LWendigo de Stéphane Canuel: des loups pas comme les autres

Un coup d’œil à la couverture de LWendigo et on se dit : «encore un roman de loup-garou!» Mais l’auteur Stéphane Canuel, qui nous a donné le recueil de nouvelles d’horreur Démoniacum (éditions Merlin, 2005), ne tombe pas dans le panneau du cliché et exploite une idée nouvelle et originale. LWendigo contourne la lycanthropie, mais crocs acérés, prédateurs cruels et voracité insatiable tachent de sang la moindre page de ce récit fantastique d’épouvante.

LWendigo Stéphane CanuelAmoureux invétéré des loups, Fernand Morin a expérimenté durant des années et est allé jusqu’à commettre l’irréparable afin d’élever cette race au rang de prédateur suprême. Isolé au cœur d’une forêt de la vallée de Matapédia, aidé de Paul, son seul ami, Morin réussie effectivement à créer un loup plus fort, plus rapide et surtout, plus vicieux en nourrissant ses protégés de chair humaine. Et bien sûr, puisqu’il s’agit d’un roman d’horreur, cette meute de bêtes sanguinaires s’échappera et fera de son terrain de chasse la terre des Bouliannes où les Gonthier se sont justement installés pour camper. Les deux familles auront à lutter contre une double menace puisqu’un gang de motards sans pitié croisera également leur chemin. L’action de LWendigo se déroule donc sur plusieurs tableaux, ne donnant aucun répit au lecteur.

Une autre force du premier roman de Canuel, et probablement la plus dominante, est l’unicité de l’origine de ces super-loups, nommés LWendigo. L’auteur s’est inspiré de la légende du Wendigo, provenant de la mythologie algonquienne, maintenant bien ancrée dans le folklore d’Amérique du Nord. Ce Mythe, notamment exploité dans l’excellent Mort-Terrain de Biz, veut que les hommes s’étant adonnés au cannibalisme se transforment en créature monstrueuse et insatiable. Qu’arriverait-il alors si l’on croise cette légende avec des loups engraissés à la chair humaine? C’est cette idée que pousse à son paroxysme Stéphane Canuel, à grands coups de scènes horribles.

Malgré l’écriture très cinématographique et des influences évidentes de Senécal et Tarantino, LWendigo traîne une épine importante à la patte. Celle-ci se résume simplement : trop de personnages. On comprend l’auteur de vouloir jouer sur plusieurs paliers d’action, cependant le nombre important de personnages présentés sommairement crée une confusion désagréable et un problème encore plus grave : il est impossible de s’attacher à qui que ce soit. Ainsi les effets de terreur tombent à plat et même la scène la plus gore du roman laisse indifférent.

LWendigo aurait grandement bénéficié de plus d’espace et de développement de ses sous-intrigues et des protagonistes qui y sont liés afin d’atteindre sa pleine efficacité. Néanmoins, nous saluons l’imagination, le sens du rythme et le style sans détour dont fait preuve Canuel pour cette deuxième offrande au petit milieu de la littérature d’horreur québécoise.

Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.

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