Projet SK365: Une grosse grippe d’homme

Bonjour et bienvenue à ce nouveau billet du Projet SK365 ! Je vous écris en direct de Boulder, au Colorado. Cette fois, j’ai un sérieux problème. J’ai été victime d’une grippe très sévère et je n’ai aucune idée de ce qui c’est passé au cours des derniers jours. Je sais que Mélissa a pris soin de moi et que j’ai fait des rêves étranges à propos d’une vieille femme d’une bonté incroyable et d’autres mettant en scène un homme terrifiant, dont je ne suis jamais parvenu à voir le visage. Et je ne sais pas si la fièvre m’a fait halluciner, mais je pense me souvenir avoir entendu quelqu’un dire que 99.9 % de la population mondiale était morte à cause d’une épidémie de grippe. Mais bon, ça ne peut pas être vrai, puisque je suis parmi vous aujourd’hui, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ??? En attendant de me remettre complètement sur pieds, voici ce dont je me souviens des rêves qui ont hanté ma maladie. Vous pourrez peut-être en tirer quelque chose…

11073963_10155378997670271_1920691893_nBien que Le Fléau ne soit pas le projet le plus ambitieux de King (coucou La Tour Sombre !), il demeure tout de même son roman le plus long. On en retrouve même l’ébauche dans Une sale grippe, une nouvelle du recueil Danse Macabre (tiens, tiens !) Et même si pour moi ce n’est pas son meilleur, il demeure essentiel dans le corpus kingsien, parce qu’il n’est pas un roman d’intrigue, mais bien un roman de personnages. D’autres œuvres de King sont mémorables à cause de leur histoire, mais Le Fléau est marquant pour la galerie de gens (qu’ils soient bons ou mauvais) qu’il met en scène. Le meilleur exemple de cette caractéristique se retrouve au chapitre 38, où King ne fait que développer des personnages tertiaires en leur donnant une psychologie propre avant de les faire mourir. Il s’agit, à mon sens, de l’un des talents de King, cette faculté de construire et de faire évoluer des personnages solides, auxquels ont prend plaisir à s’identifier (ou à détester, selon les cas !)

Comment peut-on rester indifférent à Tom Cullen, à Nick Andros ou à Larry Underwood ? Qui n’a pas pris Nadine Cross en pitié lorsqu’on réalise quel est son véritable destin ? Même du côté des vilains, certains ressortent avec une force incroyable. Que ce soit Lloyd Heinrich ou Le Kid, ils ont une profondeur et une complexité qui dénotent la maîtrise d’écriture de King. Personnellement, Tom Cullen et La Poubelle sont mes deux personnages préférés. On retrouve le concept de la galerie de personnages dans d’autres œuvres subséquentes, comme Bazaar, Le Dôme ou encore la saga de La Tour Sombre.

Le Fléau, c’est aussi la première grande bataille dans le combat cosmique (et non, le terme n’est pas trop fort, vous verrez pourquoi au fil de mes lectures, promis !) entre le Bien et le Mal. Contrairement à d’autres œuvres où on présente sans cesse une lutte sans merci entre les deux opposés et qui se termine généralement par la victoire sans équivoque des forces du Bien (ou, si on veut être « cool », on fait gagner l’autre côté), Le Fléau se termine sur une victoire douce-amère pour la Zone Libre de Boulder. De nombreuses personnes (et pas des moindres) ont été sacrifiées pour en arriver là, et en fin de compte, Flagg a simplement été chassé. Et pour ceux qui connaissent l’œuvre de King, vous savez que comme les impôts, il revient étonnamment souvent !

À bien y penser, c’est moins une lutte entre le Bien et le Mal dans le sens manichéen du terme, qu’un affrontement entre les forces primordiales du Blanc et celles du Rouge (eh non, chez King, ce n’est pas le Noir l’ennemi, malgré le surnom d’« Homme en Noir » accolé à Flagg), couleur qui correspond au Roi Cramoisi, la principale force destructrice et malfaisante dans l’œuvre de King. Et il faut voir cette confrontation comme une partie d’échecs plutôt qu’une guerre. Là encore, il faudrait plutôt parler de parties au pluriel, puisque même en situation d’échec et mat, il est toujours possible de jouer de nouveau avec une stratégie et un résultat différent. Bref, en plus d’être l’un des meilleurs romans post-apocalyptiques de tous les temps, Le Fléau est la première escarmouche d’un conflit qui traversera par la suite toute l’œuvre de King, à plus ou moins grande échelle.

