Le jour où j’ai été terrifié d’un jeu de société (2e partie)

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Dans ce second segment, je vais faire un rapide survol du thème de l’horreur dans le monde des jeux de société, élaborer sur les concepts généraux que ce genre de jeux nous apporte, mais, surtout, comment un jeu de société peut avoir le même genre de suspense, de mystères et de moments horrifiants comme nous les retrouvons dans les autres médiums?

Depuis de nombreuses années, éditeurs et auteurs tentent de se renouveler et de trouver de nouvelles idées pour attirer la clientèle. C’est un fait, toute compagnie aspirant au succès veut plaire à leur public. Donc, au cours des dernières années, le thème de l’horreur ayant pris beaucoup d’ampleur dans la culture populaire, il était naturel que la même chose arrive dans l’univers des jeux de société. De plus, les récents succès des jeux Zombicide et Dead of Winter montrent que le public aime ce genre de jeu… et les zombies!

Par contre, comment aller chercher le fan fini de l’horreur? Le genre de l’horreur a tendance à attirer les gens en recherche d’émotions fortes, de suspense et d’inattendu. Dans l’univers du jeu de table, il est difficile de s’imaginer quelqu’un pousser un cri de terreur après avoir lancé un dé. Soyons franc, un jeu de société ne peut pas, du moins pour le moment, animer le même niveau de frayeur qu’un film ou un jeu vidéo. Par contre, avec une bonne conceptualisation, les bons auteurs de jeux peuvent imiter le suspense et la narration d’une œuvre littéraire.

jeux société horreurPour ce faire, les auteurs ont développé plusieurs outils pour aider le joueur à s’immerger dans l’univers dans lequel ils plongent lorsqu’ils débutent une partie. Par exemple, le jeu Dead of Winter amorce la partie avec une mission accompagnée d’une brève narration pour mettre les joueurs dans l’ambiance. De plus, ce jeu possède un concept innovateur : à chaque tour, les joueurs pigent une carte sur laquelle il y a un événement déclencheur accompagné d’une courte histoire racontant l’effet. Cela permet de créer de l’insécurité et de semer le doute quant à l’action que nous allons poser avec notre personnage tout en créant une immersion et un attachement avec les personnages que nous incarnons.

D’autres jeux vont plutôt miser sur l’aspect graphique explicite. Par exemple, Cave Evil et Legendary : Encounter utilisent une imagerie violente ou perturbante pour déranger le joueur. Cela aide très certainement pour l’immersion dans le thème du jeu et crée une tension visuelle.

Plusieurs approches possibles

Il y a également l’approche que le jeu va utiliser pour impliquer le joueur dans la partie. Pour se faire, les auteurs utilisent en général trois grands styles propres à l’horreur, soit le point de vue de la survie, celui de la relation chasseur/chassé et celui de l’enquêteur. D’autres approches existent, mais ce sont les trois plus fréquentes.

La survie : Dans ce genre de jeu, les joueurs doivent tout simplement tenter de survivre le plus longtemps possible tout en accomplissant une série d’objectifs. Dead of Winter, Zombicide et Level 7 : Escape en sont de bons exemples.

Le chasseur : Ces jeux sont souvent des confrontations entre plusieurs factions et demandent aux joueurs de pourchasser un ou plusieurs adversaires. Une fois qu’un des antagonistes a éliminé les autres, c’est la victoire. Fury of Dracula et Claustrophobia sont des exemples de ce style.

L’enquêteur : Ce style demande beaucoup d’implication des joueurs et est souvent très narratif. C’est ce genre de jeu qui, d’après moi, a le potentiel d’être le plus près d’un style pur de littérature d’horreur. Ce genre exploite beaucoup le thème et l’ambiance en nous faisant lire sur une base régulière un ou des textes racontant à la fois l’histoire derrière le jeu et les objectifs à atteindre pour en sortir victorieux. Arkham/Eldritch Horror et Betrayal on the House on the Hill sont les deux fers de lance de ce style.

