Fantasia 2016, prise 2

Le festival tire sur sa fin. La dernière semaine nous a entrainé de l’Australie au Canada, traversant la Corée du sud et le Japon pour faire un saut en Espagne, au Royaume-Uni et en République Tchèque, sans oublier les États-Unis. Un garçon oiseau aux prises avec des problèmes de drogue, des soldats enfermés dans un tank et une famille dont les fêtes de Noël sont interrompues par un tueur : voyons les aventures folles que ce voyage nous a présenté.

Momotaro Sacred Sailors

Momotaro, Sacred Sailors (Momotaro, Umi No Shinpei) de Mitsuyo Seo / Japon / 1945 / 74 min.

Malgré que l’Empire du Japon ait également fait partie des forces de l’axe pendant la Deuxième Guerre mondiale, il est curieux de constater que l’imagerie de celui-ci soit de nos jours plus fréquentable – du moins aux yeux de certains – que celle du Troisième Reich. Ainsi, il semble moins répréhensible d’afficher le drapeau de la Marine impériale japonaise que celui de la Kriegsmarine (une récente histoire à Rouyn-Noranda semble appuyer cette curieuse distinction). Également, même si les bombardements sur l’Allemagne ont été aussi – sinon plus – meurtriers, les bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki semblent émouvoir davantage la populace. Cette mise au point faite, les férus d’histoire militaire et les amateurs d’animés japonais se devaient d’être présents lors de la projection de Momotaro, Sacred Sailors, le premier long métrage d’animation au Japon. Commandé par la Marine impériale japonaise, ce film de propagande pas très subtil (et destiné aux enfants) est loin d’être un chef d’œuvre, mais mérite tout de même le détour. Pour sa technique, singeant celle de Disney (une pratique qui ne sera plus vraiment utilisée par la suite), mais également pour avoir une petite idée de l’ambiance politique au Japon au crépuscule de la Guerre du Pacifique. par Jason Paré

seoul station

Seoul Station de Yeon Sang-Ho / Corée du Sud / 2016 / 92 min.

Un sans-abri avec une sérieuse morsure au cou trouve refuge parmi ses semblables dans une station du métro de Séoul. Mort peu de temps après, l’itinérant reprend vie sous les traits d’une créature assoiffée de sang et de chair humaine. Il ne tarde pas à attaquer ceux qui se trouvent sur son chemin, déclenchant une invasion de zombies qui atteindra  bientôt la surface. Pendant ce temps, la jeune Hae-sun fuit son copain Ki-Woong, un petit con manipulateur, avec qui elle entretient une relation malsaine. Lorsque les milliers de créatures cauchemardesques envahissent chaque quartier, la jeune fille doit affronter des périples horrifiants pour survivre. À l’autre bout de la ville, Ki-Woong et Suk-gyu , le père d’Hae-sun, bravent les hordes de zombies pour retrouver cette fille si chère à leurs yeux. Pour bien des raisons, le gars blasé des zombies que je suis ne peut dire que WOW devant ce film. Le style d’animation est à couper le souffle. Mélangeant coups de crayon traditionnels et graphismes par ordinateur, une gamme incroyable d’animations des mouvements corporels, des expressions faciales et de déplacements complexes de caméra prennent vie devant nos yeux. Un impressionnant travail sur les voix et le son diégétique vient surélever cet accomplissement technique brillant. Le récit rassemble les tropes habituels des histoires de zombies jusqu’au troisième acte, alors que des punchs scénaristiques inattendus sur l’identité réelle des protagonistes viennent changer la donne d’une manière rafraichissante rarement vue dans ce type de films d’horreur. Bref, une réussite sur toute la ligne. par Sébastien Bourget

I Olga Hepnarova

I, Olga Hepnarova (Já, Olga Hepnarová) de Petr Kazda et Tomas Weinreb / République Tchèque / 2016 / 106 min.

