Nick Cutter vous invite à Little Heaven

En 1965, trois tueurs à gage se rendent dans une communauté religieuse isolée du Nouveau-Mexique pour retrouver le neveu de la femme qui les a engagés. Non seulement y découvriront-ils un leader fanatique et dangereux, mais aussi des monstruosités sans nom qui rôdent dans la forêt et s’emparent des enfants un à un. C’est de peine et de misère qu’ils en sortiront vivants avant de se disperser à travers le pays, tourmentés par le souvenir de leur passage à Little Heaven. Quinze ans plus tard, quand la fille de l’un d’eux est enlevée par le démon qu’ils croyaient avoir éliminé, le trio improbable se retrouve pour une confrontation ultime avec les forces du mal.

Little Heaven Nick Cutter cvrNick Cutter manifeste un enthousiasme certain pour l’horreur. Ses créations sont toutes plus grotesques les unes que les autres, comme tirées d’une fresque de Bosch où rien n’est trop abominable ni pervers…et ça marche! Son imagination audacieuse et débridée nous offre des moments d’horreur pure qu’on n’oublie pas de sitôt. Les enfants sont d’ailleurs sérieusement malmenés dans cette histoire de rédemption, dont le sadisme est l’un des thèmes privilégiés. Seul « méchant » non surnaturel, le pasteur Amos Flesher s’inspire sans secret de Jim Jones, le leader du Temple du Peuple. En plus d’emprunter au tueur de masse sa coiffure et ses lunettes, Nicolas Cutter copie-colle même des passages de la tristement célèbre death tape dans le discours du maître assoiffé de pouvoir de Little Heaven.

L’auteur insuffle autant de vie à ses protagonistes, tous attachants et bien distincts, dont la chimie transperce les dialogues. Il y a Minerva, animée du désir de venger son père et son frère assassinés; Ebenezer qui, Noir, efféminé et britannique, ne se fait pas que des admirateurs; et Micah, un gaillard stoïque auquel il manque un oeil. Avec fougue, les trois desperados sèment la terreur dans un Nouveau-Mexique hostile à faire jouir Quentin Tarantino. Ce serait génial de les retrouver dans une adaptation au grand écran ou dans un jeu vidéo.

Little Heaven n’est pas de qualité consistante. Il n’est pas évident de passer au travers des premières pages mais, croyez-moi, ça s’arrange autour de la page 60, où ça commence à valoir franchement la peine. Malgré une plume dynamique, Cutter enregistre certaines faiblesses, notamment l’inspiration quasi toute-puissante de Stephen King, à travers laquelle on peine parfois à retrouver la voix de l’auteur, et des répétitions, surtout pour nous dire que l’horreur témoignée par les personnages est si grandiose que leur cerveau n’arrive pas à la traiter. Néanmoins, ce quatrième roman de Craig Davidson sous le pseudonyme de Nick Cutter devrait charmer son lectorat sans problème. Une chose est certaine, Little Heaven donne avec brio le coup d’envoi de la littérature horrifique en 2017. Espérons que l’année y sera égale!


La copie consultée pour cet article en était une non prévue pour la vente, dont les corrections n’étaient pas finalisées. Il n’est donc pas impossible que les répétitions mentionnées plus haut soient retranchées de la version finale, à la publication prévue en anglais chez Simon & Schuster pour le 10 janvier 2017.

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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