L’horrible univers de Song of Saya

41j44HAxD5LSaya No Uta (Song of Saya)

Visual Novel – 26 décembre 2003 (traduction amateur sortie en 2009) (traduction officielle le 7 mai 2010)

Fuminori Sakisaka, un jeune étudiant en médecine, voit son monde éclater en morceaux lorsqu’un accident de voiture coûte la vie à ses parents, le plongeant lui-même dans un état grave. Une opération de chirurgie cérébrale encore en phase expérimentale représente son seul salut. Une opération risquée qui aura pour conséquence l’altération de ses sens…

Le jeu propulse rapidement le lecteur/joueur dans une ambiance horrifique grâce à un décor des plus gore qui se décline dans une belle palette de rouge et de jaunâtre. Ce ne sont pas seulement les âmes sensibles qui trembleront  devant les murs, les meubles et même les humains transformés en un amas de chair dégoulinant! Et il ne faut pas s’attendre au repos des autres sens car même les voix sont transformées pour créer une atmosphère troublante, agrémentées d’une musique oppressante, sans parler de la qualité d’écriture qui réussit presque à nous amener l’odeur au nez. Papa Lovecraft serait fier!

La musique et le son, parlons-en. La « musique » du jeu –lorsque le lecteur a droit au point de vue du personnage principal- s’en tient à une cacophonie de notes discordantes et de sons aléatoires. La trame est également constituée des voix des amis de Sakisaka, réduites à des grincements nébuleux, ainsi que d’un mélange entre la VO japonaise et le son de bulles de chairs et de sang, qui éclatent et dégoulent avec énergie. Les voix sont plus ou moins compréhensibles et franchement douloureuses à écouter.

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Tout n’est pas noir (ou plutôt bleu-jaune-rouge dégoutant) dans la vie de Fuminori puisqu’à la maison l’attend toujours patiemment Saya, une jeune demoiselle tout droit descendue du ciel, une sorte de planche de salut qui fait bien évidemment douter le lecteur qui a eu droit, dès le début, à une mise en contexte assez poignante. Ensemble, ils performeront des actions souvent ouvertement atroces, mais qui amèneront néanmoins la sympathie du lecteur. C’est ce qui fait la beauté de ce visual novel. Le lecteur en viendra à se ranger du côté des amoureux, à un espèce de niveau émotionnel hors norme.

Finalement, pour équilibrer le grotesque de la perception distordue de Fuminori, le jeu présente le monde (et le son) de façon tout à fait normale lorsque le lecteur suit l’histoire du point de vue d’une tierce personne (les amis de Fuminori, par exemple). Ce moment de clarté rend le retour au point de vue du personnage central plus horrible encore, tel l’effet de se faire percuter par un autobus scolaire (rempli à craquer d’enfant, pour préciser)!

Soyons honnête, The Song of Saya est un jeu bourré au coton de meurtres, kidnappings, cannibalisme, viols, possibles pédophilies (?) , esclavage sexuel, mutilations corporelles extrêmes et un réel record mondial de vision d’horreur eldritch à faire tourner l’estomac. Il ne s’agit pas d’une jolie petite histoire « happy-happy-joy-joy » et n’est en AUCUN cas un jeu pour tout le monde.

Song of Saya

Les scènes de sexes (qu’on peut censurer) sont des plus troublantes. Bien que ce genre de passage soit le parcours habituel de tout visual novel japonais (et ce jeu en possède des quantités), les références à l’histoire de ce que Saya est réellement rendent ces scènes tout sauf érotiques, malgré le fait qu’elles semblent normales si elles sont visualisées hors contexte.

Comme tout visual novel, des choix sont présentés au lecteur/joueur pour influencer l’histoire, mais celui-ci n’en offre que deux, qui viendront modifier une grande partie de la narration, dont  la fin. Contrairement aux visual novels habituels, les deux choix sont faits d’abord du point de vue du héros puis de celui du rival, projetant le lecteur en position « d’écrivain » plutôt que d’être du personnage central. À ce sujet, ce type d’aventure fait l’objet d’un éternel débat : certains affirment qu’un jeu n’a besoin que d’une seule interaction possible pour être un jeu, alors que d’autres soutiennent fermement qu’un visual novel n’est tout bonnement pas un jeu. Je préfère laisser ce débat à ceux qui le veulent bien.

Certains demanderont si j’ai eu plaisir à y jouer, et je ne ferai pas ma sainte-nitouche sur ce sujet (je laisse ce soin aux bonnes sœurs du couvent). J’ai adoré Saya No Uta, et j’en ai redemandé par la suite. Suis-je un dépravé sans vergogne? Probablement! Mais laissez-moi plaider ma défense, votre honneur! Le jeu est une descente dans un univers ignoble, morbide et franchement dégueulasse, mais le tout ne se présente pas ainsi de façon forcée. Le jeu ne tente pas d’être horrible pour le plaisir d’être horrible (vous savez, ce genre de torture porn à la Hollywood?). Non, la descente aux enfers graduelle de Fuminori et sa relation avec Saya commandent une telle esthétique. Ce jeu réussi à nous faire compatir avec les bad guys et peu importe ce qu’ils font, ils réussissent, d’une certaine façon, à rester dans l’estime du joueur.

Téléchargement français

Il faut une certaine connaissance de base en ordinateur, puisque le jeu n’est jamais sorti officiellement dans cette langue. Vous pouvez toujours acheter la version anglophone sortie en mai 2013. Personnellement j’ai téléchargé la version anglophone fan-translated en 2010 que vous trouverez ici

Un article de Simon Morin

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