Patricia Klimov : le charme des contrastes

Just Be. Acrylique et papier sur toile 30 x 40 po

Patricia Klimov charme par sa personnalité rayonnante et fascinante : colorée, éclatée, elle respire la spontanéité et la créativité. Son art, tout aussi fascinant, surprend par ses contrastes : il révèle une facette sombre d’elle-même, parfois enfouie, parfois près de la surface, prête à surgir. Entretien avec une artiste aussi vive qu’énigmatique.

Pour commencer mon entrevue, j’ai posé une question spontanée, bien que quelque peu inusitée à Patricia Klimov. Je lui ai demandé de se décrire en trois mots. Elle a répondu « travaillante, rebelle et insécure », trois mots qui la représentent certainement bien. « Travaillante, car je crois que pour arriver à quelque chose on doit y mettre les efforts et ne pas avoir peur du travail », affirme-t-elle. « Rebelle, pas pour le plaisir de démolir ou quoi que ce soit. Mais peut être dans une certaine façon de refuser des encadrements trop rigides, une société trop structurée qui brime la créativité et la spontanéité alors là oui je suis rebelle ! » Elle a hésité avant de choisir un troisième et dernier mot, mais s’est arrêtée sur « insécure » : «  Je doute tout le temps de moi et je vois ça aussi comme une qualité car cet état de chose fait que je cherche continuellement à me surpasser. Finalement c’est moi dans ma fragilité. »

Totem, huile sur bois, 24 x 24

Totem. Huile sur bois, 24 x 24

L’art, une vocation transmise par les livres

Interrogée au sujet de l’origine de sa passion et de sa vocation, Patricia Klimov affirme que l’art a toujours fait partie de sa vie. Son père, professeur, possédait une immense bibliothèque dotée de nombreux livres d’art dans lesquels elle plongeait avec le plus grand plaisir. « Enfant, ajoute-t-elle, je m’amusais chaque saison à dessiner des collections de mode au fil des saisons. Je voulais devenir designer de mode. » De fil en aiguille, elle découvrit l’art de la peinture qui l’amena à participer à quelques collectifs, puis elle obtint prix et mentions qui multiplièrent les invitations à participer à divers événements artistiques. « Finalement, affirme-t-elle, je suis entièrement autodidacte! Je suis aussi très présente sur les réseaux sociaux car à mon avis c’est un moyen de diffusion incroyable qui permet facilement à notre art de faire le tour du monde. »

Chicasorus-8. Acrylique sur bois, 20 x 24 po

Chicasorus-8. Acrylique sur bois, 20 x 24 po

Des œuvres texturées 

Au-delà de la riche palette de couleurs qu’elle utilise, Patricia fait appel à une variété de médiums pour créer. Son besoin d’explorer et de découvrir les effets des différents médiums et supports l’a amenée à expérimenter l’encre, devenu la technique qu’elle apprécie le plus. « Cependant, dit-elle, pour ce qui est de mes tableaux comme tel, je travaille la plupart du temps à l’huile ou à l’acrylique. J’ai aussi découvert des huiles solubles à l’eau dont je me sers car comme j’ai de petits animaux, ça évite l’emploi de taltine qui pourrait générer des vapeurs nocives. » Pour sa série de pièces « Just Be », ayant reçu un franc succès l’an dernier, elle a aussi intégré des collages de papier brut à ses peintures : « Une exposition du grand René Derouin et son emploi des tons de papier m’avait donné envie de tenter d’ajouter les tons terreux des papiers à mes œuvres et j’ai aimé l’effet », précise-t-elle. Sa sensibilisation pour la récupération des matériaux justifie également son attrait pour le bois en tant que support. Notamment, elle trouve agréable le côté lisse de ce matériau qui glisse sous la peinture et qui permet des glacis et fondus intéressants.

