My Friend Dahmer : l’ado avant le tueur en série

Une réalisation de Marc Meyers, My Friend Dahmer examine le quotidien du cannibale de Milwaukee lors de l’année précédent son premier meurtre.

Fasciné par les ossements des cadavres d’animaux qu’il ramasse au bord de la route, le jeune Jeffrey passe le plus clair de son temps seul, enfermé dans son laboratoire où il regarde des animaux se décomposer ou caché dans les buissons à admirer un jogger musclé. Un jour, il fait le clown dans les couloirs de l’école en simulant une crise d’épilepsie et en se comportant comme une personne atteinte de paralysie cérébrale, ce qui lui vaut l’admiration d’un trio d’étudiants qui le trouve hilarant. Devenu le farceur de service de l’école, ce n’est pas assez pour le consoler. Coincé entre une famille dysfonctionnelle et un alcoolisme de plus en plus envahissant, Jeffrey craint de ne pouvoir résister plus longtemps à ses pulsions meurtrières.

My Friend Dahmer est basé sur la bande-dessinée autobiographique du même nom de Derf, qui mis en scène dans le film et a réellement côtoyé le tueur en série au secondaire. Notons le choix surprenant de la star de Disney Ross Lynch dans le premier rôle, dont le jeu détaché risque, on l’espère, de propulser la carrière. Notons d’ailleurs que le jeune homme ressemble à s’y méprendre à Dahmer adolescent.

Sans forcer la note, le film dépeint l’horreur de l’adolescence, et surtout l’apathie de l’école secondaire. Meyers, qui signe également le scénario, parvient à présenter Jeffrey comme un être humain avant tout, et ce sans donner l’impression de l’excuser ou de minimiser l’ampleur des gestes de l’un des tueurs en série les plus tristement célèbres des États-Unis. Par contre, My Friend Dahmer navigue parfois maladroitement les eaux de la comédie dramatique, et l’humour ne frappe pas toujours juste. Trop jeune, peut-être? Pas assez noir? On comprend en même temps la délicatesse de son sujet…

Il y a quelque chose de profondément sinistre dans la manière dont Derf et ses amis utilisent inconsciemment Jeffrey comme divertissement. Quelque chose de révélateur aussi. Quand ils l’observent avec un mélange de malaise et de fascination en train de se donner en spectacle dans un centre commercial, difficile de ne pas penser à notre propre passion pour le true crime, notre obsession teintée de répulsion envers les Dahmer, Bundy et Gacy de ce monde.

 

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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