Neonomicon d’Alan Moore: critique

neonomiconL’œuvre de H.P. Lovecraft occupe une place centrale dans l’histoire de la littérature d’horreur. Ses écrits ont influencé de nombreux auteurs, en plus de donner naissance à un imaginaire populaire au sein duquel trônent les Grands Anciens et le Nécronomicon. Avec Neonomicon, le réputé scénariste Alan Moore rend ici hommage au corpus lovecraftien en le transposant dans un contexte contemporain

            Deux agents du FBI enquêtant sur une série de meurtres rituels sont amenés à visiter un ancien collègue, incarcéré dans un hôpital psychiatrique, ayant lui aussi commis les mêmes meurtres plusieurs années auparavant. Bien que s’exprimant dans une langue inconnue, l’ex-agent permet tout de même aux enquêteurs de remonter jusqu’à sa dernière enquête, alors qu’il s’intéressait à un étrange trafic de drogue. Leurs propres recherches leur feront découvrir l’existence d’un cercle d’initiés aux rites particuliers, et les entraîneront malgré eux dans une spirale d’horreur dont ils ne ressortiront pas indemnes.

            Alan Moore nous propose ici une relecture originale de l’œuvre de Lovecraft, particulièrement de ce qui entoure le mythe de Chtulhu. Moore s’amuse à insérer de nombreuses références aux textes de Lovecraft à travers ses dialogues, ce qui ravira les fans du maître de Providence. Quant au scénario, il est solide et valse allègrement entre les non-dits et l’explication du mythe de Chtulhu et des Grands Anciens.

            Aux dessins, Jacen Burrows (qui a collaboré à l’excellent Crossed), donne vie à l’univers oppressant et dérangeant imaginé par Moore. Le dessin réaliste, dans le style comics, convient très bien à la trame narrative. Burrows parvient également à combler les vides narratifs laissés à dessein par Moore, ce qui permet au lecteur de ne rien perdre de l’histoire.

            Bref, Neonomicon propose une intrigue glauque à souhait, où la tension dramatique augmente au fil de la lecture, jusqu’à un apogée purement lovecraftien, où la réalité est mise à mal. On se serait peut-être attendu à plus d’horreur, voire de gore, mais d’un autre côté, Lovecraft est surtout reconnu pour ses ambiances et l’aspect cosmologique de son fantastique horrifique. On peut donc dire que l’hommage de Moore et Burrows est une réussite qui vaut le détour.

Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn.

nametag-PA

Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


close
Facebook IconTwitter Iconfacebook like buttontwitter follow button
%d blogueurs aiment cette page :