Projet SK365: Dans ma Plymouth Fury je t’emmènerai… SUR L’AUTOROUTE DE L’ENFER!

Bonjour et bienvenue à ce nouveau billet du défi SK365! J’espère que tout va bien de votre côté, Fidèles Lecteurs, parce que pour ma part, j’ai échappé, avec l’aide de Mélissa, à une mort atroce. Mais revenons au début. Je vous écris en direct de la station Grey Hound de Libertyville, en Pennsylvanie, où j’attends le prochain départ, peu importe la destination. Ce sera long avant que je puisse de nouveau faire confiance à une voiture… Je sais, je m’égare encore, mais l’expérience que j’ai vécue à l’exposition automobile de Libertyville fut réellement traumatisante, d’autant plus qu’elle concerne la fameuse Plymouth Fury, que je considérais, jusqu’à ce jour, comme le véhicule de rêve. Un vrai cauchemar, oui! Bon, je pense que je vais tenter de reprendre mes esprits. On se reparle bientôt.

L'édition consultée par Pierre-Alexandre lors de sa relecture

L’édition consultée par Pierre-Alexandre lors de sa relecture

Je pensais avoir déjà lu Christine il y a plusieurs années, mais plus ma lecture avançait, et plus j’étais certain que ce n’était pas le cas. Évidemment, je connaissais, en partie, l’histoire : une voiture hantée qui prend possession de son pauvre conducteur et qui se lance dans une série de meurtres sordides. Quand j’ai vu que le roman faisait 500 pages, je me suis douté que ce n’était pas aussi simple que ça. Malheureusement, j’avais raison. Christine n’est pas un mauvais roman, mais ce n’en est pas non plus un qui m’a procuré beaucoup de plaisir de lecture. D’une part, il est beaucoup trop long et l’intrigue s’étire inutilement, et d’autre part, on dirait que King hésitait constamment entre deux idées, la voiture hantée et la possession d’Arnie par l’ancien propriétaire de Christine, sans arriver à se décider. Le résultat est un rythme inconstant, où la narration à la première personne est délaissée pendant la seconde partie du livre, avant de revenir dans la dernière section. Ce changement de narration est dû au séjour à l’hôpital de Dennis, causé par un grave accident lors d’une partie de football. L’absence (métaphorique) de Dennis est aussi un ressort narratif utilisé par King afin de permettre à Christine et à Le Bay d’affirmer leur emprise sur Arnie, mais le tout semble plutôt forcé et n’aboutit pas au résultat escompté.

J’ai beaucoup aimé les méchants de cette histoire, de petits voyous sans envergure qui peuplent tant d’œuvres de King, mais qui, cette fois, reçoivent la monnaie de leur pièce. Toutefois, je ne peux en dire autant des personnages principaux, que ce soit Arnie, Dennis ou Leigh. Le roman ressemble à un étrange amalgame entre Carrie et Shining. On y retrouve un adolescent marginalisé (comme dans Carrie) aux prises avec un véhicule qui le transforme malgré lui en un être foncièrement malfaisant (à la manière de Jack Torrance dans Shining). La narration n’arrive par contre pas à joindre les deux, et le résultat s’avère somme toute décevant.

Étonnamment, bien que l’intrigue tourne autour d’une voiture hantée, King ne s’est pas intéressé en profondeur au rapport des Américains avec leurs voitures, et pourtant, l’automobile constitue l’une des pierres d’assise du rêve américain, en plus de faire partie intégrante de la culture populaire américaine. Ce n’est pas non plus comme s’il était incapable d’écrire un roman sur ce genre de thématique, son œuvre est remplie d’exemples du contraire. C’est peut-être ce qui m’a le plus déçu de ce roman, de voir les occasions que King a laissées filer, et les choix narratifs discutables qu’on retrouve tout au long du récit.

Bref, Christine m’a laissé une impression mitigée, mais je serais curieux de voir la version cinématographique de John Carpenter, afin de constater comment l’histoire est présentée.

Sur ce, je dois vous laisser, il y a un autobus qui arrive au quai d’embarquement. Selon son enseigne, il va à Tarker’s Mill, dans le Maine. Qui sait, j’y ferai peut-être des rencontres intéressantes. En attendant de se revoir, Fidèles Lecteurs, faites attention lorsque vous croisez une voiture qui semble sourire de toute sa calandre, elle en a peut-être après vous…

Le commentaire de la fan no. 1

20120918173431!Annie_WilkesDepuis sa sortie en 1983, j’ai vu l’adaptation cinématographique de Christine au moins une bonne douzaine de fois. En fait, plusieurs fois avant d’avoir lu le roman au début des années 2000. L’histoire de cette voiture hantée et meurtrière m’a toujours fascinée. Le film de John Carpenter a donné naissance à de nombreuses images inoubliables : Christine qui se «reconstruit» toute seule après avoir été détruite, le visage blême et les yeux hallucinés d’Arnie durant la confrontation finale et Christine, en flamme, poursuivant Buddy sur une route désert. Même la musique du film, signée en partie par Carpenter, a quelque chose d’envoutant. La musique a d’ailleurs, comme dans le roman, une place très importante. La radio de Christine est un élément-clé dans la version cinématographique puisqu’elle lui sert de moyen de communication. Grâce aux chansons qu’elle diffuse, toujours du rock n’roll des années 50-60, elle exprime toute une gamme d’émotions (jalousie, satisfaction, colère). Ce qui permet à la Plymouth Fury d’interagir avec les personnages sans jamais tomber dans le ridicule.

Dans le film, le spectre de Roland LeBay, l’ancien propriétaire de Christine, a complètement été évacué. Mais c’est sa présence qui m’a plu dans le roman. Christine n’est alors plus simplement un objet animé et maléfique, mais bien le moyen par lequel LeBay tente de revenir d’entre les morts. On se rend compte alors que la relation amoureuse qui se tisse entre Arnie et Christine n’est pas celle que l’on croit. Au contact de Christine, Arnie se transforme. Le lecteur croit d’abord qu’il devient plus sûr de lui, mais ce n’est pas tout à fait le cas. Il devient de plus en plus comme LeBay, physiquement et mentalement. La voiture attire puis séduit Arnie, mais c’est Roland LeBay qui tente de posséder Arnie. Et c’est cet élément, absent du film, qui est intéressant dans le roman de King.

Or, même si Christine est né dans l’imagination de Stephen King, c’est John Carpenter qui a fait de la Plymouth Fury une véritable star et une icône de l’horreur.

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Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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