Projet SK365: L’écrivain, le prêtre et le vampire

Bonjour et bienvenue à ce second billet dans le cadre du Projet SK365 ! Me voici dans la petite localité de Salem’s Lot, dans le comté de Cumberland, Maine. Je vous écris accoudé à une table de l’Excellent Café, près de la devanture, d’où je peux avoir l’œil sur la sinistre maison Marsten. Aujourd’hui, je veux vous parler de Salem, deuxième roman publié par Stephen King.

Dans sa préface, King explique qu’avec ce roman, il cherchait à rendre hommage à la fois au Dracula de Bram Stoker et aux vampires des pulps d’Entertainment Comics (EC). Et c’est exactement le résultat qu’on retrouve tout au long de notre lecture. Avec cette deuxième œuvre, King passe à la vitesse supérieure et nous offre une œuvre qui frappe de plein fouet, sans nous laisser aucune chance. Salem m’a littéralement pris aux tripes sans jamais me relâcher. Ce qui surprend, c’est à quel point l’écriture de King a gagné en puissance et en maturité en à peine un an. Il a trouvé sa voix et celle-ci ne le quittera plus (sauf à de rares occasions, sur lesquelles nous reviendrons plus loin dans le défi).

Bien que le roman soit très bon d’une couverture à l’autre, certaines scènes, par leur intensité, m’ont particulièrement marqué. Il y a le moment où Mike Ryerson enterre le cercueil du jeune Danny Glick, pour le malaise général que j’ai ressenti. La scène où Sandy McDougall retrouve son bébé Randy mort et où elle tente tout de même de le nourrir, parce qu’elle refuse de voir la réalité en face, est tout simplement insoutenable. Quant à la veillée de Ben Mears et Jimmy Cody au salon funéraire où ils sont confrontés pour la première fois à un vampire, constitue un moment d’angoisse pure. Et la confrontation finale entre Ben Mears et Kurt Barlow, le maître vampire qui a infecté la majorité de la population de Salem, est tout simplement magistrale ! King y mélange habilement tension, horreur et soulagement, ce qui nous place dans une situation extrêmement inconfortable. Honnêtement, ce sont des images qui vont me suivre pendant plusieurs nuits !

Si vous avez la chance de lire (ou de relire) Dracula avant de vous lancer dans Salem, je suis convaincu que vous apprécierez encore plus votre lecture, tellement King y livre un hommage au classique de Stoker. Il est possible de faire un parallèle entre les chasseurs de vampires de Salem et ceux de Dracula. Et certaines scènes clés, dont le combat final entre Mears et Barlow sont étonnamment semblables. Finalement, le personnage de Barlow est directement inspiré de celui de Dracula, que ce soit à cause de son charme à l’européenne, ou encore par sa grande intelligence et son égo surdimensionné. On retrouve également, dans Salem, certains thèmes chers à King et qui reviendront dans ses œuvres subséquentes (la petite communauté tricotée serrée qui en vient à s’autodétruire, le personnage de l’écrivain, la résilience des enfants, le combat entre le Bien et le Mal), mais j’y vois d’abord et avant tout une superbe relecture d’un roman qui a durablement marqué King. Cette capacité à moderniser une figure classique de l’horreur ou du fantastique, pour l’insérer dans un contexte beaucoup plus prosaïque, tout en décuplant son efficacité constitue, selon moi, une marque de commerce de King. À mon avis, Salem est l’un des grands romans de King, et l’un de ceux qui gagnent en profondeur à chaque lecture qu’on en fait.

Petite anecdote sympathique en terminant, si vous portez attention à la description physique qui est faite de Ben Mears, et que vous avez en tête une photo particulière de King vous pourriez vous rendre compte d’une étrange ressemblance entre les deux écrivains. Est-ce que Mears serait le premier cameo de King dans son œuvre ?

Malheureusement, il est déjà temps pour moi de vous laisser, puisque le soleil se couche et que je refuse catégoriquement de passer la nuit à Salem’s Lot. En fait, j’ai besoin de vacances, et j’ai trouvé l’endroit rêvé pour me ressourcer en attendant mon prochain billet. Il s’agit de l’hôtel Overlook, dans le Colorado. Même s’il est fermé pour l’hiver, je pense bien pouvoir convaincre le responsable de l’entretien de me laisser y séjourner. Après tout, on a tous besoin de compagnie !

Le commentaire de Mélissa Boudreault, la fan no 1

20120918173431!Annie_WilkesSalem est, à mon avis, l’une des meilleures histoires de vampires jamais écrite. Elle propose un traitement traditionnel des récits de vampires tout en les plaçant dans un contexte moderne. Ajoutez à cela l’extraordinaire capacité de King à raconter une histoire et bang! Vous avez un chef d’œuvre.

À Salem’s Lot, vous aurez affaire à de véritables monstres qui chercheront inlassablement à vous vider de votre sang. Aucun d’eux ne se transformera en boule disco une fois au soleil. Non ! Ils seront détruits et réduits en cendres. Vous ne trouverez aucun vampire amoureux d’un être humain. Ce serait aussi ridicule que de tomber en amour avec un sous-marin steak steak steak. Par contre, en lisant Salem, vous vivrez, en compagnie de Ben Mears et du jeune Mark Petrie, une aventure effroyable qui vous enlèvera le goût d’aller vérifier qui gratte à votre fenêtre en pleine nuit.

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Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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