Bon, je me sens redevenu moi-même et j’ai grandement besoin d’exercice. Mélissa, tu m’accompagnes ? J’ai envie de faire une marche. Une longue marche. On pourra jaser en chemin, question je sois au courant de ce que j’ai manqué à cause de la grippe. Quant à vous, chers lecteurs, on se revoit au bout du chemin !

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20120918173431!Annie_WilkesLe commentaire de la fan numéro un

Dans l’œuvre de Stephen King, on remarque que certains personnages sont présents dans plus d’un roman. Comme King situe plusieurs de ses récits dans les mêmes endroits (Castle Rock, Bangor, Derry, etc.), il est normal de croiser des personnages déjà connus. On pense notamment au shérif Pangborn présent dans Bazaar et La Part des ténèbres ou à Roberta « Bobbi » Anderson, personnage principal dans Les Tommyknockers et personnage secondaire dans Le Fléau. Mais s’il fallait nommer qu’un seul personnage récurrent, ce serait inévitablement le ténébreux Randall Flagg. Figure maléfique apparaissant sous divers déguisements et incarnant le mal absolu, Flagg sème la destruction sur son passage. Décrit comme un homme grand et maigre avec des yeux et un sourire inquiétants, Flagg est un sorcier doté de pouvoirs surnaturels. Figure de l’étranger sans âge à la silhouette sombre, il est la menace qui plane au-dessus des personnages de plusieurs romans. Ainsi dans l’œuvre de King, on retrouve une vingtaine de personnages dont les initiales sont R. F., dont plus d’une dizaine peuvent être considérés comme des manifestations de Randall Flagg. On pense à Raymond Fiegler dans Cœurs perdus en Atlantide ou Richard Folsom (un agent de la Boîte) dans Charlie. Presque immortel, il meurt ou disparait dans un monde pour renaître de ses cendres dans un autre.

Sous le nom de Randall Flagg, il tient une place importante dans trois romans de King. Il est le magicien du roi et le véritable maître du royaume de Delain dans Les Yeux du dragon. Il est le mystérieux Homme en noir que poursuit Roland dans la série La Tour sombre. Et finalement dans Le Fléau, il est l’antagoniste, le chef du clan des forces de l’ombre. Il est opposé à Mère Abigail et aux défenseurs de la Zone Libre.

D’autres personnages de King sont étrangement proches de Randall Flagg. Leland Gaunt (Bazaar) et Andre Linoge (La Tempête du siècle), deux autres figures de l’étranger menaçant, pourraient presque passer pour ses frères. Gaunt, le propriétaire du Bazar des Rêves, provoque à lui seul la destruction de Castle Rock. Linoge, comme Gaunt, met à l’épreuve l’esprit de solidarité d’une communauté. Mais si Gaunt ne semble désirer que collecter des âmes pour une raison qui n’est jamais précisée, Linoge demande l’offrande d’un enfant innocent. Or, Leland Gaunt et Randall Flagg ont un autre point en commun. À la fin du Fléau, Flagg revient sous le nom de Russell Faraday et il mentionne la ville d’Akron en l’Ohio, d’où Leland Gaunt se prétend originaire.

L’intérêt de la récurrence de Randall Flagg dans l’œuvre de King, c’est la suggestion de l’existence d’un univers interconnecté, de mondes parallèles et de réalités alternatives où les forces de la lumière ainsi que celles de l’obscurité se livrent un combat perpétuel. De plus, la présence de Flagg dans Le Fléau lie sa réalité post-apocalyptique avec la fantaisie des Yeux du dragon et la quête épique de La Tour sombre. Le Fléau sert ainsi d’introduction à ce sombre personnage qui sera développé dans d’autres œuvres de King.

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Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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