En 1973, un camion fonce à toute vitesse sur une foule de Prague, tuant huit personnes et en blessant douze autres. Il s’agit d’un acte délibéré de la conductrice, une femme de 22 ans qui dit vouloir se venger d’une société qui l’a toujours ostracisée. Pendue en 1975, Olga Hepnarová sera la dernière femme condamnée à mort en Tchécoslovaquie. Filmé et noir et blanc, embrouillé d’épais nuages de fumée de cigarette et sans trame sonore, le silence souvent oppressant de I, Olga… est interrompue par la voix off de Michalina Olszanska, qui lit de véritables extraits  de la correspondance d’Hepnarova. La réserve du film donne à chaque manifestation émotive un effet de tempête, et au brouhaha des foules quelque chose d’aliénant. Entrecoupés de plans serrés sur le visage de l’actrice, d’autres très longs et larges isolent le personnage, créent un sentiment d’attente, un malaise. L’inertie et le silence des séquences qui encadrent le massacre et l’exécution soulignent leur absurdité, tandis que les traits et le corps délicats d’Olszanska, puissante et généreuse, donnent l’impression qu’elle n’est encore qu’une enfant, perdue et mésadaptée dans un monde d’adultes. Côté esthétique, c’est une réussite. Par contre, des lacunes narratives nuisent à l’intérêt du spectateur. Le recours répété à des ellipses (les traumatismes ayant marqué Olga ont presque tous lieu hors-caméra) nous rend un récit plein de trous. D’ailleurs, même si le film couvre une période de plus ou moins dix ans, le ton égal et l’absence de démarquation (sinon le changement de coupe de cheveux) laisse penser qu’ils s’enchainent bien plus rapidement. Enfin, on fait trop de cas de l’homosexualité du personnage, alors que son identité sexuelle ne devrait pas la définir autant. Résultat : un film d’art très beau, mais pas très intéressant. par Elise Lucie Henripin

LetMeMakeYouAMartyr

Let Me Make You a Martyr de Corey Asraf et John Swab / États-Unis / 2016 / 102 min.

Grosse déception lors de la première mondiale de Let Me Make You a Martyr : en plus de l’absence de Marilyn Manson (qui a aussi annulé son spectacle à Québec après une prestation mitigée au Centre Bell), le film lui-même ne nous a pas du tout convaincu. Pourtant, le long métrage en soi n’est pas mauvais. La direction de la photographie est impeccable, le jeu des acteurs aussi (dont celui de Manson qui ressemble de plus en plus à Nicolas Cage) et l’histoire n’est pas inintéressante (quoique beaucoup trop verbeuse). On pourrait également reprocher au film de flirter davantage avec le mélodrame que le thriller, mais ce n’est pas ça non plus. Là où le bât blesse, c’est lors de la conclusion du film totalement inattendue – mais pas pour les bonnes raisons – et archi déjà-vue. C’est bien dommage, car les réalisateurs – Corey Asraf et John Swab – étaient parvenus jusqu’ici à nous intéresser à Drew Glass – le personnage principal – et à son retour à la vie civile après un séjour en prison, au point où on éprouve de la sympathie pour ce dernier. Malheureusement, la conclusion est tellement décevante et sortie de nulle part qu’elle vient démolir tout ce qui précède. Dommage… par Jason Paré

thrash fire

Trash Fire de Richard Bates Jr / États-Unis / 2016 / 93 min.

Owen et Isabelle forment un couple au bout du rouleau. Leurs ennuyeuses soirées et leurs échanges quotidiens de mesquineries acerbes sont interrompus par l’annonce qu’Isabelle est enceinte. D’abord réticent à l’idée de devenir père, Owen décide de tenter l’aventure de la parentalité. Avant d’accepter de garder le bébé, Isabelle lui impose une condition : il doit se réconcilier avec sa grand-mère et sa sœur qu’il a abandonnées il y a longtemps, après qu’un incendie ait coûté la vie de ses parents et gravement scarifié sa soeur. Owen accepte à contrecœur et les amoureux partent pour un séjour chez la parenté. Une fois arrivée, Isabelle découvre qu’elle devra cohabiter avec une vieille jesus freak désagréable à la répartie venimeuse et une jeune femme aux habitudes nocturnes inquiétantes, jusqu’à ce que son copain fasse la paix avec chacune d’entre elles. Comment passer sous silence l’extase des spectateurs devant les dialogues jouissifs bourrés de répliques assassines et transgressives que contient tout le film? On se surprend même à avoir hâte d’entendre les personnages parler. Tous les acteurs sont au sommet de leur art. Mention spéciale à Fionnula Flannagan qui vole le show sous les traits de cette ignoble grand-mère. Le réalisateur Richard Bates Jr. a pondu un scénario virulent qu’il met en scène avec maitrise jusqu’à sa finale surprenante mélangeant la surprise, le malaise et le WTF total. Les admirateurs de comédies noires peuvent êtres rassurés, Richard Bates Jr s’impose déja comme un digne successeur de Todd Solondz. par Sébastien Bourget

