Mary Khaos : un merveilleux désordre

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Mary Khaos étonne par son style graphique moderne haut en couleur et riche en émotions. Son art évoque une maîtrise aussi technique qu’esthétique et charme par ses influences tantôt fantasy, tantôt macabres. Photographe de formation, elle se perfectionne dans l’art graphique de façon autodidacte. Entretien avec une artiste à la vision superbement chaotique.

Mary Khaos utilise fréquemment le logiciel Adobe Photoshop pour réaliser ses créations et c’est pourquoi je lui ai demandé, pour amorcer l’entrevue, de s’identifier à l’un des outils de ce logiciel. Elle a répondu : « Je dirais probablement le Dodge (Densité -) et le Burn (Densité +). Dans ma quête quotidienne de positivisme, j’essaie de balancer les côtés négatifs en ajoutant un peu de lumière à ma façon de voir les choses.

Un cheminement inspiré et inspirant

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«Remedy»

La passion de Mary Khaos pour la création remonte à sa tendre enfance, durant laquelle sa mère lui faisait de petits dessins simples qui la fascinaient. Mary aimait la regarder faire en se disant qu’un jour, elle serait aussi capable de dessiner ainsi. Le déclic s’est cependant fait en visionnant les films de Disney, dont Alice au Pays des Merveilles et Le Roi Lion : « Je me souviens d’avoir reproduit Simba et Nala sur un énorme carton rigide, de l’avoir colorié et découpé et l’avoir remis à une amie. Je devais avoir 10 ans à l’époque. Le travail faisait au moins un mètre de haut. Première œuvre grand format, si on omet les dessins sur les murs de ma chambre, au grand dam de mes parents… »

Elle doit d’ailleurs sa fascination pour les styles fantasy et dark au film Labyrinthe.  « J’étais une enfant fascinée par la magie, les créatures mythiques, les aventures… Comme la plupart des enfants, j’imagine. Sauf que la plupart de ces derniers décident de laisser plus de place à la réalité qu’à l’imaginaire dans leur vie. J’ai cultivé cette fascination en lisant sur les diverses légendes urbaines et croyances folkloriques de différents pays. » Le style dark s’est ainsi imposé de lui-même par le biais de ces légendes parfois assez sanguinaires et par les films de série B, que Mary Khaos adore.

Souhaitant poursuivre sa vocation artistique, elle fit un cours en photographie dans le but de devenir retoucheuse, mais s’aperçut rapidement que le domaine ne lui apportait pas la créativité recherchée. « Toutefois, ça m’a permis d’améliorer grandement mes effets de lumière et la profondeur de mes œuvres au niveau dimensionnel. C’était une lacune dans mes premières œuvres que je juge beaucoup trop flattes aujourd’hui », dit-elle.

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«God is dead»

Ce sont des artistes comme Jonathan Wayshak, Agnes Cecile, et N.C. Winters qui l’ont convaincue de tout le potentiel créatif de l’illustration versus la photographie. « Ne vous méprenez pas, ajoute-t-elle, il existe beaucoup de photographes passés maîtres dans leur art qui sont capable de produire des merveilles. Par contre, je trouve que la photographie de style fantastique est généralement ringarde, probablement en raison d’un petit manque de technique. Néanmoins, je trouve difficile de rendre réalistes des disproportions de personnages ou d’inclure des éléments disparates dans une photo en gardant le tout homogène. »

L’artiste a également une grande fascination pour les vieilles photographies, qu’elle trouve très mystérieuses : « C’est facile d’imaginer 50 scénarios différents concernant le contexte dans lequel elles ont été prises ! Mes préférées sont les lugubres et grotesques, à la limite du freak show. » Ainsi, elle adore les expérimentations de Man Ray, particulièrement son portrait de Salvador Dali.

Un heureux imbroglio : techniques créatives et réalisations

Avant de commencer une œuvre, Mary Khaos figure une idée claire du résultat final de cette pièce. Elle en esquisse ensuite les grandes lignes et applique les couleurs de fond, puis applique les points de lumière et perfectionne les éléments plus précis et les détails. « Lorsque je suis satisfaite, mentionne-t-elle, c’est à ce moment que j’ajoute une texture à l’aide de pinceaux (brushes), sur Photoshop. Le décor se fait à la toute fin. Je me retrouve en général avec une trentaine de calques et des maux de tête à essayer de m’y retrouver ! »

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«Kym Krane»

Mary a entre autres signé l’illustration de couverture du magazine Brins d’Éternité #43, de Bizarro et de Quand S’éteindra la Chandelle de Frédérick Durand. Son objectif ultime est d’ailleurs de travailler avec des musiciens ou des auteurs. C’est tout un honneur, selon elle, de pouvoir créer une atmosphère visuelle pour leur œuvre. « Pour moi, précise-t-elle, le dicton « Ne jugez pas un livre à sa couverture » ne pourrait pas être plus faux, puisque mon but premier est de bien représenter l’ambiance générale et de viser juste ».

En tant que fervente amatrice de musique, ce fut un privilège pour elle d’illustrer la couverture d’album intitulé Deranged, du groupe québécois Solinaris. Ça lui permit véritablement de visiter une dimension de torture et de mal à l’intérieur de l’âme. Elle contribua aussi comme illustratrice à l’album d’Amor et Willie : « Ce fut un énorme défi, dit-elle, car le style vintage western n’est habituellement pas ma tasse de thé. J’ai toutefois pris grand plaisir à explorer ce style aux couleurs un peu plus bonbon. »

En plus d’avoir fait une variété de réalisations artistiques, Mary Khaos a pris part à des événements de la galerie Le Mur insolite. « J’étais parmi les artistes résidents et je renouvelais mes œuvres à presque chaque exposition pendant quatre ans. Cet endroit m’a apporté beaucoup, autant au point de vue professionnel que personnel. » Elle a pu côtoyer des artistes de talent qui sont aussi devenus de bons amis. Elle se dit choyée d’avoir exposé ses œuvres parmi d’autres artistes de talent comme Mark Prent, Xavier Landry et Rémy Couture.

Une tête pleine de projets… Et des cheveux chaotiques

sans-titre mary khaosParmi ses projets à venir, elle compte mettre sur pied un recueil collectif d’artistes dark du Québec. « Même si les réseaux sociaux permettent grandement de découvrir de nouveaux artistes chaque jour, ajoute-t-elle, rien n’égal un magnifique livre aux impressions de qualité qu’on peut feuilleter encore et encore. » Elle souhaite également faire de la réalisation vidéo. Ayant beaucoup de projets dans diverses sphères visuelles, elle se dit incapable de se satisfaire d’une seule catégorie !

Et pour la petite histoire, je l’ai questionnée sur l’origine de son pseudonyme. « C’est tout simple et un peu décevant pour ceux qui s’attendent à une anecdote rocambolesque, admet-elle, mais l’explication est la suivante : j’ai toujours eu des cheveux un peu bordéliques, très colorés, très «couettés» aussi… Et un matin, une amie m’a dit que c’était le chaos sur ma tête. » C’est là qu’est né le surnom de Mary Khaos, et nous l’aimons tout autant que son œuvre !

Émilie Leger

About Émilie Leger

Émilie Léger est une artiste diplômée de design graphique vivant près de Montréal. Même si l’art numérique et l’écriture sont ses principaux moyens d’expression, elle priorise l’effet, la texture et l’émotion plutôt que le médium lui-même.

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