Possession: la découverte Paul Tremblay

Paul Tremblay Possession critique

Possession a déjà fait un bon bout de chemin grâce au bouche-à-oreille. Peut-être sa couverture, arborant un inquiétant visage émergeant de l’ombre, une image puissante, accolé au titre possession qui en lui-même évoque mainte frayeur, y est pour quelque chose.  On a choisi d’y accoler une citation de Stephen King lui-même, affirmant que le roman lui a donné une réelle frousse, ce qui peut fortement inciter un lecteur à la recherche de sensation forte à acheter le livre. Au-delà de son apparence alléchante, Possession renferme un bijou d’histoire qui a raflé en 2016 le prestigieux Bram Stocker awards et constitue le seul roman traduit de l’auteur américain (eh oui, malgré son nom québécois, il est né au Colorado!) en langue française. Avec un tel titre, on peut s’attendre à une relecture de l’exorcisme, mais Possession est beaucoup plus qu’un roman racontant des manifestations démoniaques. Une chose est sure, entre les amateurs de paranormal et de thriller psychologique, personne ne sera déçu.

Possession Paul Tremblay critiqueLa famille Barret, déjà éprouvée par le chômage du père et le désespoir de la mère, se retrouve dans une situation insoutenable alors que l’aîné, Marjorie, 14 ans, développe un comportement aussi problématique que troublant, dont les manifestations se rapprochent dangereusement. Inquiète, les parents font voir leur fille par des professionnels en santé mentale, mais rien n’y fait, sont état s’aggrave de façon exponentielle.

D’abord discrètes, des histoires étranges racontées à sa jeune sœur Merry, des objets qui changent de place, un tempérament renfermé et agressif, les manifestations étranges évoluent jusqu’à se que toute la famille en souffre. Alors que la mère sombre dans une dépression et que Merry se sent de plus en plus délaissée et effrayée, le père se tourne vers la religion catholique et se convainc, avec l’aide d’un prête, que sa fille a besoin d’un exorcisme. Au bord de la ruine, les Barret acceptent de laisser entrer une équipe de tournage dans leur intimité afin de produire une émission de téléréalité autour de l’exorcisme de Marjorie et bien sûr, se sera le début d’une spirale infernale vers l’horreur la plus pure.

Possession se présente d’abord comme un roman de possession démoniaque traditionnel : le comportement de Marjorie s’apparente à ceux exposés dans les nombreux films et livres portant ce thème. En effet, on retrouve pratiquement tels quels quelques passages de l’exorcisme, comme les vomissures vertes, et d’autres, légèrement modifiés, par exemple la fameuse scène de masturbation à l’aide d’un crucifix où le sang de la blessure se transforme plutôt en sang menstruel. Tout ces phénomènes autour de Marjorie sont tout particulièrement effrayants, non seulement en eux-mêmes, mais par le talent incroyable qu’à Tremblay pour le dosage, la description et le rythme des actions. Mais l’auteur change rapidement la donne en introduisant le doute dans l’esprit du lecteur.

Paul Tremblay sait raconter une histoire et il tire les ficelles de sorte que le lecteur tend tour à tour vers l’une ou l’autre des options. Marjorie est-elle possédée par un démon ou souffre-t-elle de schizophrénie? Afin d’instiller ce doute qui créer un malaise certain, mais qui donne envie de dévorer encore plus vite Possession, Tremblay joue sur trois différents types de narration. À la base, nous avons Merry, qui raconte le déroulement des événements de son point de vue d’enfant, au présent, ce qui, bien sûr, permet à l’auteur d’utiliser l’innocence de la jeune fille pour rendre les manifestations du comportement de Marjorie encore plus inquiétants. Ensuite, le lecteur est catapulté dans la lecture du blogue de la mystérieuse Karen, fanatique d’horreur, et particulièrement du paranormal, à la plume éclatée et incisive. La blogueuse, à partir des épisodes de l’émission tournée chez les Barrett, vient discréditer toute la théorie de la possession en comparant les phénomènes à ceux de films célèbres tels que (bien sûr) l’exorcisme. Finalement, nous avons le point de vue nuancé de Merry, alors qu’elle se confie à une journaliste des années plus tard, apportant une nouvelle lumière sur les événements.

Paul Tremblay signe avec Possession, une œuvre qui s’inscrit de façon originale et indélébile dans le thème du paranormal. Tout en exploitant les aspects modernes et plus traditionnels de la possession démoniaque, Possession soulève des questionnements en jouant avec le lecteur, lui démontrant qu’il peut être manipulé, amené à croire ce que les autres veulent bien lui faire croire. L’auteur ne donne pas de réponse exacte à ce doute qui suivra le lecteur avide, mais ne le laisse pas avec des frustrations. La fin du récit, absolument brutale et réussie, de la trempe de celle de Brume de Stephen King, se rangera sans conteste parmi les plus traumatisantes que vous ailliez jamais lu.

Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.

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