Une première semaine réussie pour le festival SPASM 2015

BAGMAN – PROFESSION MEURTRIER d'Anouk Whissell, François Simard et Jonathan Simard / Québec / 2004 / 19 min

Le Festival SPASM débutait les festivités le 21 octobre. Loin d’être terminées, voici le compte-rendu de la première semaine de projections, concocté par nos chroniqueurs Jason Paré et Sébastien Bourget. La suite la semaine prochaine, comme un bon vieux feuilleton à la télé (le festival prend fin le 31 octobre).

QUÉBEC TROUBLÉ

Après une soirée dédiée au film Retour vers le futur 2, un premier bloc de courts métrages était présenté à SPASM le lendemain, 22 octobre. Baptisée « Québec troublé », cette toute nouvelle soirée avait la prétention de présenter ce que le Québec a de plus troublant à offrir. Voyons cela de plus près.

La-Grange-11-1024x690

Le premier court métrage à être présenté, La Grange de Caroline Mailloux, a été projeté au TIFF en 2014 et met en vedette la talentueuse Fanny Mallette. Passée maître dans l’art de jouer le rôle d’une mère dépressive et angoissée – rappelons entre autres son excellente prestation dans Les Sept jours du Talion – Mallette y interprète donc une mère, tiraillée entre ses frustrations envers son mari chômeur et ses inquiétudes pour son jeune fils, dont l’un des amis est porté disparu depuis peu. Ce suspense, élégamment tourné, aborde à la fois la violence masculine et et la duplicité féminine, et s’interroge sur jusqu’où peut aller une mère pour protéger son fils. L’un des moments forts de la soirée.

Suivait l’amusant Lanquidity de Kevin Gourvellec, portrait loufoque d’un artiste peintre qui repense le numérique, mais très loin des genres abordés dans Clair/Obscur. Passons.

le-chien

Le troisième du lot, Le Chien de Nicolas Legendre, débute brutalement avec l’extrait d’une vidéo qui a été réellement diffusée sur le web et qui a été virale, où l’on voit un jeune homme maltraiter un chien avant de le lancer du toit d’un immeuble. Traumatisé – à l’instar du spectateur – par ces images véritablement troublantes et particulièrement cruelles, un gardien de sécurité erre dans les installations olympiques à la recherche d’un petit chien qu’il a aperçu sur les caméras de surveillance, pendant que de jeunes voyous tentent d’entrer à l’intérieur du complexe. Plutôt contemplatif, mais à l’ambiance réussie, le court métrage de Legendre s’achève malheureusement sur une conclusion obscure et alambiquée.

Cassandre-image-slider

Ayant apparemment fait un mini-scandale à Fantasia cet été suite à des plaintes de spectateurs – qui sont à mon avis totalement injustifiées – le court métrage suivant, réalisé par Jean Vital Joliat et intitulée Cassandre, aborde l’épineuse question des réseaux sociaux et de l’exploitation sexuelle. Si deux-trois petites erreurs de parcours nuisent à la crédibilité de l’ensemble, Joliat ne ménage pas son spectateur en présentant une scène de strip-tease dérangeante, faite sous la contrainte, où l’actrice principale – au corps juvénile – se dénude face à la caméra. Ceci expliquant probablement cela, le moment le plus déconcertant dans le court métrage de Cassandre, c’est son final, en complète rupture avec ce qui précède et laissant le spectateur perplexe sur les intentions du réalisateur. Une œuvre totalement en osmose avec le thème de la soirée, donc.

Enfin, le dernier court métrage présenté lors du bloc « Québec troublé », Petit frère, venait efficacement calmer les tensions et les angoisses provoquées par les films précédents avec son humour bon enfant. Après son court métrage Le Chevreuil, réalisé à l’UQAM en 2012, Rémy St-Michel nous revient avec un film tout aussi amusant, mais qui émeut également. Ainsi, malgré que cette œuvre soit très loin des préoccupations du présent webzine, je peux dire sans gêne que Petit frère fait partie de mes coups de cœur de la soirée.

