de Jesse Malcolm Sweet (dont on a bien hâte de voir la websérie de science-fiction Exode, prévue pour cet automne), mettant en vedette le talentueux Mario St-Amand. Ce dernier incarne un étrange personnage qui escorte deux étudiantes en cinéma à travers les dédales d’un hôpital psychiatrique abandonné. Images chocs et cabotinage au menu pour un résultat divertissant, mais plutôt anecdotique.

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Maintenant, direction l’Irlande avec Ghost Train de Lee Cronin, récipiendaire du Prix du meilleur court métrage au San Sebastian Horror and Fantasy Film Festival en 2014. Deux frères reviennent dans un parc d’attraction à l’abandon, lieu tragique de la disparition d’un ami d’enfance il y a trente ans. Un film de maison hantée efficace et flippant.

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Adapté de deux bande-dessinées (les oeuvres d’Al Colombia et Uno Moralez), Intruders de Santiago Menghini flirte avec le film à sketchs. En effet, ce court métrage québécois présente deux histoires qui ont comme seul point commun une réalisation d’une beauté indéniable, dénuée de dialogues et foutant sans contredit la trouille aux spectateurs. Donc, malgré son côté décousu, Intruders vaut indéniablement le détour pour son atmosphère tendue et ses images dégageant une macabre poésie.

Présenté en première québécoise, suivait le court métrage français Rangda de Sarah Al Atassi et Sylvain Coisne qui proposent un film profondément caricatural et techniquement perfectible, mais parvenant malgré tout à créer progressivement l’angoisse chez le spectateur, jusqu’à un final brutal et inattendu. Vraiment pas le meilleur court métrage de la soirée, mais pas mauvais non plus.

Le prochain court métrage, d’origine canadienne, ne réinvente pas la roue, mais a l’avantage de venger des milliers d’adolescents frustrés par leurs méchants beaux-parents. En effet, dans Adjust Tracking, Mat O’Mahoney présente un beau-père alcoolique qui empêche son beau-fils de visionner une VHS gore. Un retournement inattendu, et flirtant avec le torture porn, permettra au jeune garçon de reprendre le contrôle du téléviseur.

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Enfin, pour conclure la soirée, le Festival Spasm nous présentait le court métrage mexicain Sânge (qui signifie « sang » en roumain), réalisé par un certain Percival Argueno Mendoza. Gagnant du Prix du meilleur court métrage au Festival Macabro 2015, Sânge est une œuvre particulièrement crue, qui ne ménage pas le spectateur. Faisant inévitablement écho à la situation politique du Mexique – qui se retrouvait en 2014 au troisième rang des états les plus meurtriers du monde, après la Syrie et l’Irak – Sânge frappe où ça fait mal et nous présente un couple séquestré qui devra faire un terrible choix. Un film difficile, mais nécessaire, qui donne un nouveau sens à l’expression « l’amour l’emporte toujours ».

JP

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