Projet SK365: Attention à la marche!

Bonjour à tous et bienvenue à ce nouveau billet du Défi SK365! C’est fou comme le temps passe vite. Eh oui, la barre des 10 % de livres lus vient d’être franchie et ce, en à peine deux mois. Disons que le projet est en bonne voie d’être complété dans les temps. Bon, assez de blabla, de retour à notre sujet principal!

Je vous écris donc en direct de Danvers, dans le Massachusetts, où je me repose un peu de la longue marche entreprise à la suite de notre lecture du Fléau. Je me sens en pleine forme et la marche m’a aidé à chasser les derniers vestiges de grippe. En ce moment, il semble y avoir une manifestation populaire dans la ville, puisque la rue principale est bordée de centaines, voire de milliers de spectateurs qui scandent tous un nom que je ne suis pas certain de comprendre. Je vais voir de quoi il retourne et je vous reviens tout de suite!

L'édition du roman dans laquelle Pierre-Alexandre s'est plongé

L’édition du roman dans laquelle Pierre-Alexandre s’est plongé

Marche ou crève est le deuxième roman signé Richard Bachman, et je peux affirmer sans hésiter qu’il est le plus dérangeant de tous ceux écrits sous le pseudonyme de Bachman. On y retrouve ce qui semble être une dystopie, où les militaires seraient au pouvoir et où l’on enverrait des Escouades pour s’occuper des contestataires. Je n’utilise pas le conditionnel à la légère, puisqu’aucune information concernant la date et le climat sociopolitique des événements n’est donnée. Tout ce qu’on sait, c’est que la Longue Marche est une sorte de jeu qui est télédiffusé à la grandeur des États-Unis, et qu’il est suivi par des millions de téléspectateurs. On sait aussi que le gagnant peut demander ce qu’il veut, alors que les perdants sont tous exécutés sans pitié.

Dans un monde où les téléréalités sont sans cesse à l’affût de nouvelles manières toujours plus spectaculaires, voire extrêmes, d’attirer du public, cette Longue Marche a des résonnances funestes. Le pire, c’est que Bachman/King ne fournit aucune information pouvant expliquer au lecteur comment cette marche en est venue à être mise en place, ni ce que les organisateurs cherchent à faire avec ce « jeu ». Et que dire des motivations des participants, dont la plupart de ceux à qui l’auteur donne la parole ne savent même pas pourquoi ils en font partie, si ce n’est que ça leur semblait une bonne idée au moment de l’inscription.

Ce roman se lit d’une traite et, plus la lecture avance, plus le lecteur se retrouve confiné dans un rôle de voyeur de plus en plus insupportable à mesure que les marcheurs s’échangent confidences, espoirs et craintes. La progression est marquée par les morts et moins les compétiteurs sont nombreux, plus le rythme de lecture augmente. Ce roman s’inscrit directement dans le pessimisme qu’on retrouvait déjà dans Rage et qui constitue la marque de commerce de l’écriture de Bachman. On remarque quand même la griffe de King dans les citations en exergue au début de chaque chapitre, car la plupart d’entre elles font référence à des jeux télévisés qui font partie de la culture populaire américaine. Et comme on le sait, King émaille constamment ses propres textes de références à la pop-culture américaine.

Lorsque le dernier marcheur en compétition avec Garraty meurt, signalant ainsi la fin de la Marche, le lecteur ne peut s’empêcher de frémir à la mention d’une étrange silhouette noire qui l’attire et l’incite à continuer à marcher malgré tout. On en vient à se demander si, par un horrible coup du sort, ce ne serait pas Flagg lui-même qui attend le vainqueur pour s’emparer de son âme. Mais on est chez Bachman et Flagg est une créature de King. N’est-ce pas? Toujours est-il qu’avec cette finale, le lecteur a la désagréable impression qu’il ne peut y avoir de gagnant. Tandis qu’on referme le roman avec soulagement, on est frappé par une pensée qui nous replonge dans le désespoir le plus noir : ce n’était pas la première Longue Marche et ce ne sera certainement pas la dernière…

Bon, après vérification, il s’agissait d’une sorte d’événement sportif. Et c’est étrange, parce qu’il n’y avait que deux participants, et j’ai l’impression que c’est quand l’un d’eux s’est évanoui en cours de route que le deuxième a été déclaré gagnant. Celui-ci n’a probablement pas entendu les responsables de l’événement proclamer sa victoire à cause du bruit de la foule, puisqu’il a continué à marcher avant de se mettre subitement à courir. Bof, de toute manière, je dois me remettre en route si je veux arriver dans le Maine à temps pour la saison des fêtes foraines. Je pense que je vais prendre un taxi pour me rendre à l’aéroport, c’est plus sûr…

nametag-PA

Le commentaire de la fan numéro un

20120918173431!Annie_WilkesMarche ou Crève est l’une des lectures qui m’a le plus marquée.

D’abord, la réalité futuriste dans laquelle s’inscrit l’histoire est franchement dérangeante, probablement parce qu’elle pourrait possiblement devenir la nôtre. Marche ou Crève présente une Amérique ultra-libérale tombée sous le joug d’une dictature militaire. La Longue Marche, compétition télévisée où on abat froidement les concurrents pour distraire le public, est l’évènement le plus populaire de l’année. Devant le succès des diverses téléréalités d’aujourd’hui, la Longue Marche hante mes pensées.

Le rythme du récit a largement contribué à en faire un de mes romans préféré de Bachman. Dès qu’on en commence la lecture, le compte à rebours débute. Alors que progresse la Marche, que s’égrène les heures et les kilomètres, le récit avance au rythme des morts laissés derrière. Plus les concurrents avancent, plus leurs limites sont mises à l’épreuve, et plus ils expérimentent une palette d’émotion : confiance, euphorie, épuisement, frustration, peur, solitude, terreur et désespoir. On remarque avec angoisse que Garraty se détache de plus en plus de la réalité, qu’il distingue de moins en moins la distance et le temps qui passent. Et on commence à comprendre qu’à la fin de la course, il n’y a que la folie qui attend le gagnant.

Je dois maintenant vous quitter. Il semble que plus nos lectures avancent, plus Pierre-Alexandre a besoin des services d’une infirmière dévouée. Cette fois-ci, ce n’est pas une grosse grippe, mais bien un grave accident de voiture. Espérons qu’il ne verra pas de sombres évènements dans mon avenir lorsqu’il se réveillera…

nametag-Mélissa

Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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