l’horreur se déchaîne sur Le Ferry

Un long corridor bordé de portes closes, des traces de sang partout, comme si un massacre avait eu lieu…impossible de ne pas être attiré par la couverture du roman d’horreur Le Ferry, de Mats Strandberg. Le journaliste et écrivain qui a remporté le succès en 2013 avec Le Cercle des jeunes élues, écrit en collaboration avec Sara Bergmark Elfgren, lance aussitôt un récit d’épouvante qu’il est qualifié de «Stephen King Québécois». Mais que ce passe-t-il sur ce fameux ferry? Quel est ce mal qui rôde annoncé en quatrième de couverture?

le ferry mats strandbergLe Ferry est définitivement un roman à personnages. Toute la force et la profondeur de ce huis clôt terrifiant réside dans le soin donné au développement des protagonistes. Qu’ils soient un enfant déçu de son père, un chanteur hasbeen et amer, un couple d’amoureux homosexuels en pleine crise, ou une retraitée souffrant de solitude, chacun d’eux prennent vie par leur douleur, leurs doutes et leur poursuite d’une vie meilleure. L’histoire de cette nuit éprouvante est racontée à travers le point de vue de chacun d’eux, passagers et employés, ainsi le lecteur ne manque aucun fait et geste et à tout simplement l’impression d’être à bord du Baltic Charisma.

Comprenant bars, casino, spa et restaurants répartis sur 6 étages, le Ferry reliant la Suède et la Finlande se transforme en véritable ville flottante lorsqu’il accueille ses 1200 passagers. Une fois à flot sur la mer de la baltique pour un voyage de 24 heures, la majorité des passagers ne pensent qu’à boire à outrance, dépenser leur argent dans les boutiques hors taxes, manger au-delà de la satisfaction et trouver un partenaire sexuel temporaire. C’est donc dans une ambiance de luxe et de décadence que le mal étend rapidement ses tentacules à bord, répandant la panique et la terreur dans son sillage.

Le mystère ne plane pas longtemps sur la nature de ce mal qui contamine les passagers, les transformant en créatures voraces et assoiffées de sang. Dès que la narration s’attarde à l’arrivé de deux passagers hors du commun, une mère et son fils, nous nous doutons fort de quelle célèbre figure du folklore horrifiant il sera question. Mais puisque l’origine du mal qui décime aveuglément tout le monde à bord est aussi secondaire que les zombies dans Walking Dead, nous pardonnons ce cruel manque d’originalité. La contamination n’est qu’une excuse pour espionner avec notre œil de lecteur comment ces chers personnages, connus durant la première partie du récit, réagiront, se battront, survivront ou mourront. Comment des gens ordinaires deviennent des héros ou des lâches, tel est le thème au cœur de ce roman d’épouvante.

Le Ferry, en un respect total des codes de la littérature d’horreur, ne figure pas parmi les romans qui renouvèlent le genre, mais parmi ceux qui le renforcent. Ce type d’histoire démontre que nous sommes toujours avides de grandes émotions créées dans le drame. Mats Strandberg, par son choix de décrire longuement ses personnages et par sa narration divisée en courts chapitres axer sur chacun d’entre eux, instille efficacement adrénaline et effroi dans nos veines.

Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.

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