Kingdom Death : Monster, un monstre de socio-financement!

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler d’un petit jeu obscur dont personne sur le net n’a parlé depuis le début du mois de décembre, ce petit jeu : Kingdom Death : Monster. Un horror survival de colonisation si je peux le qualifier ainsi. Bon d’accord, vous en avez peut-être entendu parler sur quelques sites depuis sa sortie sur Kickstarter…

Avant de débuter, j’ai deux points à apporter histoire d’être le plus transparent possible : Primo, je n’ai jamais joué à Kingdom Death : Monster, j’ai simplement étudié son fonctionnement à travers les parties que j’ai vu en ligne et les règlements que j’ai lu sur le net. Secundo, je n’ai pas financé le jeu lors de sa première version en 2013, ni lors de campagne qui vient de s’achever.

Voilà, parenthèse faite, maintenant, pourquoi j’écris sur Kingdom Death : Monster (KDM)? Ce jeu a pulvérisé la barre des 10 millions de dollars et a terminé sa campagne de socio-financement avec 12.3 millions de bidoux. Dois-je préciser que ce montant est en devise américaine? non? Trop tard, c’est fait. Cela fait de KDM le jeu de société le plus socio-financé de l’histoire d’internet. Alors, qu’est-ce que l’équipe derrière ce jeu ont si bien fait pour en arriver là? Question très intéressante sur laquelle je vais tenter de me pencher avec vous.

Kingdom Death : Monster plateau

Ce n’est pas leur première valse

Et oui, leur subtil titre KDM 1.5 le sous-entend très bien ainsi et tel que l’indique mon introduction, ce jeu a fait son apparition sur Kickstarter pour une deuxième fois. La première fois ça n’a pas été une campagne tranquille non plus. Elle a tout de même atteint un financement dépassant les 2 millions de dollars en 2013. Alors pourquoi ce retour quatre ans plus tard avec le même jeu?  La raison est bien simple, le jeu officiellement sortie en 2015 est déjà ‘’sold out’’, et cela en moins d’un an d’activité de vente régulière. Bon, cette seule raison ne suffit pas, car légion sont les jeux introuvables peu de temps après leur sortie, surtout ceux issu de l’univers du socio-financement. Qu’est-ce qui distingue donc Kingdom Death : Monster des autres?

kingdom death monster livret

La qualité du jeu

Effectivement, le jeu est très bon. Vous allez dire:« hey t’as jamais joué comment peux-tu vraiment en être certain?» Et je réponds : De toute ma vie, j’ai jamais vu un jeu avec un note de 9.06 avec au-delà de 1000 votes sur boardgamegeek Alors sans prendre cette note pour du cash, elle ne peut pas être ignorée. De plus, le système du ‘’geek rating’’ le place en 139e position des meilleurs jeux de tous les temps. Ce qui n’est pas peu dire.   Et si nous ignorons les notes et qu’on regarde le jeu d’un peu plus près, il va chercher plusieurs aspects de la culture populaire que les gens apprécient beaucoup. C’est un jeu où on se construit une ville avec ses habitants un peu à la Sims, principe appliqué à un univers monstrueux et sombre où il faut défendre la ville au prix de la vie de ses occupants. De plus, son aspect visuel ne laisse personne indifférent, mais cette partie je la garde pour le désert. Le gameplay va aller chercher tous les fans de RPG à la Donjons et Dragons, mais également ceux qui aiment les jeux de combat avec figurines et même les amateurs de jeux de gestion.

kingdom death monster cartes

Donc, oui c’est un bon jeu, c’est un consensus assez généralisé dans l’univers du jeu. Par contre, son prix est une barrière titanesque à mon humble avis, on parle d’un prix de détail suggéré à 300$ dollars canadiens. Avec un prix pareil, qu’est-ce qui pourrait bien justifier qu’un jeu, aussi bon sois-t-il, ait été tout de même autant financé?

Mon ami le Hype-Train

Après sa première campagne fulgurante et les critiques qui ont encensé le jeu, une réelle course folle pour obtenir le jeu s’est ouverte chez les collectionneurs et les grands passionnés. Le train a rapidement été remplacé par une fusée! Alors, évidemment, une montée des prix sur les sites de revente s’est produite. Les créateurs, face à cet heureux problème, avaient donc un dilemme devant eux : laisser la guerre des enchères s’estomper avec le temps jusqu’à ce que le jeu tombe dans l’oubli ou relancer une nouvelle vague de production pendant que la frénésie était à son pinacle, avec des prix de revente allant jusqu’à 1000$. Ils ont facilement opté pour la seconde option. Ainsi, les milliers de gens qui scrutaient l’internet à la recherche d’une aubaine cachée ont été attiré par ce nouveau Kickstarter, plus beau, plus grand, «plus meilleur»!

kingdom death monster monstre

Et l’esthétique dans tout cela?

