Les cendres de Sedna d’Ariane Gélinas

Selon une légende inuite, un père donna sa fille à marier à un homme-oiseau qui l’amena avec lui sur une île. Maltraitée, elle pleura et cria tant que son père l’entendit malgré la mer les séparant et vola à sa rescousse. Comme il ramenait sa fille en kayak, le mari de celle-ci ordonna à la mer de se déchaîner. Prenant peur, le père jeta sa fille par dessus bord. Quand elle se cramponna à l’embarcation, il lui coupa les doigts. Tandis qu’elle s’enfonçait dans les eaux, ses doigts tranchés se transformèrent en mammifères marins. Depuis, elle règne sur la mer, et peut créer de redoutables tempêtes ou nuire aux pèches lorsqu’elle est en colère. Cette fille, elle s’appelait Sedna.

cendressednaC’est à cette légende que s’attache Ariane Gélinas avec Les cendres de Sedna, son premier roman chez Alire. L’auteure n’en est pas à ses premières armes et habite le paysage littéraire québécois depuis déjà plusieurs années. Directrice littéraire de la revue Le Sabord et codirectrice et coéditrice de Brins d’éternité, elle a publié des ouvrages chez XYZ et Les six brumes, en plus de nombreuses nouvelles. Les cendres de Sedna est sa dernière offrande.

En 1873, la découverte du squelette d’un homme-oiseau chamboulera à tout jamais les Boudreault. Hypoline, la cousine adorée de Wilmard, disparait peu après, forcée contre son gré de couver l’oeuf de la déesse Sedna. Les conséquences de sa disparition (et sa réapparition) se poursuivront jusqu’au 21e siècle.

Malgré quelques scènes horrifiques, Les cendres de Sedna emprunte bien plus à la fantasy ou même la science-fiction qu’à l’horreur, ce qui peut expliquer en partie pourquoi ce roman n’a pas su retenir mon attention. Le livre flirte avec différentes catégories, sans savoir avec certitude dans laquelle se ranger. L’intrigue en trois temps, les changements de personnage et plusieurs distractions font de l’ensemble une oeuvre parfois confuse, qui s’essouffle trop vite.

Heureusement, on y retrouve la plume de Gélinas. Fluide, coulante, organique, elle partage avec nous son amour pour les légendes, les lieux reculés et la nature. On ne se surprend pas d’y trouver un rythme aquatique, qui sait honorer la toute-puissante Sedna. Que Les cendres de Sedna trouve son lectorat ou non, le talent de cette jeune auteure est indéniable.

Alire se distingue rarement par la qualité de ses couvertures, qu’on dirait souvent exécutées par un étudiant de multimédia en 2002. Quel plaisir alors de voir cette illustration d’Émilie Léger, où l’on semble assister au moment où Sedna se transforme en déesse marine, ses longs cheveux déployés autour d’elle. Espérons que cette première collaboration ne sera pas la dernière.

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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