Les Épouvantés de Saint-André en 3 actes

saint-andré-de-l'épouvante photo: Marianne Desrosiers

Saint-André-de-l’Épouvante vous invite à passer une soirée au bar-salon Le Cristal aux côtés de personnages qui vont partager, tout à tour, leurs histoires terrifiantes et mystérieuses. Ce n’est pas seulement l’orage violent qui sévit depuis deux jours qui va réunir ces cinq saguenéens, mais la présence étrange de Raynald, un déséquilibré, toujours accompagné de ses parents, débarqué seul au bar. Plus les histoires défilent, plus une menace tout à fait réelle se dessine autour de la petite assemblée.

Saint-Andre-de-lEpouvanteActe 1 : Lire la pièce

Je ne suis pas une grande lectrice de pièce de théâtre. Bien sûr, j’en ai lu quelques-unes, mais je n’en raffole pas. Or, il y a toujours une exception qui vient confirmer la règle, non?! J’ai tout simplement adoré la lecture de Saint-André-de-l’Épouvante. Il faut dire que le cœur même du récit, la narration d’histoires terribles, s’apprête parfaitement au texte de théâtre. C’est probablement l’une des raisons pour laquelle la lecture s’est opérée plus naturellement que lors de mes expériences passées. L’envoûtement provoqué par les histoires de peur a certainement participé à mon plaisir. Il m’est impossible de nier cette attirance  pour ce genre de récits, mélange de réalisme et de fantastique, que constituent les révélations de chacun des personnages. Or, ce n’est pas seulement les histoires racontées qui ont captivées mon attention, mais bien celle qui concerne le passé de Raynald. Le crime qu’il a commis, il y a dix ans, ainsi que l’étrangeté de sa présence crée une aura de mystère et de malaise. C’est en attendant de comprendre pourquoi il s’est retrouvé seul au bar que les protagonistes se racontent des histoires. Ces histoires qui donnent accès à un folklore des régions québécoises tout à fait fascinant, un folklore contemporain alliant l’ancien et le moderne.

Attiré par les histoires et les événements historiques venant de sa région natale, le Saguenay-Lac-St-Jean, Samuel Achibald s’inspire de ceux-ci pour la création de sa pièce. Il réussit ainsi à jeter une nouvelle lumière sur la notion de communauté régionale, sur son langage et sa manière de conserver sa Mémoire. Il soulève, par la même occasion, les questions au cœur de la création des mythes et de la naissance des légendes. Et comme l’humain reste toujours au centre du récit, il aborde également dans sa pièce les thèmes de la peur de l’autre, du regret, de l’étranger et de la folie.

piece-saint-andré-épouvanteActe 2 : Assister à la pièce

Coproduite par les théâtres À tour de rôle, La Rubrique et PÀP, Saint-André-de-l’Épouvante a été créée le 21 juillet 2015 à Carleton-sur Mer, dans une mise en scène de Patrice Dubois, avec Miro Lacasse  (le gars de la ville), André Lacoste (Martial), Dominique Quesnel (Loulou), Dany Michaud (Mario) et Bruno Paradis (Raynald).

J’attendais avec grande impatience d’assister à la pièce dont la lecture m’avait autant plu. Surtout qu’en général, je préfère de loin voir une pièce que d’en faire la lecture. Dès le départ, l’ambiance a été parfaitement bien installée. À la levée du rideau, la scène plongée dans le noir où seul le faisceau d’une lampe de poche illuminait la silhouette des acteurs personnifiant Loulou et Raynald rendait déjà la pièce particulière.  Saint-André-de-l’Épouvante s’est tout de suite distingué du théâtre qui se fait tout en lumière. L’atmosphère sombre de la pièce, cette ambiance de révélations terribles autour d’un feu, se retrouvant ainsi parfaitement rendue. La justesse du jeu des acteurs a également participe à la qualité de la pièce. Dany Michaud (Mario) et André Lacoste (Martial) ont été particulièrement efficaces. On y croit. C’est pourquoi c’est un peu dommage que la performance de Dominique Quesnel n’ait pas été à la hauteur de celle des autres. Surtout qu’elle tient un rôle-clé. On ne croit pas tout à fait à son personnage. Ce n’était pas Loulou sur la scène. C’était Dominique Quesnel qui semblait mal à l’aise dans le rôle de Loulou.

Et dans cette pièce qui avait si bien commencée, il s’est insinué quelques éléments qui ont entachés mon plaisir comme les quelques silences inconfortables et les transitions sans fluidité entre les différentes scènes. Ces quelques détails n’aurait pas eu grande importance si ce n’était de ces deux éléments qui ont, selon moi, gâchés la pièce.

Attention les prochaines lignes vous révèlent des éléments importants du récit.

D’abord, dans l’une des dernières scènes, il y a un personnage qui est mis à mort. Mais c’est lourdement rendu, on n’y croit pas et toute la tension dramatique qui avait si bien montée est dissolue en un instant. Si je n’avais pas lu la pièce, je n’aurais pas tout à fait saisi les nuances des raisons qui poussent les personnages à tuer l’un des leurs.