Bon, j’avoue, dans le fond, ce qui m’a poussé à écrire cet article vient du fait que deux de mes amis m’ont parlé dans la même journée de la seconde campagne Kickstarter de KDM que je ne suivait absolument pas à ce moment-là. Ce qui m’a surpris, c’est qu’ils ont tous les deux eu sensiblement le même discours face à ce jeu, je cite :

« Donc pour faire de l’argent dans Kickstarter, l’important n’est pas le jeu, c’est d’avoir un artiste dévoué à faire des modèles 3D de figurines ultra-XXX »

« Ça a l’air de vendre sur les tétons aussi. Pleins de tétons partout pour le $$$ facile. Ça me rend méfiant. Pas que je suis méfiant des tétons, mais je suis méfiant du monde qui utilise les tétons pour vendre des trucs. »

 

Kingdom Death : Monster personnages

À la suite de ces commentaires, que je comprenais très bien venant de leur part, je me suis arrêté un instant pour me suis posé la question. Est-ce que la seconde campagne a eu autant de succès grâce à son côté Pinup? Au premier coup d’œil, il semblerait que oui, car les images hyper-sexualisées inondent cette campagne. Par contre, avec toutes les qualités que j’ai énuméré, il serait réducteur de mettre les 19 264 contributeurs dans le même panier des fanboy de hentai en chaleur. Alors, qui sont ces gens qui ont mis plusieurs centaines de dollars sur Kingdom Death : Monster?

Les amateurs de jeux.

Ici, j’inclus premièrement les gens qui ont financé la première version du jeu, qui ont appris que l’expansion qu’ils attendaient a été remplacé par la campagne qui vient de se terminer et qui va ajouter énormément de contenu au jeu qu’ils possèdent déjà, incluant une mise à jour des règlements. Il y a également tous ceux qui n’ont pas eu conscience du phénomène qu’allait devenir KDM et qui ont eu la chance de tester le jeu à divers convention et club et qui l’ont adoré. Ensuite, il y a les connaisseurs frileux du socio-financement. Ces gens savaient que le jeu avait beaucoup de potentiel, mais avaient (avec raison) peur d’investir tant d’argent pour un produit qui avait de forte chance d’être un navet ou pire encore de n’être jamais livré. Il y a  d’autres phénomènes qui ont fait que certains n’ont pas investi la première fois, mais je ne les énumèrerai pas tous. Cette catégorie d’investisseur, je l’espère, représennte la majorité des gens qui ont participé à la campagne, car après tout, c’est un jeu fait pour les joueurs.

Les fans de mini

Ces gens sont parfois des amateurs de jeu, parfois non, ils sont avant tout des amateurs de figurines. Certains les collectionnent comme les collectionneurs de modèles réduits et certains sont des artistes qui aiment les miniatures et leur donne une personnalité en les peignant et en les insérant parfois dans des dioramas. Je ne crois pas que membres de cette catégorie sois extrêmement nombreux à avoir financé le jeu, mais je peux vous garantir qu’ils sont présents et souvent ce sont des gens qui n’ont pas peur d’investir une grande somme d’argent pour assouvir leur soif de mini. Ayant déjà fait partie de ce groupe de gens, je peux vous dire que 300$ c’est des peanuts pour la majorité d’entre eux. Voici deux exemples de ce que peux donner comme résultat magnifique la peinte de mini :

kdm minis figurines

Jolly Roger Studio et Dexterzg

Les revendeurs

Dernière catégorie d’ investisseur : les revendeurs. Vous savez, ces sales capitalistes qui veulent acheter des choses pour ensuite vous les revendre… Oui c’est un phénomène réel et assez répandu sur kickstarter. Des gens prennent des risques et investissent des centaines, voire des milliers de dollars pour voir un projet mené à terme et recevoir entre 2 et 10 copie du jeu qu’ils vendent à profit. J’espère ici que vous décelez mon sarcasme, car c’est un phénomène que je trouve tout à fait normal et sain dans l’univers du socio financement. De plus, la majorité de ces  personnes œuvrent déjà de près ou de loin dans l’univers des boutiques de jeux. Si je les mentionne ici, c’est simplement pour rappeler que nous vivons dans un monde capitaliste et que c’est très normal de voir des gens vendre leur copie de jeu introuvable autrement sur Ebay ou Facebook avec une marge de profit. Ce sont ces gens qui ont pris le risque de donner leur argent dans l’espoir d’avoir un bien en retour. Bon, je divague un peu, je ferme donc ma parenthèse ici.

