Fantasia 2016, prise 3

Si l’été est prélude au plein air, nous avons plutôt passé les trois dernières semaines frigorifiés dans des salles de cinéma : voici le résumé de notre dernière semaine de Fantasia!

Feuilles_001

Feuilles mortes de Thierry Bouffard, Carnior et Edouard A. Tremblay / Québec / 2016 / 100 min.

Présenté en première mondiale devant une salle comble, Feuilles mortes est un film choral et postapocalyptique suivant trois personnages distincts cinq ans après l’effondrement de la société. Il y a le vieux Bob (Roy Dupuis), un homme solitaire et aigri, Marianne (Noémie O’Farrell), une jeune femme qui a vu toute sa famille se faire massacrer, et Léon (Philippe Racine), le membre d’une bande qui survit en pillant le cadavre du monde. Se rapprochant davantage de The Road que de Turbo Kid, Feuilles mortes est un film profondément sombre et réaliste, mais parsemé tout de même de quelques notes d’espoir. À aucun moment, on ne ressent le peu de moyens de ses artisans (250 000 $ de budget et trois semaines de tournage). Crédible du début à la fin, il est bien dommage que les règlements des micro-budgets de Téléfilm Canada empêche ce film de sortir en salle, car en plus de sa qualité générale, la beauté des paysages automnaux de ce western est évidemment décuplée par une projection sur grand écran. Qui plus est, l’unique projection à Fantasia présentait des problèmes techniques dérangeants, mais qui heureusement n’ont pas entamé l’enthousiasme du public. On aimerait donc le revoir en salle. Preuves à l’appui : Feuilles mortes a remporté le Prix du JURY – meilleur film canadien, ainsi que le Prix ARGENT du public de Fantasia! Soulignons en terminant que le film est actuellement disponible sur Bell, iTunes, Shaw, Telus, Cogeco et Illico. par Jason Paré

I am not a serial killer

I Am Not A Serial Killer de Billy O’Brien / États-Unis / 2016 / 104 min

Pour ne pas céder à ses fantasmes, un jeune sociopathe fasciné par les tueurs en série suit des règles simples qui lui permettent de demeurer « normal » : son obsession prend toutefois des proportions dangereuses quand sa petite ville du Midwest devient la cible d’un meurtrier qui dérobe des organes vitaux à ses victimes. Il ne tarde pas à en découvrir le coupable, son voisin septagénaire apprécié de toute la communauté. Ce qui surprend d’abord, c’est la performance époustouflante de Max Records dans un rôle qu’on dirait taillé sur mesure. Touchant, terrifiant et hilarant, parfois même les trois en même temps, loin des clichés inhérents au personnage de l’ado tourmenté, l’acteur arrive à traduire les émotions et réflexions d’un personnage complexe par un regard, un sourire, un geste. Christopher Lloyd est tout aussi à l’aise, inspirant à la fois peur et pitié. Le duo est soutenu par une caméra 16 mm organique, qui offre à la banlieue un traitement glauque et naturaliste, et un scénario bien ficelé au glissement inattendu vers le surnaturel. Qu’ils soient prélevés du corps d’un cadavre, d’un modèle d’anatomie ou d’une planche de jeu Opérations, les organes vitaux s’affichent souvent, une manière originale inventive d’illustrer le chaos intérieur d’un personnage qui aimerait, lui aussi, fouiller ses tripes pour y trouver des indices, des réponses, la confirmation de sa folie. I Am Not A Serial Killer est basé sur le roman du même titre de Dan Wells. par Élise Lucie Henripin

Blood Father

Blood Father de Jean-François Richet / France/États-Unis / 2016 / 88 min.

