Projet SK365 : ÇA va bien !

Ca - CouvertureBonjour et bienvenue à cette nouvelle édition du Défi SK365 ! Je ne sais à quand remonte notre dernière rencontre, mais j’ai l’impression que ça fait 27 ans qu’on ne s’est pas vus ! Peu importe, nous sommes de nouveau réunis et c’est ce qui compte. La dernière fois que nous nous sommes parlé, je vous ai dit que j’étais en route pour Derry. Et c’est de là que je vous écris, ou du moins, dans ce qui reste de cette petite ville du Maine… En effet, des pluies diluviennes et soudaines ont causé l’effondrement d’une partie de la basse-ville. L’important est que Mélissa et moi sommes sains et saufs, puisque nous avions tous deux pris une chambre à l’unique hôtel de la ville, situé dans la haute-ville et donc épargné par ce terrible effondrement. Nous avons décidé d’un commun accord de quitter la ville le plus rapidement possible. Je vous reviens donc dès que nos valises seront bouclées !

Ça est un roman qui m’a particulièrement touché à ma première lecture, et en le relisant, j’ai eu le plaisir de constater que les émotions qu’il suscite chez moi sont encore intactes. J’ai toujours eu un faible pour le Loser’s Club, parce que je me reconnaissais un peu dans chacun de ses membres. En fait, j’ai toujours cru que j’aurais eu ma place dans cette bande d’exclus, avec mes lunettes, mon surpoids et mon amour des livres.

D’un point de vue littéraire, Ça est intéressant parce qu’il s’agit du dernier roman de King sur les pouvoirs et les malheurs de l’enfance. Si on regarde l’ensemble de la production qui précède ce roman, on réalise à quel point les enfants (et les adolescents) y occupent une place centrale. De Danny Torrance (Shining) à Carrie White (Carrie) en passant par Arnie Cunningham (Christine) et Mark Petrie (Salem’s Lot), il n’est pas facile d’être un enfant chez Stephen King ! En fait, Ça fait partie du « cycle » de l’enfance, mais il s’en démarque nettement, puisqu’il s’agit du seul roman où des personnages passent de l’enfance à l’âge adulte. En fait, non seulement ils deviennent adultes, mais ils reviennent combattre le monstre qu’ils croyaient avoir battu étant enfants. Cette alternance entre les chapitres se déroulant en 1958 où les enfants découvrent la nature de Ça et apprennent à le combattre et ceux ayant lieu en 1985, alors que les ratés sont devenus adultes, permet à King de démontrer les pouvoirs de l’enfance dans son univers. Oui, être âgé de moins de 18 ans dans un roman de King est dangereux (de nombreux personnages adolescents peuvent en témoigner !), mais l’enfance vient aussi avec certains avantages. Le meilleur exemple de cette dualité est le personnage de Stan. Bien qu’il soit le plus rationnel des membres du Loser’s Club et qu’il craigne plus que tout le désordre causé par Ça, il est tout de même en mesure d’utiliser son imagination et de sauver la vie de ses amis lors de leur première confrontation avec Ça. Par contre, une fois adulte, il se suicide en apprenant que Pennywise serait de retour, puisqu’il ne possède plus cette foi nécessaire dans l’irrationnel et la magie qui pourrait lui permettre d’affronter de nouveau le monstre de son enfance.