Tank-432

Tank 432 de Nick Gillespie / Royaume-Uni / 2016 / 86 min.

Puisque Nick Gillespie a fait ses leçons auprès de Ben Wheatley (Kill List, The ABCs of Death), j’avais les attentes hautes, d’autant plus que Rupert Evans et Michael Smiley font partie de la distribution, mais quelle déception! En fuyant une menace surnaturelle (semble-t-il), des soldats et leurs otages se barricadent dans un tank dont la porte coincée les empêche ensuite de sortir. Vite, la peur et la paranoïa compromettent leur état d’esprit. Si le début annonce un film intriguant au rythme haletant, les choses s’essoufflent dès l’arrivée du groupe dans le véhicule blindé. Malgré leurs efforts, les acteurs n’arrivent pas à donner vie aux personnages insipides, ni à nous faire croire à l’urgence de la situation. On peut saluer l’ingéniosité de Gillespie, qui a tout de même filmé dans un vrai tank, mais la claustrophobie n’est pas non plus au rendez-vous. Ajoutez à cela une scène inutile de gros caca mou (eh oui) et un dénouement on ne peut plus prévisible (si vous avez entendu parlé du Projet MK Ultra ou autres expériences similaires, vous serez vite en terrain connu), et on se retrouve devant un talent gâché. Même les explications du sympathique réalisateur, présent à la projection, ne pouvaient justifier certains éléments qui n’avaient visiblement pour but que de complexifier une histoire simpliste. par Elise Lucie Henripin

Psychonauts

Psychonauts, the Forgotten Children (Psiconautas, los niños olvidados) d’Alberto Vázquez et Pedro Rivero / Espagne / 2015 / 80 min.

En 2011, l’illustrateur, l’animateur et l’auteur de bandes dessinées espagnol, Alberto Vázquez, adaptait au cinéma son roman graphique Psiconautas en collaboration de Pedro Rivero. Résultat : le court métrage Birdboy, présenté dans plusieurs festivals et récipiendaire de nombreux prix, dont le Goya du meilleur court métrage d’animation en 2012. Les deux hommes reviennent cette année, mais nous proposent cette fois-ci un long métrage adapté des aventures du petit garçon oiseau. Depuis le Grand accident qui a détruit la zone industrielle, rien ne va plus sur l’Île. La vie n’y est plus aussi valorisante qu’avant et la jeune Dinky – constamment en dispute avec sa mère et son beau-père – souhaite quitter l’endroit avec ses amis. La seule chose qui la retient sur l’île, c’est son amour pour Birdboy, un étrange petit garçon tourmenté par la drogue et les démons qui a été banni du village. Poursuivi par les autorités qui souhaitent carrément l’abattre, Birdboy se cache dans la forêt et tente d’accomplir la mystérieuse tâche entamée par son père avant d’être assassiné. Dessiné à la main, Psychonauts est un bonbon pour les yeux, ainsi qu’un baume pour le cœur et l’âme. La richesse de l’imaginaire de ses artisans et leur manière de traiter des sujets graves avec un humour noir digne de Franquin risquent grandement de charmer les spectateurs les plus réticents. À voir absolument. par Jason Paré

Red Christmas

Red Christmas de Craig Anderson/Australie/82 min.