Deux innovations en 2015

Des innovations en 2015 ont également fait leur apparition dans l’univers du jeu de table. Premièrement, il y a le jeu T.I.M.E. Storie, style que j’appellerais cinématographique. Cela permet, à mon avis, une immersion sans précédent, permettant aux joueurs de s’immerger dans une histoire comme dans un roman ou un film où les joueurs tentent d’accomplir une mission qui est à la fois captivante et immersive. Le seul hic de ce genre est qu’une fois complété, le jeu ne peut plus être rejoué par les mêmes personnes, car comme dans un film, une fois qu’on sait qui est le tueur, on sait qui est le tueur!

 La seconde innovation qui pourrait permettre à l’horreur de passer à une autre étape vient du jeu X-Com. Ce jeu fusionne les jeux de plateau classique avec une application pour appareil mobile qui créer un rythme au jeu et une ambiance avec de la musique et du son.

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Une fois ces outils en main, l’auteur a le potentiel de créer un jeu avec un univers immersif qui plaît autant aux amateurs d’horreur que de jeux en général. Par contre, il semblerait que le sujet ne soit pas encore très bien maîtrisé, car très peu de jeux d’horreurs ont réussi à attirer les éloges de la critique ou les ventes pour justifier une réédition ou une expansion.

Le thème de l’horreur est-il voué à l’échec en matière de jeu de société?

Alors la question se pose, si peu de jeux ont réussi à aller chercher ce style avec succès, es-ce que le thème de l’horreur est voué à l’échec dans l’univers du jeu de société? La réponse simpliste serait oui. Dans le top 1000 de Boardgamegeek, seulement 51 jeux d’horreur s’y classent. Sur ces 51 jeux, environ 30 ont un réel thème d’horreur qui a un potentiel d’immersion dans le genre. Les autres ont le thème collé sur la boîte, mais aucune saveur horrifique véritable n’en ressort.

Cela dit, de ces 30 jeux, plusieurs d’entre eux ont eu un succès retentissant dans le milieu pour ensuite devenir de gros succès commerciaux. Zombicide est un des meilleurs exemples. Avec près de 10 millions de dollars en recettes seulement avec leur campagne de sociofinancement, Zombicide est aujourd’hui une des franchises les plus payantes et a inspiré un nombre incalculable de jeux de figurines et de zombie. Il serait donc étroit d’esprit que de croire que l’horreur ne puisse avoir du succès dans les jeux de table. Il semblerait simplement que l’horreur a encore besoin d’un peu de polissage pour voir des jeux sortir sur une base aussi régulière que le fantastique. De plus, je crois que 2016 sera une année charnière dans l’horreur, car une panoplie de jeux vont bientôt voir le jour avec de quoi émoustiller les grands amateurs d’horreur à plusieurs niveaux!

Les deux plus gros titres attendu cette année sont Pandemic Reign of Cthulhu et Dead of Winter : the long night.

jeuxsoc4ajeu Dead of Winter

Si ces deux jeux ont le succès attendu, le genre de l’horreur recevra un sursis de quelques années pour prouver que ce genre à sa place dans l’univers des jeux de table et ce, autant que le fantastique et la science-fiction.

La semaine prochaine, comme conclusion, je vous offrirai un 2 pour 1! Tout d’abord, je vous présenterai le dernier volet de la trilogie d’introduction : Le guide de survie d’invasion… de jeux. Cela vous permettra de mieux comprendre les termes et les mécanismes  que l’on retrouve dans les jeux modernes ainsi que d’approfondir l’âme des jeux, le thème! De plus, j’en profiterai pour vous présenter deux tops 5 sur les jeux d’horreur, palmarès qui vous plaira j’en suis sûr!

Un article de Gab le Felon

Gabriel «Gab le felon» Valiquette

About Gabriel «Gab le felon» Valiquette

Gabriel ‘’le félon’’ Valiquette, né en 1983, a été initié aux jeux de société à son plus jeune âge. Avec le temps, il est devenu un expert autodidacte en jeux de société, il en possède d’ailleurs une impressionnante collection qu'il agrandit régulièrement.

1 Comments

  1. Excellent article 🙂

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