Horrificorama, un recueil d’horreur unique au Québec

Horrificorama. C’est le titre du recueil de nouvelles rassemblant quinze auteurs pour autant de sous-genres d’horreur sorti ce mois-ci chez les éditions des Six brumes. Pour l’occasion, j’ai rencontré Pierre-Alexandre Bonin, auteur, et surtout un de ceux derrière le projet.

Horrificorama horreur six brumesD’où est venue l’idée d’Horrificorama?

D’une discussion avec Isabelle Lauzon, même si les détails exacts sont perdus dans les méandres de mon absence de mémoire! Mais je me souviens qu’on discutait du fait que c’était dommage qu’il n’y ait pas de recueils de nouvelles d’horreur québécoises sur le marché, contrairement aux États-Unis, par exemple, où ces collectifs sont nombreux. Et comme Isabelle n’avait pas le temps de s’en occuper, elle m’a un peu mis au défi de gérer le projet Horrificorama, ce que j’ai fait (avec son aide).

On aime s’immerger dans un roman. Quel est l’attrait d’une nouvelle selon toi?

Pour paraphraser les mots de Stephen King, un roman, c’est comme une relation stable avec un partenaire unique. Une nouvelle, c’est le baiser d’un étranger, dans le noir. Comme tu le dis, un roman permet de s’immerger dans une intrigue, dans un monde, et on prend le temps de s’attacher aux personnages et de passer du temps avec eux. On est dans la durée. La nouvelle a quelque chose de plus rapide, de plus éphémère. Pas le temps de développer, de s’attacher; on a un moment précis qu’on met de l’avant et on n’explique ni le avant, ni le après. La nouvelle a cet avantage, surtout dans un recueil comme Horrificorama, de faire découvrir de nouveaux auteurs et des sous-genres moins présents en littérature d’horreur. Une nouvelle se doit d’être plus punchée qu’un roman, si on veut durablement marquer le lecteur.

Comment avez-vous sélectionné les auteurs d’Horrificorama?

J’avais deux critères principaux qui ont guidé mon choix : j’avais lu et aimé ce qu’ils avaient écrit avant et j’avais envie de travailler avec eux.

Initialement, j’avais dix-huit auteurs qui participaient au projet! Je m’étais légèrement laissé emporté dans mes invitations, disons!

Puis, il y a eu trois désistements en cours de route, et on s’est retrouvés quinze à mener le projet à bien.

Je voulais aussi qu’ils soient sensiblement tous de ma génération, donc dans la trentaine-quarantaine, parce qu’on n’est plus la génération montante, mais on n’est pas encore les anciens. On est coincés dans une espèce de vide générationnel, et je voulais nous donner un terrain de jeu avec des références communes en raison de notre âge.

Donc, dirais-tu que le public cible se trouve dans cette tranche d’âge aussi?

Pas nécessairement. Au contraire, j’espère que les gens dans la vingtaine vont découvrir des auteurs qu’ils ne connaissaient pas, et que ceux dans la quarantaine, la cinquantaine ou plus vieux vont aussi avoir du plaisir à nous lire. Heureusement pour nous, l’horreur est universelle et n’a pas d’âge!

Est-ce qu’il y avait une consigne particulière pour la rédaction des textes?

Seulement qu’ils choisissent un sous-genre dans une liste que j’avais montée à partir de recherches sur l’horreur et ses sous-genres. Et encore, Pascal Raud a décidé de passer outre, et Philippe-Aubert comme Luc Dagenais me sont arrivés avec des propositions qui ne figuraient pas dans la liste, mais que je ne pouvais pas refuser. Même en cours d’écriture, j’ai rappelé aux auteurs qu’ils avaient carte blanche et que je ne censurerais pas leur texte. En fait, la seule consigne à laquelle je tenais, et qui a été respectée, était qu’on ne retrouve pas deux fois le même sous-genre dans le recueil.

Peux-tu me donner quelques exemples de sous-genre que l’on retrouve dans Horrificorama?

On y retrouve du fantastique horrifique, de la possession démoniaque, du monster porn, de l’horreur psychologique, du rape and revenge, de la science-fiction horrifique…

Pierre-Alexandre Bonin Clair/Obscur

Pierre-Alexandre Bonin lors d’un lancement de Clair/Obscur crédit photo: Gérald Brosseau

D’où te vient le goût de l’horreur?

Honnêtement, je n’en ai aucune idée! Je me souviens avoir vu par hasard un extrait de l’un des Chucky, alors que j’avais huit ou neuf ans, et ça m’avait traumatisé. Même chose quand j’ai vu la scène de la perruque qui se décolle dans Opération beurre de peanut! Pourtant, je suis tombé dans la littérature d’horreur à peu près au même âge, avec la collection Frissons, chez Héritage jeunesse. Et j’ai lu mes premiers Stephen King à 12 ans. Ce n’est qu’à l’adolescence que j’ai eu un déclic en ce qui concerne les films d’horreur. Depuis, ça n’a jamais arrêté, même si je demeure incapable d’écouter les Aliens… Disons que ma préférence va aux films d’horreur de série B et Z, avec des histoires absurdes et des mauvais acteurs!

