Projet SK365: quatre saisons dans le désordre

different seasonsBonjour et bienvenue à ce quinzième billet du projet SK365! Avouez que le temps passe vite quand on est en bonne compagnie! Je vous écris en direct de New York, où j’attends ma comparse Mélissa, qui tenait à faire partie d’un étrange club très sélect où on se raconte régulièrement des histoires. Mais bon, reprenons du début! Si vous vous rappelez, la dernière fois qu’on s’est vus, j’avais perdu Mélissa et j’étais en bien mauvaise posture, coincé dans un monde parallèle. Heureusement pour moi, le mystérieux Homme en noir que j’avais croisé m’a renvoyé dans notre monde. J’ai atterri à New York, où j’ai eu la chance de croiser Mélissa. Je vais donc prendre le temps de la mettre au courant de mes aventures et je vous reviens tout de suite après!

Différentes Saisons est le premier recueil de novellas, ces textes à mi-chemin entre une longue nouvelle et un roman court, publié par King. Si vous êtes intéressés par les raisons qui expliquent la particularité de ce format, je vous recommande la postface de l’auteur. Le recueil présente, pour la première fois, des textes qui ne sont pas des histoires d’horreur. Seule « La méthode respiratoire » rompt, de manière spectaculaire, avec le cadre réaliste des autres textes. L’idée d’associer une novella par saison est excellente, car l’association renforce l’atmosphère de chaque histoire.

Brad Renfro et Ian McKellen dans l'adaptation cinématographique de Un élève doué (Apt Pupil) par Bryan Singer, paru en 1998.

Brad Renfro et Ian McKellen dans l’adaptation cinématographique de Un élève très doué (Apt Pupil) par Bryan Singer, en 1998.

Je n’ai jamais vraiment aimé Un élève très doué, sans trop savoir pourquoi. Bon, à la base, une relation malsaine entre un adolescent de treize ans et un ancien criminel de guerre nazi en cavale, c’est pas très joyeux, mais mon malaise se situait ailleurs. Et puis, après l’avoir relue pour le Défi, j’ai enfin compris ce qui n’allait pas. Ce n’est pas du King, c’est du Bachman! Et une fois qu’on prend la novella pour une œuvre de Bachman, ça fonctionne parfaitement. On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès du pseudonyme de King : une ambiance étouffante, un thème dérangeant, une finale explosive et un ton résolument pessimiste. Ceci étant dit, ce n’est pas non plus mon texte préféré de Bachman. La relation parasitaire dans laquelle s’enfoncent Todd Bowden et Kurt Dussander crée un malaise très fort, tout comme le besoin de tuer qui s’empare peu à peu des deux protagonistes. Mais je pense que c’est l’aveuglement volontaire des parents de Todd qui rend cette novella si horrible à lire. Je vous aurai prévenu, ce n’est pas « L’été de la corruption » pour rien!

Will Wheaton, River Phoenix, Jerry O'Connell et Corey Feldman dans l'adaptation du Corps en 1986 par Rob Reiner sous le titre Stand by Me.

Will Wheaton, River Phoenix, Jerry O’Connell et Corey Feldman dans l’adaptation du Corps en 1986 par Rob Reiner sous le titre Stand by Me.un

Le corps est l’un des textes les plus connus de King, même si, ironiquement, il s’agit d’une nouvelle réaliste sur une bande d’amis qui vivent un rite de passage durant l’été de leurs douze ans. Mais c’est grâce à Stand by Me, l’excellente adaptation cinématographique de Rob Reiner que cette novella connaît un tel succès. Mais l’œuvre de King vaut la peine d’être lue pour elle-même, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, on y croise pour la première fois un certain Ace Merrill qu’on reverra bientôt dans un autre roman. Et Ace représente l’archétype de ce que ma comparse Mélissa appelle, avec raison, « la p’tite frappe ». Pour en savoir plus sur ce concept, je vous suggère d’écouter nos podcasts sur Stephen King! Ensuite, il s’agit de l’une des meilleures histoires jamais écrites par King. On y sent tout le potentiel de l’auteur, sa plume est précise et efficace, les personnages sont crédibles et attachants, bref, tout y est. Mais pour moi, le point le plus important est sans contredit que Le corps constitue, de manière consciente ou non, un prélude à une œuvre majeure de King, qui porte aussi sur l’enfance : Ça. Les parallèles sont nombreux et les thèmes abordés sont étonnamment semblables. N’insistez pas, je ne vous en dirai pas plus! Mais soyez attentifs, il se peut qu’un article sur ce sujet se retrouve un jour dans les pages de Clair/Obscur…

Allez, il est déjà temps de vous laisser, j’aimerais me rendre à Libertyville. Il paraît que la ville organise un festival de voitures rétro. J’y trouverai peut-être mon modèle préféré, la Plymouth Fury 1958! De toute manière, vous ne serez pas seuls très longtemps, Mélissa vient de sortir, et à l’air qu’elle fait, elle a sûrement plein de choses à vous raconter. En attendant, soyez sages, Fidèles Lecteurs, on se reparle bientôt!

