Rentrée littéraire 2014: Bondrée d’Andrée Michaud

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BONDRÉE
Andrée Michaud
Éditions Québec Amérique, 2014
296 pages
1967. L’année de l’Expo, du Summer of Love, du « Vive le Québec libre » de De Gaulle. L’année de The Graduate et You Only Live Twice, de The Doors et Procol Harum. L’année où Zaza Mulligan est retrouvée morte à Bondrée.
 Bondrée, c’est Boundary Pound, un lac à la charnière du Canada et des États-Unis où Américains et Québécois se donnent rendez-vous l’été pour passer les mois chauds au chalet. Dans l’humidité collante de la forêt, le cadavre de la jeune Zaza est retrouvé, la jambe prise dans un piège qui  n’aurait jamais dû se trouver là. Sa meilleure amie Sissy est inconsolable. Tout Bondrée est sens dessus dessous. La jeune Andrée observe et apprend.
Récit de passage plus que roman de suspense, l’horreur de Bondréene se trouve non pas dans fantômes ou vampires, pas même dans l’esprit tordu du tueur, mais dans le renoncement à la naïveté et la confiance de l’enfance, confronté par cette première mort à la fragilité de sa propre existence. Un récit fort, donc, puisqu’il amène à creuser dans ses propres souvenirs, à revisiter son premier deuil. Le texte vole de narrateur en narrateur, passant de la perspective de l’un à celle de l’autre avec limpidité, calquant le fil de la pensée. Le point de vue de la petite Andrée est rendu avec vraisemblance, et chaque intervention de la petite en est une touchante et rafraichissante.
Sans aucun dialogue et dans un français semé d’anglais, Bondrée est un récit très imagé avec un important travail de musicalité et un puissant pouvoir d’évocation: on n’a pas de peine à imaginer les vêtements que la sueur colle sur la peau, l’odeur des hamburgers qui grésillent sur le barbecue, la vision du lac entre les arbres. Malheureusement, cette écriture très stylisée vient parfois alourdir le récit, ralentissant considérablement l’intrigue policière. Andrée Michaud écrit très bien, mais elle écrit beaucoup, et il manque d’espace pour le suspense.
À défaut d’un roman-mystère angoissant, la  Lauréate d’un Prix du Gouverneur général du Canada et d’un prix Ringuet  Andrée Michaud, dont le roman Mirror Lake a inspiré le Lac Mystère d’Érik Canuel en 2013, signe un portrait d’époque et un roman de passage inspirés et émouvants.
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About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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