JP

LES INCLASSABLES – SPÉCIAL QUÉBEC

Comme c’est la coutume tous les ans, la programmation du festival SPASM nous offre un bloc de films tellement éclectiques qu’ils sont catégorisés comme étant « inclassables » (un bloc international de films inclassables a été présenté le 28 octobre – NDR). Cette année, un bloc constitué de ce type de films a été consacré aux courts métrages québécois . Voici un résumé des films projetés.

Le tout débute avec Think Deep, de Peter Skovsko, qui relate l’histoire d’un homme infidèle et de sa maîtresse qui voient leur plan d’éliminer l’épouse de ce dernier se retourner funestement contre eux. Messieurs, ce film à la révélation finale bien exécutée vous y fera penser à deux fois avant de considérer être infidèle envers votre épouse.

magnifique-sous-leau

Le film d’animation La Vie magnifique sous l’eau, de Joël Vaudreuil, prend le relais. Grâce au style d’animation qui caractérise toutes ses réalisations, Vaudreuil nous entraîne sous l’eau pour y découvrir les habitudes quotidiennes de la population marine qui peuple nos lacs et rivières. Grâce aux thématiques satiriques du film, les spectateurs auront tôt fait de remarquer que les comportements de ces animaux ne sont pas très éloignés de ceux des bipèdes que nous sommes. Cette critique sociale divertissante vaut le déplacement ainsi qu’un coup de chapeau au réalisateur qui poursuit sur sa lancée après avoir remporté un Jutra grâce à son précédent film Le Courant faible de la rivière.

Sparky Ketchup, de Lori Malépart-Traversy, met en scène, via un style d’animation bon enfant, une anecdote que nous raconte la réalisatrice à propos de la fois où elle a remporté un concours de dessin lié au lancement d’une nouvelle marque de ketchup. C’est rigolo en plus d’alléger l’atmosphère en prévision du film suivant.

Appareil_de_la_destruction-IMAGE-SLIDEr

Au moyen d’une série de plans-séquences, L’Appareil de la destruction, première réalisation prometteuse de Jean-Christophe J. Lamontagne, suit les tribulations d’un jeune homme pendant un party d’Halloween où l’alcool, les p’tites pilules d’ecstasy et les désirs refoulés le feront passer par toute la gamme des émotions. Outre la fin qui laisse les spectateurs confus, ce court métrage réussi très bien à nous immerger dans un bad trip vécu dans les pièces exiguës d’un bungalow surpeuplé d’ados costumés.

La Pepperette, de Jérôme Hof, nous montre deux ados lors de la planification et l’exécution plus que maladroite de leur premier vol de dépanneur. Un événement inattendu viendra leur enseigner comment mener à bien leur plan douteux. Ce petit sketch bien simple qui devait au départ faire office de test de caméra se retrouve finalement avec sa vie propre. Il profite d’une bonne performance comique de l’acteur Jean-Carl Boucher (1984, 1987) qui tire le maximum du temps qui lui est imparti.

La_plus_vielle_des_pierres

La plus vieille pierre, de Mathieu Girard, fait sublimement montre du grand talent d’animateur de stop-motion de ce réalisateur. Il met en scène un vieillard qui entre en possession d’une pierre mystérieuse qu’il ramène dans une société dystopique dans le but de la marchander pour en tirer des gains financiers importants. Cette recherche de l’enrichissement personnel ne viendra pas sans un fort prix à payer. Ce postulat pessimiste sur notre société en perdition mérite toute notre admiration grâce à la grande qualité de l’animation, sa direction artistique et le travail de moine de son réalisateur pour mener ce projet jusqu’au bout.

Le bloc de projection s’est terminé en beauté avec Bleu tonnerre réalisé par Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné. Dans ce qui se révèle être une comédie musicale, nous y découvrons Bruno, un gars malchanceux et rêveur mis à la porte par sa copine enceinte et pris dans un boulot qui ne lui plaît guère. Poussé à se prendre en main par sa sœur aînée, Bruno décide de faire son grand retour dans un domaine dans lequel il se sent quelqu’un d’admiré : la lutte amateur. Tous les dimanches, Bruno le malchanceux enfile son maillot de spandex et son masque pour se transformer en l’invincible Blue Thunder. Malgré une finale un peu cucul la praline, ce court métrage surprend par son approche inattendue ainsi que par la qualité de sa distribution menée par le chanteur Dany Placard et Isabelle Blais.

