Final Girls de Riley Sager : convenu et répétitif

Dans son bel appartement shabby chic de Manhattan, Quincy prépare gâteaux, macarons et biscuits tous les jours pour son populaire blogue de pâtisserie. Mais sous tout ce glaçage, la jeune femme cache un lourd passé : elle fait partie des final girls, un trio qui réunit trois Américaines ayant survécu à différentes tueries de masse à travers le pays. Toujours traumatisée par le meurtre de ses amis lors d’une fin de semaine au chalet, Quincy est secrètement accro aux benzodiazépines et profite de la présence réconfortante de son ami Coop, le policier qui l’a sauvé il y a de cela des années. Son monde fragile s’effondre lorsque Lisa, une final girl qui s’était pourtant présentée comme une survivante forte et inspirante, est retrouvée les veines tranchées dans son bain. Puis Sam, qui a survécu l’attaque d’un homme masqué lors d’un quart de nuit au motel où elle travaillait il y a des années, retentit à la porte de Quincy un bon matin et la force à admettre la vérité : les évènements passés l’ont marquée beaucoup plus qu’elle le laisse paraitre. Peu à peu, Quincy en vient à s’interroger sur la nature véritable de la mort de Lisa et les intentions cachées de Sam.

Publié au début du mois de juillet, le roman de Riley Sager s’est mérité les éloges de Stephen King, qui l’a qualifié de « premier grand thriller de 2017 ». On se demande plutôt s’il ne s’agirait pas simplement du premier thriller lu par King en 2017. Non pas que Final Girls soit ennuyant : malgré son lot de répétitions, le roman, porté par une écriture simple, se prête à une lecture rapide et même assez agréable, idéale pour une fin de semaine au chalet ou des vacances à la plage. En revanche, ceux qui s’attendent à un suspense haletant et une intrigue à se creuser les méninges seront déçus.

Les lecteurs attentifs ne manqueront pas de remarquer les nombreux indices laissés par l’auteur, qui permettent de découvrir rapidement la clé du mystère – une clé qui fait d’ailleurs peu de sens. Très élaborée, la solution proposée par l’auteur s’éloigne des conclusions sophistiquées de Christie et de Poe pour ressembler davantage à un tas de noeuds qui s’éparpillent en tous les sens. Même sans oublier que Quincy souffre d’amnésie sélective (un refoulement toujours pratique quand on écrit un roman-mystère…), la conclusion est franchement tirée par les cheveux et prend beaucoup trop de temps à s’établir puisque, pour y arriver, il faut passer par une panoplie de répétitions. Il y en a, des passages où Quincy fait la cuisine, où son conjoint s’endort au bout de quelques minutes pendant qu’elle reste au lit à angoisser, où elle avale des Xanax avec une bonne gorgée de soda au raisin… D’ailleurs, si je relis « Xanax » et « soda au raisin » dans la même phrase, je vomis!

Alors que Quincy se rappelle le meurtre de ses amis de manière sporadique, le récit alterne entre présent et passé. Le slasher est un territoire familier qu’on se plait malgré tout à visiter. Par contre, les retours en arrière se lisent ici comme un roman pour adolescent, où Quincy se demande si elle devrait perdre sa virginité et admire sa meilleure amie délurée. Les personnages sont d’ailleurs plats, les morts comme les vivants. Les meilleures final girls sont celles qui nous marquent par leur complexité, qui surmontent leurs peurs et traumatismes pour affronter le mal incarné. Quincy est au contraire une créature naïve et ennuyante, une femme-enfant qui ne voit pas ce qui lui pend au bout du nez et qui doit sans cesse être sauvée. Quant à Sam, c’est un cliché de bad girl, bouson en cuir et lèvres rouges compris, qui conclut chaque phrase par babe. Fatigant.

Et pourtant, même s’il est convenu et peu mémorable, Final Girls demeure un divertissement correct qui ne fait que ça, divertir, à lire distraitement quand on n’a pas envie de se casser la tête. Un peu comme le visionnement de Halloween: The Curse of Michael Myers, mettons.

 

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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