Sabat : un magazine indépendant par des sorcières pour les sorcières

Sur un papier mat et légèrement délavé, le magazine indépendant SABAT profite de la renaissance culturelle de la sorcellerie et du féminisme pour explorer la sorcière et son héritage, en s’intéressant particulièrement à sa présence sur Internet et les réseaux sociaux. À travers Instagram, surtout, Sabat encourage l’existence d’un coven virtuel, d’une communauté de sorcières liées par les mots-clics, les likes et les follows.

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Depuis son quartier général en Angleterre, la Norvégienne Elisabeth Krohn est à la fois éditrice, directrice de la création, auteure et photographe. Celle qui a étudié le journalisme au London College of Fashion est accompagnée du directeur artistique Cleber Rafael de Campos; leurs efforts combinés donnent un magazine léché et texturé où se retrouvent des superpositions de papier transparent ou cartonné, des symboles cachés et des illustrations qui se transforment selon l’angle de vue.

Jusqu’à présent, le magazine comprend trois numéros, chacun consacré à l’une des figures de la triple Déesse : la jeune fille, la mère et la crone. Un quatrième numéro au concept intrigant est prévu pour Mabon, une fête païenne célébrée à l’équinoxe d’automne. Celui-ci sera offert en cinq déclinaisons, chacune consacrée à l’un des cinq éléments : feu, terre, air, eau et esprit. Surveillez Instagram et Twitter pour en savoir plus!

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Que signifie le mot « sorcière » pour vous? C’est avec cette question que débute chaque entrevue du magazine, mais c’est aussi un thème déterminant pour ce premier numéro consacré à la jeune fille. Dans sa réflexion sur cet archétype féminin, Pam Grossman nous invite à oublier les vierges innocentes des contes de fées en nous rappelant que les premiers fruits du printemps sont souvent les plus amers, et que l’adolescence est une époque bouleversante chargée de résilience et de révolution. Acne, Celine, Ovate : Sabat va au-delà des corsets et des croix celtes de la mode gothique pour habiller ses sorcières lors de reportages photos poétiques qui célèbrent l’art, la haute couture et les fibres naturelles. Parmi de nombreux articles et entrevues, on retrouve un guide illustré sur les sorcières au cinéma, un billet sur le féminisme satanique et une entrevue avec une religieuse et physicienne des particules. Comme les numéros suivants, celui-ci débute par un calendrier qui recense les sabbats et les mouvements du ciel.

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La mère est une figure plus complexe qu’il le semble. Comment embrasser ce concept féminin alors que la nôtre a été absente, ou que l’on ait aucun désir d’avoir des enfants? Ce numéro nous ramène à la maison, en invitant différentes sorcières à partager des photographies de leurs autels, et s’intéresse notamment aux remèdes naturels et au rôle de la magie dans la cuisine. Un article observe la figure de la mère jalouse de sa progéniture, perpétuée par des récits comme ceux de Cendrillon et de Blanche-Neige, tandis qu’un autre invite les lecteurs à découvrir leur cinquième maison astrologique et sa signification. On y parle aussi de militantisme en présentant un projet artistique et ésotérique visant à sensibiliser au déclin des abeilles. Superbe, ce numéro est rehaussé de touches de couleurs et comprend une affiche surréaliste en son centre. Sur le bord des pages, selon son angle, on aperçoit lorsque le magazine est refermé les phases de la lune ou celles du développement fœtal.

La crone, c’est la vieille femme laide vêtue de haillons qui vit seule au fond des bois, celle qui dans les films et les livres jette des poignées d’herbes dans un chaudron bouillonnant en invoquant le Malin. Pourquoi refuser aux femmes le droit de vieillir? Cette fois, ce sont les mots En erebos phos ou In darkness, light qui apparaissent sur le bord des pages. Autrefois gravés à l’entrée du temple d’Hécate, ils nous invitent à embrasser la sagesse et la liberté qui viennent avec l’âge, et à cesser de craindre la mort. L’artiste Camille Ducellier y parle de la sexualité à l’âge d’or tandis que la militante Dulcamara réfléchit à l’évolution du mouvement féministe. Un portrait de Baba Yaga, un reportage photo sur la communauté spiritualiste de Lily Dale et une série de suggestions de rituels pour le décours de la lune complètent ce numéro plus coloré que les autres, où plusieurs éclats de rouge vif surprennent et retiennent le regard.

Distribué dans plusieurs boutiques d’Europe, d’Asie et des États-Unis, Sabat n’est malheureusement pas disponible sur les tablettes canadiennes. Il est toutefois possible de le commander ici.

 

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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