20120918173431!Annie_WilkesLe commentaire de la fan numéro 1

Comme Stephen King le mentionne dans sa postface, chacune des novellas de Différentes saisons a été écrite après un roman : Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank après Dead Zone, Un élève doué après Shining, Le corps tout de suite après Salem et finalement, La Méthode respiratoire après Charlie. Chacune d’elles prolongeant le thème du roman qui la précède.

Dans Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank, King raconte l’histoire d’un homme accusé injustement de meurtre et condamné à perpétuité. Andy, le personnage principal, partage un sort semblable à celui de John Smith dans Dead Zone. En effet, ils sont tous deux les victimes innocentes d’événements malencontreux qui leur font perdre une partie de leurs vies. Ils sont par contre bien déterminés à mettre à profit le temps qu’il leur reste. Perçus comme des hommes fragiles et vulnérables, ils vont en fait se révéler déterminés, ingénieux et possédant une force intérieure considérable. Dans Rita Hayworth, on assiste à une évasion spectaculaire. Mais comparativement à un autre récit populaire relatant également une évasion étonnante, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, le roman de King ne s’appuie pas sur l’idée de la vengeance. Il met l’accent sur la survie et l’espoir. Malgré tout ce qui lui arrive, Andy Dufresne est une lumière dans les ténèbres de la prison de Shawshank, un homme patient, dévoué et foncièrement gentil. Mais vous le savez déjà. Car, même si vous ne l’avez pas lu Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank, vous connaissez Andy grâce à l’une des plus belles et des plus fidèles adaptations cinématographiques d’une œuvre de King : À l’ombre de Shawshank (1994) de Frank Darabont mettant en vedette Tim Robbins et Morgan Freeman.

Morgan Freeman et Tim Tobins dans l'aaptation The Shawshank Redemption en 1994 par Frank Darabont

Morgan Freeman et Tim Tobins dans l’adaptation The Shawshank Redemption en 1994 par Frank Darabont

Comme Pierre-Alexandre l’a dit précédemment, les histoires de Différentes saisons sont purement réalistes et se concentrent sur les personnages. Elles ne contiennent aucun élément fantastique, ni de science-fiction, ni d’horreur. Sauf pour La Méthode respiratoire. Et dans le cas de cette dernière novella, l’association à la saison de l’hiver, est particulièrement significative.

Dans un club privé, des messieurs se rencontrent pour se raconter des histoires. Le soir de Noël, ce sont toujours des histoires surnaturelles. La Méthode respiratoire est l’une de celle-ci. Emlyn McCarron rapporte ce qui est arrivé à l’une de ses anciennes patientes : Sandra Stansfield ayant appris la Méthode respiratoire pour se préparer à la naissance de son bébé prévu pour Noël. Le jour de l’accouchement, la mère a un accident de voiture où elle est décapitée. Or, elle réussit, tout en pratiquant la Méthode respiratoire, à mettre son enfant au monde.

Mouton noir du recueil, c’est La Méthode respiratoire qui est la moins reliée à l’œuvre qui la précède. Le seul point significatif concerne la venue au monde des enfants. Alors que la naissance de Charlie est liée à une expérience et des relations de cause à effet logiques, celle du bébé de Sandra Stansfield est quant à elle le résultat d’une méthode et des relations de cause à effet illogiques.

Illustration de La méthode respiratoire par l'artiste Patrick Léger

Illustration de La méthode respiratoire par l’artiste Patrick Léger

Il n’est pas surprenant que les contes de Noël contiennent des éléments au caractère surnaturel. À la fois de nature chrétienne, païenne et populaire, les événements entourant la nuit de la Nativité (procréation miraculeuse, voix venues du ciel, rêves et prémonitions, etc.) se prêtent particulièrement bien au surnaturel. Dickens, dans L’Arbre de Noël, prétend que la veille de Noël est la nuit parfaite pour se raconter des contes fantastiques, des histoires de revenants. Dans La Méthode respiratoire, on retrouve également la figure du conteur autour duquel on aime se rassembler, tout près du feu, pour les écouter. Noël est le moment de prédilection, à mi-chemin entre le profane et le sacré, pour la création de récits surnaturels.

Le lieu où ces hommes se retrouvent revêt lui-même une dimension fantastique. Le 249B, un vieil immeuble de New York, semble plus grand et en contenir plus qu’il n’y paraît. La bibliothèque du club contient des livres édités par des maisons qui n’existent pas et écrits par des auteurs aussi inconnus qu’introuvables. Les objets et leurs marques ne se retrouvent nulle part ailleurs. Le club lui-même ne semble pas vraiment se situer à New York. Passer la porte de celui-ci, c’est aussi traverser une sorte de passage vers une autre dimension. Même le gardien, l’étrange Stevens, ne semble pas tout à fait humain. Le temps n’a pas l’air d’avoir de l’emprise sur lui, toujours présent, il ne vieillit jamais. Et La lueur féroce dans ses yeux gris rappelle étrangement celle de Lelant Gaunt (Bazaar) ou d’André Linoge (La Tempête du siècle).

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Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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