L’Ombre au tableau: une histoire de fantômes

ombre-au-tableau-susan hillSusan Hill, bien qu’elle soit une auteure active depuis 1961, s’est fait connaître du très grand public en 2012, alors que son roman La Dame en noir (1983) était adapté au cinéma. Les histoires de fantômes sont intemporelles, parfaitement indémodables, et Hill a bien compris leur mécanisme. Avec La main de la nuit (2010), elle démontre qu’elle n’a pas perdu sa capacité de les raconter à la manière des vieux romans gothiques. Cette année, les éditions L’Archipel rééditent Le Tableau maléfique (2007) sous le titre L’Ombre au tableau, prouvant une fois de plus que les lecteurs ne répugnent pas, de temps en temps, à se faire peur de la façon la plus traditionnelle qui soit.

En visite chez Théo Parmitter, un de ses vieux professeurs à l’Université de Cambridge, Oliver découvre pour la première fois un étrange tableau dans le bureau de celui-ci. Bien installé au coin du feu, Parmitter se déleste du lourd poids de ses souvenirs en racontant à son ancien élève l’histoire horrifiante se rattachant à cette mystérieuse toile. Oliver sera par la suite victime de nombreux phénomènes inexplicables, développant au fil des pages une peur grandissante pour la terrible malédiction reliée à ce tableau capable de capturer la vie.

Susan Hill ramène au goût du jour le roman gothique, genre littéraire d’origine anglaise qui a donné naissance au roman fantastique au cours du 19e siècle. L’auteur utilise les codes du genre à la perfection, comme en témoigne la toute première phrase du court roman : «Cette histoire m’a été rapportée par mon ancien tuteur de Cambridge, Théo Parmitter, par une soirée glaciale de janvier que nous avons passée au coin du feu dans son logement universitaire.» Le ton est donc rapidement donné et on ne se surprend pas à identifier une à une les principales caractéristiques du roman gothique : la mise en abîme (double dans ce cas-ci, car l’histoire de Théo renferme également le récit de la Contesse Hawdon), le passé qui revient hanté le présent (la malédiction du tableau), des décors sombres et inquiétants ( la vieille université la nuit, cabinet de curiosité, ancien manoir, ruelles étroites, etc.), la recherche de l’exotisme ( la toile met en scène un carnaval à Venise et une partie de l’histoire s’y déroule) et de nombreuses autres.

Cette utilisation du genre gothique sans renouvellement donne par contre l’impression de lire une histoire mille fois lue. Les situations sont si stéréotypées, les procédés littéraires tellement familiers, que le lecteur le moindrement habitué verra tout de suite les ficelles. Le dénouement et les différentes étapes narratives de L’Ombre au tableau n’apportent donc nulle surprise, mais constituent une sorte d’hommage aux ghost stories anglaises.

Mis à part cette impression de déjà vue (certains éléments du roman rappellent Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde ou encore le roman Sacrées sorcières de Roald Dahl, dont son adaptation cinématographique, Les Sorcières, est plus connue), le climat d’angoisse et de tension créé par l’auteur est efficace et son talent de conteuse ne lui fait pas défaut. L’Ombre au tableau reste finalement divertissant et satisfaisant pour ceux qui ressentent un brin de nostalgie ou l’envie de relaxer dans ses «pantoufles littéraire».

Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.

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