Projet SK365: Où est Charlie?

Bonjour et bienvenue à cette nouvelle édition du Défi SK 365! Cette semaine, je vous écris en direct de New York, dans les bureaux du célèbre magazine Rolling Stones. J’avais envie de faire un peu de tourisme et, avec l’argent offert pour l’essai clinique du « Lot Six », j’en ai profité! Concernant ce dernier, l’expérience a été intéressante. Je n’ai ressenti aucun effet secondaire, mais je ne sais pas non plus à quoi servira ce médicament s’il est mis en vente. De toute manière, ce n’est pas non plus comme si je pensais que le « Lot Six » me doterait de pouvoirs psi! Je dois vous laisser, il y a une fillette de huit ans qui vient de se présenter à la réception et elle me rappelle étrangement quelqu’un. Je vais lui parler et voir si je ne la connaîtrais pas, je vous reviens plus tard.

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L’édition dans laquelle s’est replongé Pierre-Alexandre

Charlie est non seulement l’un des bons romans de Stephen King, c’est aussi son œuvre la plus politisée. En effet, jamais par la suite il ne remettra aussi directement en question le gouvernement ou les agences gouvernementales comme il le fait ici. Bien que sa prise de position s’inscrive dans sa critique générale de toute forme d’autorité (qu’elle soit religieuse, policière/militaire ou politique), il n’en reste pas moins qu’elle constitue une charge teintée de méfiance rarement vue dans son œuvre. Et ce roman s’insère parfaitement dans le climat politique tendu des années 1970 aux États-Unis, alors que la Guerre froide bat son plein et que des études sérieuses sont menées sur l’utilisation de psychotropes dans un contexte militaire et à d’autres fins tout aussi politiques.

Toutefois, Charlie n’est pas qu’une critique des programmes secrets des agences gouvernementales issus de l’imagination enfiévrée d’un écrivain au seuil de la paranoïa. Comme toujours, chez King, on retrouve plusieurs problématiques entremêlées. Celle qui me touche le plus directement est, en tant que père de trois enfants, la relation entre Charlie et son père Andy. Pour la première fois dans l’œuvre de King, on retrouve une figure parentale positive qui va tout faire pour assumer son rôle de protection et d’accompagnement. Bien sûr, le père de Johnny Smith est lui aussi une figure positive, tout comme Ben Mears l’a été de manière symbolique pour Mark Petrie. Par contre, dans le premier cas, Johnny est lui-même un adulte et, dans le deuxième, ce n’est qu’après la mort des parents de Mark que Ben endosse le rôle de père de substitution. Et Andy prouve sa « compétence » parentale en se sacrifiant littéralement pour sauver sa fille.

Quant à Charlie elle-même, elle est l’une des plus jeunes héroïnes de King, quoique ce dernier n’ait jamais hésité à placer des enfants directement sur la ligne de front. Contrairement à certains autres personnages, elle s’en tire somme toute à bon compte. C’est ce qui nous permet de lier Charlie à ce que j’appellerais le « cycle de l’enfance » de King, où il revient régulièrement sur la capacité d’adaptation des enfants, ainsi que leurs rapports souvent conflictuels et parfois mortels avec les adultes. Selon moi, il s’agit là de l’un des cycles les plus réussis de la carrière de King.

Sur ce, je dois vous quitter, puisque j’ai encore beaucoup de route à faire dans le cadre de ce défi. Dieu que je déteste l’autoroute, ses bretelles d’accès et ses déviations! Si seulement je pouvais tout faire exploser à coup de cocktails Molotov et de plastique, quel beau feu d’artifice ça ferait! Mais je m’égare et Mélissa m’attend pour la suite de notre périple… Je vous dis donc au revoir et à bientôt.

20120918173431!Annie_WilkesLe commentaire de  la fan no 1

Dans les romans de Stephen King, le mal présente différents visages. Dans Charlie, il se cache d’abord sous les traits des agents de la Boîte, l’organisation qui est à l’origine des expériences menées avec le « Lot 6 ». Celle-ci n’avait pas prévu que deux de ses cobayes auraient un enfant ensemble, et que ce dernier possèderait des pouvoirs destructeurs. Évidemment, la Boîte va s’intéresser particulièrement à la petite Charlie et tenter de la kidnapper. L’organisation secrète gouvernementale prétend ainsi agir pour le bien commun, mais les moyens qu’elle utilise pour arriver à ses fins font douter de ses bonnes intentions. Pour capturer Charlie, les agents de la Boîte vont, par exemple, assassiner sa mère. Lorsqu’ils réussissent à l’appréhender, ils veulent se débarrasser d’elle, mais pas avant de l’avoir étudiée. Son meurtre sera confié à Rainbird, un meurtrier dont le seul plaisir est de voir quitter la vie dans les yeux de ses victimes. Rainbird est un vrai agent du mal, un personnage noir et cruel. Alternant les rôles de père et de confident, la relation qu’il entretient avec Charlie ne servira qu’à mieux la détruire. La trahison de Rainbird le mènera à sa mort. Charlie anéantira la Boîte et tuera la plupart de ses agents par le feu. Les actes de Charlie ne font toutefois pas d’elle un être maléfique. Chaque fois qu’elle utilise ses pouvoirs et qu’elle fait du mal à quelqu’un, elle en souffre. C’est son innocence enfantine qui lui sert de bouclier contre le mal et qui la protège de son influence.

Pour ceux qui ont dévoré Charlie, vous aimerez la série télévisée américaine Believe créée par Alfonso Cuaròn et Mark Friedman. On y suit la fuite d’une petite fille aux pouvoirs merveilleux dont le destin est d’apporter la lumière dans ce monde. Ses pouvoirs sont convoités par les dirigeants d’un projet secret du gouvernement qui veulent transformer la jeune Bo en arme mortelle. Accompagnée de son père et protégée par deux anciens agents du projet Orchestra, elle aide les gens à retrouver leur véritable voie.

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Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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