losers club

Ça suscite également l’intérêt parce qu’il s’agit du premier roman de King où les références à d’autres de ses œuvres abondent. Dick Halloran, le cuisinier et mentor de Danny Torrance dans The Shining a fait l’armée avec le père de Mike Hanlon. Le fantôme de Belch Huggins conduit une Plymouth Fury 1958, le modèle de Christine. George Denbrough, le petit frère de Bill, est enterré au cimetière Mount Hope, où a également été enterré Gage Creed, avant d’être exhumé par son père, dans Pet Sematary. La ville de Gatlin est brièvement mentionnée par Ben ; c’est dans cette ville que vivent les enfants du maïs. La Tortue joue un rôle majeur dans une bonne partie de The Dark Tower. Frank Dodd, le policier meurtrier de The Dead Zone est mentionné par les membres du Loser’s Club lorsqu’ils se réunissent une fois adultes. Ben habite à Hemingford Home, dans le Nebraska ; c’est là qu’habite Mère Abagail, la vieille femme qui guide les forces libres dans The Stand. La décoration de la maison sur la rue Neibolt, où le Loser’s Club croise le fer contre Ça pour la première fois rappelle la décoration d’une autre maison qui sert de passage à Jake Chambers dans le tome 3 de The Dark Tower. Je m’arrête ici, mais la liste aurait pu continuer longtemps !

Bon, nos bagages sont prêts et nous aussi ! J’aimerais juste faire un dernier arrêt à la bibliothèque municipale avant de partir, afin de voir si je ne pourrais pas me trouver un livre pour la route. Quelque chose de léger. Un conte de fées peut-être ? Bah, peu importe, du moment que ça me change les idées ! En attendant notre prochaine rencontre, Fidèles Lecteurs, faites attention à vous, et si j’étais à votre place, j’éviterais les clowns. Qui sait ce qui se cache derrière leur maquillage…

20120918173431!Annie_WilkesLe commentaire de la fan no 1

« Si je n’ai jamais lu de Stephen King, par quel roman dois-je commencer? »

« Si je ne devais lire qu’un seul roman de King, lequel me conseillez-vous? »

À ces deux questions, il n’existe, selon moi, qu’une seule réponse : ÇA.

Lire Ça, c’est s’initier à l’essence même de l’œuvre de King. D’abord, il traite d’un de ses thèmes de prédilection : l’enfance. En effet, l’intrigue du roman se concentre autour du Club des ratés (Loser’s Club), un groupe composé de sept enfants qui devront affronter les violences de leurs proches et de la créature qui se terre dans les souterrains de la ville de Derry. Il faut savoir que la plupart des personnages kingsiens sont des enfants. Pourquoi ? Parce que les enfants perçoivent tout, ils n’ont pas encore les œillères que les adultes se construisent en vieillissant. Ils croient toujours aux monstres et à la magie. Pour King, les enfants sont supérieurs aux adultes pour affronter le surnaturel puisqu’ils sont plus proches de leur imaginaire. C’est cette proximité qui fait d’eux des personnages mieux équipés pour affronter les monstres.

L’entité qui terrorise les enfants de ÇA est l’archétype de tous les monstres. Elle attire les enfants en prenant une apparence attirante, ici celle d’un clown, puis, elle revêt la forme qui épouvante le plus ses victimes pour les dévorer. La présence du monstre est étroitement liée à la ville de Derry. Démontrer la corruption morale des petites villes est l’une des spécialités de King et il le fait avec brio dans Ça. La créature se nourrit de la méchanceté et des vices des habitants de la ville : les parents ne s’occupent pas de leurs enfants ou pire, ils les battent ; ils persécutent les minorités et les exclus. En vivant en marge des habitants de Derry, les enfants du Club des ratés comprennent rapidement, comparativement aux autres, le danger qu’ils courent. En affrontant le monstre, le Club des ratés se bat pour tous les enfants de Derry.

Dans les romans de King, les enfants sont souvent confrontés à un monde brutal où les différentes formes de violence sont partout. Les membres du Club des ratés sont constamment persécutés et laissés à eux-mêmes. C’est grâce à leur union qu’ils réussissent à faire face à l’affreuse bande d’Henry Bowers et qu’ils peuvent supporter les violences et la négligence de leurs parents. C’est également cette union qui leur permettra de terrasser le monstrueux Ça.

Lire Ça, c’est s’immerger dans l’univers de King : un monde où les enfants doivent constamment combattre les monstres.

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Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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