Soirée d’ouverture du festival M.U.F.F.

Clair/Obscur s’engage, vous le savez, à couvrir la scène de l’horreur au Québec et dans la francophonie. Ce qui est étrange, par contre, comme l’est souvent le cinéma expérimental, éveille des sentiments similaires: l’incertitude, la confusion, l’angoisse…Déstabilisant, il nous immerge dans un milieu non-familier, pour le meilleur ou pour le pire. On l’aime ou on le déteste…ou on ne sait carrément pas quoi en penser.

Le M.U.F.F. (Montreal Underground Film Festival) fait depuis plusieurs années partie de ces évènements qui déroulent dans mes suggestions de sorties sur Facebook, et dont je me dis que je devrais y assister sans jamais le faire. Une initiative de Zoë Brown et de Karina Mariano, le festival bénéficie d’une équipe passionnée qui travaille sans subventions ni commanditaires pour proposer depuis dix ans une sélection de films d’ici et d’ailleurs qui sauront surprendre son public (notons, d’ailleurs, qu’on retrouve au sein de cet équipe des membres de l’Institut Miskatonic d’études sur le fantastique de Montréal, dont on vous avait déjà parlé). La soirée d’ouverture, qui avait lieu jeudi le 21 mai 2015 à  La Sala Rosa (un espace sympathique dont la programmation est souvent intéressante) a marqué mon initiation à ce festival méconnu.

Animé par le charmant Plastik Patrick, que vous connaissez peut-être grâce au Rocky Horror Picture Show ou au Montréal Roller Derby, la soirée d’ouverture a démarré avec le nerveux Picture Particles de l’Allemand Thorsten Fleisch, une explosion de sons et de couleurs stroboscopique, presque épileptique, qui annonçait l’expérience sensorielle marquée par l’ensemble des films. On glisse ensuite en terrain aquatique, jusqu’à Domestikia, Chapter 3: La petite mort de Jennifer Linton, aux marionettes de papier, où une relation sexuelle entre une femme et une pieuvre s’achève par une effusion de sang.  Gelöst de Stefanie Weberhofer, qui analyse le phénomène de décomposition, précède Leave Me Alone (Christopher White), un court en stop-motion avec une poupée terrifiante et une touche d’humour. Bleach du Canadien Don Best, mon coup de coeur de la soirée, déploie une atmosphère lugubre et oppressante, un noir et blanc où l’oeil cherche à voir au-delà des silhouettes qui vont et viennent comme des percées de lumière. L’eau remballe ce premier segment avec Mist de Allan Brown, un hommage à la rivière Saint-Maurice.

Une performance de Sacral Nerves s’est ensuivie. Un band indescriptible, un peu indie, un peu math rock, un peu Captain Beefheart et un peu autre chose, avec une chanteuse dont la voix naisillarde et presque monotone rappelle celui des chanteuses françaises des années soixante, à la France Gall. Surprenant.

Le deuxième bloc m’a moins plu, et s’applique un peu moins aux intérêts de Clair/Obscur, ce qui explique que je ne m’y attarderai pas trop. S’y trouvaient des univers plus ludiques et colorés, avec des excursions du côté de la pornographie et de la pop culture. Des emprunts à la facture visuelle du vidéoclip (You Don’t Own Me, Kristin Li) et au jeu vidéo (Rio-Me Porque És Da Aldeia E Vieste De Burro Ao Baile, Sandra Araújo) ont inscrit ce segment sous un horizon plus contemporain. Black Hole Music, de Zachary Finkelstein, a conclu la soirée avec des accents de science-fiction. L’ordre de la programmation de la soirée entière a fait preuve de beaucoup de cohésion. On retrouvait effectivement, dans à peu près chaque court-métrage, un élément (un son, une couleur, une forme) qui annonçait celui à suivre.

Le festival se poursuit jusqu’au 24 mai au Microcinéma [ Être], avec une programmation bien remplie dont les blocs portent des noms évocateurs et intrigants comme Porno Exquis, Espaces mystérieux ou encore L’effroi de minuit, un segment entièrement dévoué à l’horreur. Plusieurs réalisateurs sont souvent sur place et, si le cinéma expérimental et d’avant-garde vous fait un peu peur, sachez que l’atmosphère n’est en rien prétentieuse, et qu’il y règne plutôt un esprit de camaraderie.

Ceux qui désirent encourager le festival peuvent aussi le faire en s’offrant de la marchandise, dont des chandail et des sous-vêtements. Pour ceux qui n’ont jamais trop d’accessoires ironiques, ceux-ci sont particulièrement amusants. Ceux qui ne parlent pas anglais l’ignorent peut-être mais muff, c’est de l’argot pour…une vulve poilue!

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About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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