Montréal Noir: un recueil plus noir qu’un cœur de tueur

J’ai toujours aimé lire des histoires qui se déroulent dans des lieux que je connais. J’adore les enquêtes de Duval et Harel (héros des romans policiers de Jacques Côté) qui se déroulent dans la ville de Québec fin 1970-début 1980. J’ai l’impression de vivre le mélange de la ville où j’ai habité pendant 10 ans et la ville où mon père a fait ses études universitaires et dont il m’avait tant parlé… Montréal noir, c’est autre chose, c’est la contemplation de ma nouvelle ville d’adoption (bon depuis 6 ans quand même), et aussi la satisfaction d’enfin avoir l’impression d’en connaître quelques parties, enfin assez pour bien m’imaginer les lieux et pouvoir profiter des histoires que l’on retrouve dans ce recueil.

Montréal noir françois barceloPour mettre les choses au clair, Montréal noir n’est pas un nouveau livre, c’est une réédition du livre de 2003 par Numéro de série, jeune éditeur qui, pour l’instant, se spécialise dans les rééditions. Sérieux, les couvertures sont malades, dans un style épuré, toutes conçues par Lino, allez voir sur leur site. Celle de Montréal noir est vraiment magnifique. Quand même, si vous avez déjà lu le recueil à l’époque, sachez que cette édition présente deux textes inédits: ceux de Patrick Senécal et d’André Marois.

Unité de lieu: Montréal, mais pas celui qu’on veut vendre aux touristes, plutôt un Montréal…plus sombre. Souvent la nuit, dans des ambiances de crise du verglas, de tempêtes de neige, de chaleur suffocante, les auteurs nous inquiètent, nous angoissent, nous troublent ou nous font rire. François Barcelo, Marie-Claire Blais, Chrystine Brouillet, André Marois, Gilles Pellerin, Patrick Senécal et André Truand participent à ce recueil. Je n’ai pas aimé toutes les nouvelles présentées par les auteurs, mais quelques-unes valent vraiment le détour.

François Barcelo nous gâte avec son humour noir en pleine tempête de neige. Quoi faire d’un cadavre qui pourrait nous rapporter des millions pourvu qu’on ne te soupçonne pas de l’avoir tué? Une balade de voiture horrible et désopilante en pleine tempête qui rappelle le superbe livre Cadavres du même auteur. (En passant, je suis la seule personne que je connais qui a aimé le film inspiré du livre…) Une fin digne des frères Coen, je me suis amusée comme une folle.

André Truand nous présente une jeune âme qui cherche son chemin vers la mort en se rappelant ce qui l’a menée à cette situation désolante. Une histoire tortueuse pleine de surprises qui rappellent le meurtrier en série Jeffrey Dahmer… Un peu de putréfaction pour mon plus grand plaisir!

André Marois développe trois personnages que le destin réunit maladroitement autour d’un grave dilemme impliquant… un cadavre. Un préposé à la morgue qui se charge des itinérants en février et aime cette nouvelle vie. Il fait la rencontre d’un taxidermiste collectionneur et les deux amis se lient avec un propriétaire de pompes funèbres pour que le taxidermiste puisse ajouter la pièce maîtresse à sa collection. Tout ne peut certainement pas se passer comme prévu…

Patrick Senécal et Chrystine Brouillet présentent des histoires intéressantes, mais qui n’ont pas attiré mon attention plus qu’il le faut. (J’ai dit ça de Senécal, quelle horreur…) Senécal présente une course-poursuite entre un gars qui fait le trafic à l’ancienne et un monsieur qui veut se venger… Chrystine Brouillet met en scène son enquêteuse populaire Maud Graham lors d’une visite à Montréal.

Finalement, ce sont Marie-Claire Blais et Gilles Pellerin qui ont le moins retenu mon attention. Blais présente une quête identitaire qui parait intéressante, mais dans un style d’écriture beaucoup trop lourd en comparaison avec les autres textes proposés (style qui va tout de même bien avec l’ambiance générale de canicule de la nouvelle). Pellerin, de son côté, présente un drame géologique (oui, de roches) d’un archéologue raté qui se venge sur un stagiaire de Pointe-à-Callière.

En plus de me faire découvrir une nouvelle maison d’édition, j’ai découvert un recueil de nouvelles assez intéressant, et je ne parlerai jamais trop de la nouvelle, genre trop souvent boudé dans les librairies et qui gagne à être connu. La liberté de la lecture d’un recueil de nouvelles est inestimable et je ne m’en lasserai jamais!

Valérie Tremblay

About Valérie Tremblay

Originaire d'Abitibi-Témiscamingue, Valérie Tremblay est enseignante de français et d'espagnol au secondaire depuis 6 ans. En plus de ses études en enseignement, elle a terminé un baccalauréat en études hispaniques à l'Université Laval à Québec. Elle a écrit des chroniques de livres jeunesses de tous genres de 2010 à 2014 pour le webzine culturel Info-Culture.biz en parallèle avec sa carrière.

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