<i>Zombie</i>. Acrylique sur toile, 8 x 19 po

Zombie. Acrylique sur toile, 8 x 19 po

De sombres contrastes

Patricia Klimov signe des œuvres vivantes, intenses et colorées qui pourtant possèdent un aspect noir et une thématique plus sombre. Questionnée sur la maîtrise de son sens de l’équilibre des contrastes, elle répond : « Mes amis me voient vivante, pleine d’énergie, mais j’ai un côté très sombre, très dark en dedans. Ce côté sombre me fascine et m’attire… Je crois finalement que c’est mon équilibre. » Lorsqu’elle doit travailler sur une commande sur mesure dite joyeuse et colorée, elle finit par céder et ajoute sa touche sombre. « Quand je fais de l’art noir, ajoute Patricia, je suis souvent particulièrement joyeuse, je rigole, je m’amuse de mes effets, surtout s’ils sont bien dégueulasses! » Cette recherche de l’équilibre entre la couleur et le noir est justifiée par sa motivation à ajouter des éléments troublants ou du moins, à permettre à tous d’y faire leur propre scénario. Elle souhaite ainsi suggérer, mais ne rien imposer.

Patricia signe une série de pièces uniquement composée de crânes dessinés ou peints. Ils fascinent par leur personnalité propre. Interrogée à leur sujet, elle dit : « Est-ce encore mon côté rebelle qui m’a fait avoir cette fascination pour les crânes? Le plus grand plaisir qu’on puisse me faire est de me dire que mes crânes transcendent le côté morbide. En effet, pour moi, ils ne représentent pas la mort, mais un hommage à la vie! » Elle ajoute qu’elle adore le concept de Día de los Muertos, le jour des morts, fête mexicaine célébrant le passage vers l’au-delà avec joie et couleurs. « Ma série de pièces avec crânes sont, à mon avis, mes pièces les plus vivantes. (…) Ce côté « dark » dont j’ai tant besoin et me fait tant de bien   se ressent dans mon art et de ce fait même, devient très vivant », ajoute-t-elle en conclusion.

Just Be. Acrylique et papier sur toile 30 x 40 po

Just Be. Acrylique et papier sur toile
30 x 40 po

Créer en symbiose

Patricia et son conjoint artiste, Georges-Adrien, sont aussi connus pour leurs collaborations artistiques. Leurs styles artistiques différents forment une harmonie surprenante dans leurs œuvres communes. « Être un couple de créateurs est une source intarissable d’inspiration, mentionne-t-elle. En plus de permettre des modèles gratuits et facilement disponibles! » Elle ajoute que Georges-Adrien aime expérimenter en photographie et se servir d’elle comme modèle, souvent de façon spontanée lors de promenades. Elle ajoute : « C’est un plus dans nos réalisations car ses œuvres, les miennes et celles faites en duo ont vraiment leur essence particulière ».

 On pourra voir Patricia Klimov dans un projet solo d’envergure à la Galerie France Cantin en juin 2017. Entretemps, elle participera à une variété d’événements, notamment de peinture en direct comme « Les Beaux Dégâts » présenté par Fresh Paint Gallery. Elle prendra aussi part à d’autres expositions collectives dont Transhuman et Zombies, toutes deux présentées par la Galerie Abyss.  

Pour en savoir plus sur Patricia et ses activités, on peut la suivre sur sa page Facebook.

 

Émilie Leger

About Émilie Leger

Émilie Léger est une artiste diplômée de design graphique vivant près de Montréal. Même si l’art numérique et l’écriture sont ses principaux moyens d’expression, elle priorise l’effet, la texture et l’émotion plutôt que le médium lui-même.

2 Comments

  1. Article très intéressant sur une artiste que j’aime beaucoup. Merci.

    • Merci beaucoup pour ce commentaire Robert.
      Je remercie infiniment le magazine Clair-Obscur et ce magnifique texte de talentueuse Emilie Léger….je reçois continuellement des messages de félicitations et je suis très reconnaissante. Merci!

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