Au moment d’ouvrir leurs cadeaux de Noël, une famille dysfonctionnelle reçoit la visite d’un visiteur aussi étrange qu’inattendu. Vêtu d’une cape noire et le visage recouvert de bandages, l’inconnu nommé Clétus insiste pour lire à Diane, la mère, une lettre qu’il a composée. Durant la lecture du texte, Diane comprend qu’il fait référence à un terrible secret qu’elle a caché à ses enfants pendant de nombreuses années. Après avoir été expulsé de la maison à coups de pied au derrière, Clétus remplace ses bonnes intentions initiales par des pulsions meurtrières dirigées vers tous les membres de cette famille avec laquelle il est intimement lié. Son carnage à la hache ne s’arrêtera pas tant qu’il restera quelqu’un à zigouiller. On a droit ici à une énième interprétation de la formule popularisée par des classiques comme Black Christmas et My Bloody Valentine. Malheureusement, l’ensemble est un peu fade. L’histoire prévisible ne comporte pas de surprises et les meurtres sont peu imaginatifs. Parmi la pléiade d’acteurs interprétants du mieux qu’ils le peuvent des personnages archétypaux, la performance de la vétérante de l’horreur Dee Wallace commande le respect. Même à un âge avancé, qu’elle affiche avec grâce et beauté, elle n’a pas son pareil lorsqu’elle est armée d’un fusil à pompe pour partir à la chasse au tueur. Disons que ce film ne deviendra malheureusement pas un classique du temps des fêtes à regarder en famille pendant une nuit de tempête alors que deux yeux rouges nous observent par la fenêtre. par Sébastien Bourget

Show of Shows

The Show of Shows de Benedikt Erlingsson / Islande et Royaume-Uni / 2015 / 77 min.

Ce film d’archives spectaculaire se passe de narration pour présenter une série d’enregistrements capturés dans des cabarets, cirques, carnavals et autres spectacles ambulants. La trame sonore composée par des membres de Sigur Rós accompagnent  les prouesses des danseurs, acrobates, hommes-canon et autres qui risquent leur vie pour enflammer l’imagination. L’exploitation des animaux et des enfants en dit long sur ce que les humains sont prêts à sacrifier au nom du divertissement. Vous verrez donc un nombre incalculable d’enfants en danger : des bébés qui boxent, un homme qui jongle avec un nourrisson en haut d’un immeuble, une femme qui s’exerce au lancer de couteaux sur sa fille de 3-4 ans et, mon préféré, un garçon auquel il ne reste plus qu’un bras qui dresse des lions. Fascinant et onirique, c’est aussi inévitablement répétitif, mais les amateurs de curiosités y trouveront leur compte, même si certaines choses manquent – on ne voit par exemple ni magiciens, ni freaks, ni hommes forts. Une solide dose de WTF qui vous fera vous exclamer « Comment? » et surtout, « Pourquoi? » par Élise Lucie Henripin

AtmoHorroX

Atmo HorroX de Pat Tremblay / Québec / 2016 / 101 min.

Difficile de résumer un film comme Atmo HorroX, dernière réalisation de Pat Tremblay qui avait présenté à Fantasia en 2011 l’excellent Hellacious Acres. Si ce dernier était plutôt linéaire malgré son côté étrange, Tremblay abandonne ici totalement la construction narrative de son récit afin de plonger à fond dans le cinéma expérimental (et cela, malgré son look de série B de science-fiction). En effet, Atmo HorroX ne contient aucun dialogue et nous présente plutôt une série de performances mettant en scène des personnages à la fois loufoques et inquiétants. Sont-ils d’origine extraterrestre, viennent-ils d’un monde parallèle, des profondeurs de l’enfer, ou est-ce tout simplement des hurluberlus costumés qui terrorisent leur quartier? On ne le saura jamais vraiment, l’intérêt étant ailleurs. Il se trouve dans l’aspect humoristique du projet – difficile de ne pas rire devant l’incongruité de certaines scènes – ainsi que dans les thèmes abordés par les différentes vignettes qui s’évertuent à tourner en ridicule notre société de consommation, le tout accompagné de musique noise et d’effets spéciaux bien crades. Un film québécois qui risque d’en rebuter certains et de fasciner les autres. En reprise le 29 juillet à 23h55. par Jason Paré

Save

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About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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