SB

RÉTROSPECTIVE RKSS

RKSS

C’est samedi dernier que le Festival Spasm a rendu un chaleureux hommage aux membres du collectif Roadkill Superstar, formé d’Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell et de François Simard. En plus d’être des collaborateurs récurrents du festival, cela fait déjà plus de 15 ans que ces trois cinéastes s’amusent à nous offrir des courts métrages qui encapsulent leur amour des films d’horreur cultes, des excès cinématographiques des années 70 et 80 et des effets spéciaux où le gore est roi et maître. Les années de dur labeur du trio ont été gracieusement récompensées en 2015 avec le succès critique de Turbo Kid, leur premier long métrage. Spasm a souligné à sa manière le travail accompli par RKSS en offrant au public une rétrospective en trois parties de tous les films du collectif

Le premier bloc regroupant leurs courts métrages produits entre 2000 et 2006 a été un retour empreint de nostalgie à l’époque où leurs films étaient tournés en bon vieux format Hi-8 grâce à une caméra qui appartenait sûrement à leurs parents. Munis des moyens techniques du bord et d’un jeu de comédiens du niveau d’un cours d’art dramatique de secondaire 4, ils ont redoublé d’ardeur et de passion pour nous livrer leurs histoires d’écureuil meurtrier, de vampires et de tueur masqué. Ce bloc a été aussi l’occasion de découvrir quelques courts métrages d’animation que deux des membres du collectif ont réalisés durant leurs études. Le tout a culminé par la présentation de leur fameux Bagman : profession meurtrier, l’un de leurs classiques qui fait, encore de nos jours, écarquiller bien des yeux. Même dans leurs premiers efforts cinématographiques naïfs et rudimentaires, nous sommes témoins de la mise en place des nombreux éléments qui caractérisent maintenant l’ADN de RKSS, soit l’intertextualité, l’humour slapstick, un montage dynamique et beaucoup de gallons de faux sang. Pour hausser la nostalgie de ce bloc, l’équipe du festival a entrecoupé les films de quelques vidéos d’archives montrant alors les tous jeunes membres de RKSS recevant les prix qu’ils se sont mérités au début des années 2000.

La deuxième partie de la projection a mis l’emphase sur ce qu’ils ont produit entre 2007 et 2014. On y voit naturellement une plus grande maîtrise de la mise en scène, du montage, de l’interprétation et des effets spéciaux. Le bagage d’expérience accumulé par RKSS leur permet dorénavant d’aller plus loin dans tous les extrêmes, pour le plus grand plaisir du public. On note aussi qu’ils semblent momentanément délaisser les courts métrages narratifs pour explorer le format de la fausse bande-annonce. Il en a résulté des pastiches et des hommages, très fidèlement reconstitués, aux films d’exploitation et de ninjas des années 70 et 80. Leur retour au film narratif s’est fait en 2011 avec T is for Turbo, un film qui prépare pour eux le terrain en vue de la réalisation de Turbo Kid quelques années plus tard. La grande finale de cette soirée-hommage a été la présentation de Turbo Kid, véritable apothéose des dernières quinze années à produire des films. Ce premier long métrage a charmé un large public grâce à l’utilisation de tous les éléments délicieusement disjonctés qui définissent le style de RKSS.

Sommes toutes, ce regard vers le passé nous fait réaliser que l’avenir des membres de RKSS est brillant et que le meilleur reste encore à venir. Pour que cela se concrétise, leur public n’a qu’à continuer de les encourager à nous divertir à coup de têtes écrasées et de dizaines de  litres de faux sang, comme si nous étions encore au milieu des années 80.

SB

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


close
Facebook IconTwitter Iconfacebook like buttontwitter follow button
%d blogueurs aiment cette page :