Qui part à la chasse de Jérémy Bouquin: critique

Transgqui part a la chasse jeremy bouquinression ultime, le thème du cannibalisme ne se démode pas. Il profite même actuellement d’un regain, si l’on pense au roman Jardin de chair de Frédéric Raymond, à la série Hannibal ou encore au film Green Inferno d’Eli Roth. Avec Qui part à la chasse, publié en septembre aux éditions Luciférines, Jérémy Bouquin outrepasse l’extrême limite de l’anthropophagie en banalisant cet acte contre nature.

Dans un futur proche, où la misère a gagné tellement de terrain que ceux qui se rabattent sur la chair humaine ne sont plus des spécimens rares, Maximilien Fortis gagne sa vie en négociant sur le marché noir le corps de ses semblables. Tout comme la drogue et la prostitution, le commerce de cette viande bénéficie d’un empire bien organisé, comptant entre autres chasseurs, éleveurs et bouchers. Lui-même consommateur de son produit, Fortis jouit d’un vaste réseau de contacts et n’a aucune difficulté à satisfaire les demandes de ses clients. Ces talents rencontrent toutefois un défi de taille lorsque Joseph, un client richissime, lui réclame une bonne quantité de viande 100%  bio, des végétariens, autrement dit, une «espèce protégée». Appâté par l’argent et désireux de conserver sa réputation, Fortis mettra les pieds sur un terrain dangereux, déclenchant une série de péripéties qui fera basculer sa vie.

Bouquin ne tente pas de faire aimer son personnage principal. Également narrateur, Maximilien Fortis est blasé, sans pitié et vulgaire, mais à une voix bien à lui, teintée d’humour noir et de sarcasmes. On prend plaisir à parcourir ses courtes phrases nerveuses et honnêtes par lesquels on découvre un monde malsain, où le rôle de prédateur est redonné à l’homme et où chacun est une proie potentielle. Le récit est agrémenté de descriptions gastronomiques troublantes, évoquant les diverses façons d’apprêter certaines parties du corps, le goût du sang et la tendreté des bébés. L’homme prend donc malgré lui le rôle de bétail, et ceci au sens littéral du terme, car, dans un passage rappelant le délicieux roman Les Bouchers de dieu de Joseph D’Lacey, Fortis visite un élevage d’humain, comprenant mâles reproducteurs et modifications corporelles normalement réservées aux animaux.

Même si la situation s’y prête, l’auteur ne tombe pas dans les scènes de gore inutile. Il n’en a d’ailleurs aucunement besoin, car l’horreur se situe dans le côté vraisemblable de la chose, notre monde poussant toujours plus loin la frontière de l’immoralité au nom de l’argent. En lisant Qui part à la chasse, on se sent comme un produit de consommation, mal à l’aise devant le traitement insensible réservé aux bêtes humaines. En un savoureux mélange d’émotions, on ressent également l’humour de l’ironie du chasseur chassé et l’amertume du pouvoir de la fortune.

anne marie bouthillier

Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.

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