Pourquoi pas Alien?

Je pense que l’un de mes oncles m’a raconté l’histoire du premier quand j’étais trop jeune! Et c’est vrai! Je me souviens encore de sa description du face-hugger avec les mimes de circonstance! J’ai été complètement traumatisé par cette anecdote-là!

Ironiquement, j’ai quand même vu les deux Alien vs. Predator, et on s’entend que AVP Requiem est particulièrement généreux en scènes malaisantes!

Pourquoi le titre, Horrificorama?

Pour moi, c’était un hommage à tous ces films de sexploitation des années 70, ces programmes doubles des années 70-80, ces slashers des années 1980-1990. Je voulais un titre qui sonne un peu kitch, un peu grandiloquent.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur le projet?

Si on prend le Salon du livre comme point d’arrivée, alors ça fait plus de deux ans qu’on a amorcé le projet! Les premiers contacts entre Isabelle, Jonathan, Guillaume et moi datent du début août 2015.

Dans la préface, M. Senécal mentionne que les auteurs d’horreur sont moins visibles et moins pris au sérieux que les auteurs d’autres genres. Que pensez-vous du développement de la littérature d’horreur au Québec?

Je pense qu’elle a fait des progrès de fou depuis deux-trois ans! Patrick Sénécal a vendu un million (UN MILLION!!) de ses œuvres (bon, ok, ça, c’est du long terme, mais quand même!) La trilogie d’Yvan Godbout, Les yeux jaunes, chez AdA, a été la première œuvre d’horreur « grand public » qui a fonctionnée. Ensuite, on a eu la série Cobayes, chez Mortagne, qui a aussi rejoint un bassin de lecteurs incroyable. Et là, AdA récidive avec les Contes interdits, où on retrouve, surprise, Yvan Godbout comme auteur, en compagnie de trois autres comparses. Donc oui, pour moi, ces œuvres-là sont plus « commerciales » (elles visent un public plus large, avec un marketing à l’avenant), mais elles sont essentielles, parce qu’elles démocratisent l’horreur au Québec. Et après, si les gens ont envie de découvrir autre chose, ils vont aller du côté des Six Brumes, ou alors vers la Maison des viscères, qui fonctionnent avec moyens beaucoup plus réduits, mais qui ont à cœur de proposer de l’horreur « de qualité » faite au Québec. C’est sans compter des auteurs plus établis comme Ariane Gélinas ou Frédérick Durand. Je sais que j’ai l’air de juger en masse les romans comme Cobayes ou les Contes interdits, mais je veux juste faire la distinction entre des œuvres publiées chez les gros éditeurs, qui ne se spécialisent pas dans l’horreur, et qui ont des budgets marketing impressionnants.

C’est comme comparer Hollywood au cinéma indépendant néo-zélandais… Ils font la même chose, mais pas avec les mêmes moyens et pas nécessairement pour le même public!

Les deux sont cependant nécessaires, et souhaitables, parce que plus y il a d’offres en horreur québécois, plus les lecteurs vont avoir envie de découvrir ce qui se fait d’autre.

Et je pense qu’Horrificorama est la réponse à ce « qu’est-ce qui se fait d’autre au juste? »

Comment Émilie Léger s’est-elle retrouvée à concocter l’illustration de la première de couverture?

Je la connaissais comme artiste (et un peu comme personne) par nos collaborations mutuelles à Clair/Obscur, et j’ai vu les couvertures qu’elle avait réalisées pour différents éditeurs et revues. Quand j’ai eu le okay des Six Brumes pour faire le projet, j’ai tout de suite pensé à elle. Émilie a eu la gentillesse d’accepter et elle a tout de suite compris la vision que j’avais pour le visuel d’Horrificorama. J’adore tellement la faucheuse qui passe sa tondeuse! Pour moi, ça illustre parfaitement le côté kitch de l’horreur que je voulais montrer. Quand Jonathan m’a dit qu’il avait du budget pour des illustrations en noir et blanc pour accompagner les nouvelles, j’ai recontacté Émilie, et cette fois, je lui ai laissé les textes pour qu’elle les lise et propose des illustrations adaptées. Et TOUS les auteurs sont tombés en amour avec « leur » illustration intérieure, ce qui prouve, à mon sens, le talent indéniable d’Émilie.

Magnifiques illustrations, auteurs et genres variés, ce recueil est un vrai petit bijou. J’ai déjà mon exemplaire! Restez à l’affût pour ma critique!

Horrificorama est disponible pour achat en ligne ICI!

Chloé Leclerc-Gareau

About Chloé Leclerc-Gareau

Initiée à l’écriture par sa grand-mère au plus jeune âge, elle découvre la littérature d’horreur à travers Edgar Poe et Stephen King. Titulaire d’un diplôme d’études collégiales en création littéraire, traductrice de profession, écrivaine de salon et maniaque de cinéma, elle participe activement au festival Requiem, une convention dédiée au cinéma d’horreur underground qui rassemble des artistes en tout genre.

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