Projet SK365: Des maisons boites à surprise

Bonjour et bienvenue à un moment charnière du Défi SK365. Eh oui, nous en sommes déjà au dixième billet ! C’est fou comme le temps passe vite en bonne compagnie. Pour ma part, je vous prierais d’excuser mes débordements précédents, je crois que j’ai souffert d’une légère dépression due aux nombreuses heures que je passe sur la route. Heureusement que Mélissa est là pour me remonter le moral, parce que sans elle, je n’y arriverais pas. C’est d’autant plus vrai que je viens d’apprendre en écoutant le bulletin d’informations radiophonique qu’un homme aurait fait exploser sa maison pour protester contre sa démolition prochaine pour faire place à une voie rapide. Personnellement, j’aime mieux la version de Douglas Adams, mais cette fois, hélas, nous ne sommes pas dans la fiction. En attendant, nous venons de nous arrêter à une halte routière pour faire le plein et je crois que je vais en profiter pour aller me dégourdir les jambes. Je vous reviens tout de suite après, promis !

* Comme il s’agit d’un roman méconnu, nous avons cru bon de retranscrire ici la quatrième de couverture de l’édition Livre de poche: « Son usine et le pavillon de banlieue qui a vu naître et mourir son fils vont être rayés de la carte. Bart Dawes fera face, seul, à l’irrésistible marche du  » progrès  » qui menace d’engloutir sa vie. Au fil de quelques semaines de révolte, ce brave cadre moyen perdra sa femme, se liera avec un mafioso philosophe et gourmet, avec une routarde désaxée et un prêtre des rues anarchiste. Il découvrira faction, le risque, l’inconnu… jusqu’à l’Apocalypse finale. »

11160159_10155488720380271_143555227_nChantier est le seul roman de Stephen King signé du pseudonyme Richard Bachman que je n’avais jamais lu. J’étais donc aussi nerveux qu’un enfant devant son sapin le matin du 25 décembre. Bon, j’ai dû être particulièrement turbulent cette année parce que le cadeau était franchement en deçà de mes attentes… À la défense de King, il a écrit ce roman peu après la mort de sa mère, des suites d’un long et douloureux combat contre le cancer. C’est probablement ce qui explique le ton dépressif qui pèse sur tout le roman, ainsi que le sentiment de fatalisme et de défaitisme qui sont les deux principaux moteurs du personnage principal. Au-delà de cette critique, il reste que Chantier met en scène quelques éléments intéressants qu’il vaut la peine de relever.

Tout d’abord, ce roman est clairement l’œuvre de Bachman. On y retrouve le ton sardonique et la fin en cul-de-sac typique de l’alter ego de King. Cette fois, il s’attaque à un thème qui me semble spécifiquement nord-américain, voire américain, soit le culte de l’automobile et le progrès aveugle du réseau routier. Il s’agit aussi probablement du roman de King/Bachman le plus ancré chronologiquement dans une réalité sociologique précise. En effet, King situe l’intrigue en pleine crise du pétrole et toutes les références à la culture populaire renvoient aux années 1970. Outre cette volonté de représenter une époque précise, on ne peut s’empêcher de noter, encore une fois, le sacrifice du personnage principal, une autre caractéristique de l’œuvre de Bachman. Ironiquement, il s’agit du seul roman de King/Bachman où la mort du personnage principal ne règle absolument rien. L’unique conséquence du suicide de Dawes, c’est la mise au jour de l’inutilité, en termes urbanistiques, du fameux nouveau tronçon d’autoroute. Ce faisant, la boucle est bouclée et le roman s’effondre sur lui-même, arrivé au bout de sa spirale d’auto-destruction.

Le deuxième point que je veux soulever est, contre toute attente, un élément relativement mineur dans l’intrigue. Il s’agit de la présence de Père Callahan, le prêtre déchu de Salem qui effectue un retour sous un autre nom et dans un roman signé du pseudonyme de King. Ce qu’il y a de plus fascinant encore, c’est qu’on croisera de nouveau le Père Callahan dans un roman signé King (je vous garde la surprise, on y reviendra en temps et lieu !). Et lorsqu’il raconte en détail l’errance qui a suivi les événements de Salem, il ne mentionne jamais cette rencontre avec Dawes ! Ce qui voudrait dire que King a inclus le personnage du Père Callahan dans un roman de Bachman pour ensuite oublier cette référence ! Ajoutons à cela le fait que la description qui est faite de Callahan dans Chantier correspond à peu de choses près à celle qui en sera faite lors de son apparition subséquente, 30 ans plus tard, et on se retrouve avec un cas d’intertextualité à en faire baver n’importe quel universitaire s’intéressant à la littérature.

Maintenant que j’ai eu mon nerdgasm, je peux passer à des choses plus sérieuses. En effet, Mélissa et moi avons reçu une invitation bien particulière. Nous nous rendons dans le Maine afin de rencontrer King lui-même, dans le but de discuter avec lui de la littérature d’horreur en général et de sa propre conception du genre, ainsi que son rapport à l’écriture. Ne vous en faites pas, on prendra des notes et on vous montrera le tout le plus vite possible. En attendant, conduisez prudemment !

À la suite d’un événement hors de notre contrôle, ma collègue et amie Mélissa Boudreault n’a pu participer à cette édition du défi SK365. Elle m’a également offert de poursuivre sans elle pour les prochains billets et de me rejoindre aussi tôt que possible. Mais comme ce projet a commencé en duo et il est impensable pour moi de continuer seul, ne serait-ce que pour une ou deux semaines. Ne vous en faites pas, nous vous reviendrons très bientôt avec de nouveaux billets dans le cadre du Défi SK365. D’ici là, profitez-en pour rattraper le retard dans vos lectures et, qui sait, peut-être même prendre un peu d’avance !

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Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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