Quelle joie de retrouver Mel Gibson dans le rôle du héros principal, surtout avec un réalisateur aussi talentueux que Jean-François Richet au commande (Mesrine : L’Ennemi public no 1 et L’Instinct de mort). En plus, le personnage qu’il interprète lui va comme un gant : ex-taulard en cure de désintox, John Link mène une vie rangée comme tatoueur au Nouveau-Mexique et habite dans une roulotte (comme ce bon vieux Riggs). Tout ce qu’il souhaite, c’est retrouver sa fille, Lydia (Erin Moriarty), disparue il y a plusieurs années. Quand celle-ci débarque dans sa vie sans prévenir avec le cartel au cul, Link fera tout protéger sa fille. Richet nous présente ici un récit de rédemption pour son personnage d’ex-motard barbu. Le scénario est peut-être simple et pas très original, mais il ne contient aucun temps mort, ce qui est bienvenu dans un film d’action. Richet connaît également l’aura de son acteur principal et parvient efficacement à exploiter les ressources de ce dernier, et en profite également pour citer certaines des œuvres phares de Gibson (l’une des course-poursuites se terminant de la même manière que celle à la fin de Mad Max). Le casting lui donnant la réplique est également très bien, que ce soit William H. Macy dans le rôle du sponsor et ami de Link ou encore Michael Parks dans celui du Preacher (un criminel qui a servi de père-adoptif à Gibson). En résumé, Blood Father ne devrait ne pas décevoir les fans de l’acteur et il est un bon moyen de patienter en attendant Hacksaw Ridge, la prochaine réalisation de Mel Gibson. Blood Father sera en salle au Québec à partir du 12 août. par JP

Another Evil

Another Evil de Carson D. Mell / États-Unis / 2016 /92 min.

Le chalet de Dan est hanté mais, comme le titre le suggère, ce ne sont pas les fantômes qui représentent un danger : c’est plutôt l’hurluberlu engagé pour les chasser dont il faut se méfier! Mark Proksch (s’il y a des fans de la websérie Decker parmi vous, vous reconnaitrez Abdul!) incarne Oscar, un chasseur de fantômes alcoolique qui traverse un divorce difficile et a grandement besoin d’un ami – et est prêt à tout pour s’en faire un. Oscar vous rappelera ce gamin à l’école, qui s’efforçait désespérément d’avoir l’air cool et de faire rire les autres. L’intensité de ce pauvre type qui se prend beaucoup trop au sérieux est équilibrée par la réserve du sympathique Dan, dont l’expression souvent incrédule suffit pour générer les éclats de rire. Vous vous en doutez sûrement, cette comédie indie à micro budget n’a pas tout à fait le même humour que Scary Movie : on rit parfois du ventre, oui, mais on rit surtout par malaise, parce que Carson D. Mell trouve l’humour dans l’anecdotique, dans des monologues insensés, des situations absurdes ou des phrases vides de sens comme « It’s cool, it’s a story from your life ». Another Evil n’est pas un film de maison hantée typique, mais plutôt une étude de personnage qui se déploie à travers les dialogues générés par un tête-à-tête forcé et une situation extraordinaire. Plus qu’une comédie, donc, le film nous surprend quand Oscar passe à l’offensive, révélant à quel point il est réellement dérangé. Un pas de deux surprenant et hilarant qui a su trouver le bon équilibre entre horreur et comédie. par ELH

Parasites

Parasites de Chad Ferrin / États-Unis / 2016 / 80 min.

Présenté en première mondiale dans la section Fantasia Underground (à l’instar d’Atmo Horrox que nous avons abordé dans le précédent compte-rendu), Parasites raconte une histoire fort simple et qui rappelle un peu Judgment Night de Stephen Hopkins. Trois étudiants sont égarés dans un quartier malfamé de Los Angeles. Comble de malchance, une crevaison les oblige à arrêter leur véhicule. Des sans-abris profitent alors de l’occasion pour s’attaquer et capturer les trois jeunes hommes. Évidemment, les choses tournent mal et un seul d’entre eux parvient à s’enfuir. Poursuivi par les SDF, Marshal (Sean Samuels) tentera de survivre jusqu’à l’aube, errant dans les rues à la recherche de secours.  Avec ce film, Chad Ferrin aborde plusieurs enjeux sociaux intéressants, dont l’une des scènes rappellera à certains de récents événements à Montréal. Si le film est orienté vers l’action – on a affaire ici avant-tout à un film de course-poursuite – il semble par contre un peu trop bavard, les SDF cherchant constamment à justifier leurs actes (pour l’anecdote, l’acteur incarnant le chef des sans-abris, Robert Miano, a joué un petit rôle de voyou dans Death Wish). Si les limites du budget paraissent à l’écran, les scènes de meurtres – quoique maladroites – demeurent bien gratinées. On sent également les influences de Ferrin : la musique s’inspire grandement des compositions de John Carpenter (certaines idées scénaristiques aussi) et la conclusion fait un clin d’œil à celle de Night of the Living Dead. Imparfait, mais pas inintéressant. par JP

 

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About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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