Malefycia

Crédit photo: https://www.facebook.com/MALEFYCIA/photos/a.414236998766508.1073741828.412370685619806/418967384960136/?type=3&theater

Bien qu’il s’agisse d’un projet de dernière minute, le Festival d’horreur Melefycia a profité d’une bien belle couverture médiatique. Le Journal de Montréal, Canoë et Nightlife, pour ne nommer que ceux-ci, ont fait tour à tour mention de ce parcours horrifiant prenant place aux Bassins Peel le temps du weekend de l’Halloween. Sous la direction de Mathieu Surprenant, grand enthousiaste de films d’horreur, Malefycia n’ouvrait ses portes qu’aux seize ans et plus, avec la promesse d’une expérience extrême et traumatisante. Déçue de ma visite à Peur Dépôt et en manque de sensations fortes, j’ai tôt fait d’inscrire une visite à mon agenda.

Il y avait le samedi de l’Halloween diverses attractions pour occuper les visiteurs en attendant leur tour, par exemple le kiosque d’une tireuse de cartes ou une station de maquillage professionnel. Lors de notre visite, le 1er novembre, le site était bien tranquille. Il n’y avait, mise à part la maison hantée, que des tentes vides, où les commanditaires de l’évènement affichaient de manière agressive. Heureusement, par ce dimanche gris, où tout le monde était à la maison à digérer sa bière et ses bonbons, l’attente ne durait pas plus de dix minutes.

De l’extérieur, impossible de deviner ce qui nous attend dans la maison hantée. Celle-ci compte cinq pièces. L’an prochain, si tout se déroule comme prévu, il y en aura vingt, et les visiteurs devront avoir plus de dix-huit ans pour les explorer. Mathieu espère aussi aménager une aire familiale, pour que les petits aient droit à quelques frayeurs gentilles plus adaptées à leur âge. Parce qu’en ce moment, Malefycia n’a rien de gentil.

Sans vendre la mèche, je dois dire que le décor en jete. Oubliez les pierres tombales de styromousse et les toiles d’araignée du Jean Coutu: on ne fait pas dans le cheap. Depuis les tableaux sur les murs jusqu’au choix des meubles, en passant par l’éclairage et l’accessoirisation, chaque pièce donne réellement l’impression d’être habitée. L’atmosphère qui y règne est malsaine, sordide, angoissante.  Il faut dire qu’elles sont petites, aussi, et qu’on ne peut s’y cacher. Avec un souci du détail aussi maniaque, chaque recoin mérite qu’on s’y attarde. Malheureusement, difficile de les explorer en profondeur quand les acteurs monopolisent autant notre attention. Mis à part certains plus discrets, la plupart vous accapare, tournant autour de vous et se déplaçant dans votre champ de vision. Heureusement, si l’on exclut celui qui nous a accueilli et cherchait ses mots, leur jeu est efficace et très enthousiaste, soutenu par des costumes et maquillages de calibre professionnel. On se coirait réellement dans un film d’horreur!

Crédit photo: Paméla Lajeunesse. http://www.nightlife.ca/2015/10/29/la-maison-hantee-malefycia-offre-un-super-set-effrayant-au-bassin-peel

Crédit photo: Paméla Lajeunesse. http://www.nightlife.ca/2015/10/29/la-maison-hantee-malefycia-offre-un-super-set-effrayant-au-bassin-peel

Le problème, c’est que les acteurs vous touchent. On m’a arraché quelques cheveux, et une actrice a léché le visage de mon amie. La plupart des maisons hantées ou parcours immersifs établissent habituellement des règles très claires pour assurer une expérience sécuritaire, dont la première est formelle: vous ne touchez pas les acteurs, et ceux-ci ne vous touchent pas. Si le contact physique est autorisé, on le précise, parce que ce n’est pas tout le monde qui en a envie. Les maisons plus extrêmes vont jusqu’à vous faire signer une décharge et vous confier un safe word, soit un mot ou une phrase qui indique que vous n’avez plus de plaisir et souhaitez interrompre mettre fin à l’activité. Lors de notre visite, il n’y avait aucun avertissement, écrit ou verbal. On nous a dit qu’il ne fallait pas toucher les acteurs, mais pas que cette règle ne s’appliquait pas dans les deux sens.

Pour être franche, avoir su qu’on me toucherait, je n’y serais pas allée, et je ne suis certainement pas la seule. Certaines personnes n’aiment pas être touchées. Ça peut être une question de personnalité, ça peut être une question de traumatisme: pas besoin de se justifier. On demande avant. On obtient la permission. Je ne doute pas que cet oubli n’a rien de mesquin, et qu’il est sans l’ombre d’un doute l’objet de l’empressement et de l’enthousiasme d’organisateurs innocents. Reste que c’est se magasiner des problèmes. Non seulement les acteurs pourraient être accusés de voie de fait, puisque le contact n’est pas consensuel,  mais ils compromettent leur propre sécurité. Quand tu pognes les cheveux de quelqu’un ou que tu le pousses sans qu’il s’y attende, il y a de maudites bonnes chances qu’il te rentre dans le mur. J’avoue avoir bien failli répondre de manière agressive, tant j’ai été surprise.

Un autre oubli potentiellement dangereux? L’utilisation d’un stroboscope sans avertissement préalable pour les épileptiques photosensibles.

Malefycia 1

Crédit photo: https://www.facebook.com/MALEFYCIA/photos/pb.412370685619806.-2207520000.1446962741./418967381626803/?type=3&theater

Le verdict? Vous savez désormais que, chez Malefycia, vous serez touchés, bousculés et même, peut-être, léchés. Ça ne vous dérange pas? Attendez-vous alors à un décor renversant, des maquillages surprenants et des performances solides. Même si le scénario manque d’originalité, le concept a un énorme potentiel. Si Malefycia revient bel et bien l’an prochain, vous y trouverez un parcours immersif intense et terrifiante.

Nous avons payé nos propres billets. L’équipe de Malefycia n’a pas été prévenue de ma visite ni de mon intention d’en publier le commentaire.

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About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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