De plus, la fin de la pièce n’est pas du tout à la hauteur du texte. L’omission d’un passage essentiel contenu dans la dernière scène (un coup de téléphone que reçoit Loulou) précipite le dénouement en soustrayant un élément important à sa compréhension. Ce simple abandon enlève de la consistance à la fin et malheureusement, de la richesse au récit.

Bien tristement, j’ai réalisé que le plaisir que j’ai eu à lire la pièce ne s’est pas tout à fait renouvelé en salle. Par contre, je vous invite à lire la pièce et à vous intéresser au travail de Samuel Archibald. Ce que livre son œuvre, ce que l’auteur révèle sur les régions, la mémoire, la communauté, l’importance de la parole dans la transmission des légendes est extrêmement riche. Il est une voix unique dans le panorama de la littérature québécoise et c’est pour cela que Clair/Obscur a voulu vous la faire entendre lors d`une entrevue qu’il a eu la gentillesse de nous accorder.

Samuel Archibald

photo: Annik MH de Carufel

Acte 3 : Discuter de la pièce avec l’auteur            

C/O : D’où vient cet intérêt pour le surnaturel et les histoires d’épouvante?
S.A.
 : Je suis né dans les années 80, époque bénie où l’Amérique avait peur des Satanistes, où 2 films sur 3 était un film d’horreur et où la maison des gens ordinaires était pleine de livres sur les extraterrestres, la combustion spontanée et le sasquatch. Je suis tombé dedans quand j’étais petit, pourrait-on dire, et toujours pour moi, les figures du surnaturel sont demeurées une façon de nommer ce qui n’a pas vraiment de nom, les atavismes résiduels et l’étrangeté du quotidien que Freud appelait « inquiétante familiarité ».

C/O : Avez-vous eu votre mot à dire dans la mise en scène de la pièce?
S.A. :
La pièce a été écrite au fil d’un travail de lecture sur table avec les comédiens et le metteur en scène après chacune des rencontres, nous échangions Patrice et moi. J’ai ensuite assisté aux répétitions et aux mises en place, en échangeant avec toute l’équipe.

C/O : Vous vous êtes illustré dans différents genres littéraires : la nouvelle (Arvida, Quinze pour cent), l’essai (Le sel de la terre), la littérature jeunesse (Tommy l’enfant-loup).
Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’écriture théâtrale?
S.A. :
La possibilité de voir son texte interprété sur scène et celle de voir le public réagir en temps réel à celui-ci. C’est un thrill assez hallucinant pour un auteur que de s’assoir au milieu du public pour regarder ses personnages et son histoire prendre vie.

C/O : Vos histoires prennent régulièrement naissance dans le terreau de la région de votre enfance. Est-ce important pour vous de mettre en scène le décor, les gens et le folklore du Saguenay-Lac-St-Jean?
S.A. :
J’imagine que c’est important, mais si je suis tout à fait honnête, je dois dire que ce n’est pas l’objet d’un choix conscient, ou militant. Je ne me lève pas le matin en me disant : « Il faudrait représenter les gens du Saguenay—Lac-St-Jean ». Il se trouve que, la plupart du temps, quand j’ai envie d’écrire, ça concerne les gens de là-bas et que j’ai passé ma vie, depuis l’enfance, à enregistrer des histoires. Ce n’est vraiment pas par charité que je le fais, sans les gens du Lac, je ne serais probablement pas écrivain. Ce n’est pas non plus par obligation, de plus en plus, j’écris des affaires qui n’ont rien à voir avec la région et, comme on dit, ça ne me fait pas un pli sur la différence.

C/O : Les légendes ont toujours une part de réel. Qu’elle est cette part dans Saint-André-de-l’Épouvante?
S.A. :
Dans Saint-André, les gens d’un certain âge peuvent reconnaître bien sûr la fameuse histoire de l’incendie de Chapais. Les autres découvriront aussi une base historique à la légende de l’Oiseau blanc. Les autres histoires sont inventées, c’est-à-dire, dans mon cas, le plus souvent, empruntées à des gens que je connais ou dérivés de la tradition ou parfois les deux en même temps. L’histoire de Martial, par exemple, me vient d’un ami chasseur qui m’avait raconté qu’un ami mort venait le visiter à son camp sans jamais laisser de traces dans la neige. En faisant des recherches, je me suis rendu compte que c’était un motif assez fréquent dans les histoires de fantômes en pays nordique. J’essaye de raconter des histoires qui pourraient être celles des gens qui me lisent ou qui assistent à la pièce. Et il n’y a pas beaucoup de plus grand plaisir pour moi que lorsque quelqu’un m’écrit pour me raconter une histoire après avoir lu un de mes livres.

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About Mélissa Boudreault

Passionnée de littérature fantastique et d’épouvante, amatrice de cinéma et de séries télé de genre, Mélissa est maintenant l’éditrice en chef de La Marche des Zombies de Montréal. Elle a participé aux colloques Autopsie du zombie en 2012 et Télé en série en 2014. Détentrice d’une maîtrise en Études Littéraires, elle a collaboré à l’essai Angles morts. Différents regards sur le zombie paru chez les Éditions XYZ.

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