Il existe d’autre type de gens qui ont surement investi dans le phénomène KDM, mais les trois catégories ci-dessus en couvrent, j’ose espérer, au moins 80% . Alors, ces gens sont t’ils tous des déviants sexuels qui achètent pour ‘’des tétons’’? J’en doute. Surtout que si nous excluons le côter pinup, c’est un jeu sombre et violent qui est très peu vulgaire. Oui, il y a de la nudité dans le jeu, mais on voie que c’est très inspiré de l’auteur Robert E. Howard et de ses univers fantastiques, incluant le très célèbre Conan le barbare et surtout de son héroïne Red Sonja, mais également sur tout l’univers pulp des années 30, et pour moi cela est un coté très positif. Surtout que la nudité bien exploitée peut donner un aspect cru et vrai à un univers. Cela est très utilisé dans l’heroic-fantasy et largement accepté. Cependant, dans l’horreur c’est un peu plus effacé et c’est un aspect qui j’espère pourra être rehaussé. Insérer un personnage dans un endroit très hostile en le laissant seul et nu sans rien pour se défendre… ce n’est rien pour débuter une partie en confiance!

kdm red sonja weird tales

Et l’horreur dans tout ça?

Alors que la polémique sur l’aspect sexuel du jeu semble l’avoir mis de côté complètement, on semble oublier qu’avant tout, ce jeu est un jeu d’horreur avec des créatures grotesques qui chassent les humains dans le but de les bouffer. Dans un sens, cela devrait être bien plus dérangeant qu’une paire de seins gonflés. Des seins, il y en a partout dans notre société, alors que des monstruosités qui tentent de nous déguster pour le petit déjeuner est beaucoup moins fréquent (heureusement!). À mon avis, cet aspect a été un peu trop négligé dans la seconde campagne et cela me désole un peu, car les monstres sont vraiment bien fait, autant les minis que les esquisses. L’univers étendu est également très développé avec le coté narratif très approfondit. De plus, l’auteur a également mentionné que dans l’univers de Kingdom Death : Monster, tout l’esthétique pinup n’est pas considéré ‘’canon’’ et semble vouloir minimiser l’impact de l’hypersexualité du jeu. Pour moi, KDM a été entrainé dans un tourbillon de marketing sur l’aspect pinup à travers les réseaux sociaux et s’il est vrai que cela a été mis de l’avant, cela reste un coté très marginal au jeu dans son ensemble et surtout optionnel.

Kingdom Death : Monster monstre

Art ou exploitation?

Avec tout cela, on se retrouve avec quoi? Un super bon jeu avec un gros stunt marketing créé autour du pinup pour attirer les foules. Si cet aspect n’avait pas été exploité, est-ce que ce jeu aurait fait autant d’argent? Je ne crois pas. Non pas parce que ce sont des amateurs de gros nichons qui ont investi, mais beaucoup plus parce que tout cela à amener énormément de publicité autour de la campagne, lui donnant de la visibilité où tous les autres jeux n’ont pu en avoir. Alors quoi pensé de tout cela? Difficile de se prononcer clairement, surtout que nous somme à un moment critique dans l’histoire du féminisme et de la sexualité en général. D’un côté, la société semble vouloir s’affranchir sexuellement, laissant loin derrière le puritanisme caractéristique à la société occidentale tout en voulant respecter les femmes et cesser l’exploitation du corps de la femme dans la sphère publique. Alors où est la ligne entre l’art et l’exploitation? Je ne suis pas un expert en la matière, mais pour ce qui concerne KDM, je crois que l’objectif premier était artistique, mais l’aspect pinup et le désir des ‘’stretch goals’’ a surement mis assez de pression sur les designers pour faire pencher la balance légèrement vers l’exploitation.

art-eros

Ouf!

J’ai peut-être débordé un peu du cadre normal de mes chroniques, mais je voulais vous parler de cet énorme jeu tout en vous donnant mon opinion sur ce dernier. Je ne pouvais donc pas passer à côté de l’aspect qui a marqué ce jeu. J’espère que cela vous a intéressé et laissez-moi vos commentaires sur mon article et surtout sur Kingdom Death : Monster. Avez-vous financé le jeu? Si oui, l’aspect pinup a-t-il joué en sa faveur ou non? Prochainement, je vous fais un article complet sur Cave Evil, un jeu méconnu que j’ai mentionné en octobre dernier avec le Professeur Boardgame, qui mérite un peu de visibilité! D’ici-là, amusez-vous bien et le mot de la fin : trampoline.

Gabriel «Gab le felon» Valiquette

About Gabriel «Gab le felon» Valiquette

Gabriel ‘’le félon’’ Valiquette, né en 1983, a été initié aux jeux de société à son plus jeune âge. Avec le temps, il est devenu un expert autodidacte en jeux de société, il en possède d’ailleurs une impressionnante collection qu'il agrandit régulièrement.

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