Fantasia 2015, prise 3

Maman, c’est fini! Bien que quelques projections spéciales se soient ajoutées, le festival Fantasia prenait officiellement fin mercredi, le 5 août 2015. Voici donc la dernière mouture de notre couverture du festival, y compris les critiques des très attendu Turbo Kid et Cop Car (Kevin Bacon était présent à la projection!), dont l’édition 2015  ne nous a absolument pas déçus!

On vous rappelle qu’en 2016, le festival fêtera son vingtième anniversaire, ce qui promet d’être ma-la-de. D’ici là, on n’a qu’à prendre son mal en patience et à suivre les dates de parution et distribution des titres manqués. Par ailleurs, plusieurs films sont déjà disponibles sur la boutique iTunes du festival, qu’on vous invite à visiter sans tarder! 

Cop Car

Cop Car de Jon Watts / États-Unis / 2015 / 88 min.

 On se permet une petite digression en dehors du domaine de l’horreur et de l’étrange pour vous parler de Cop Car, une comédie noire mettant en vedette Kevin Bacon, présent lors de la projection du film et accompagné du réalisateur Jon Watts (Clown). Une histoire très simple, épurée de tout excédent, drôle, directe et efficace. Deux jeunes garçons se promènent dans un champs et tombent par hasard sur une auto-patrouille stationnée dans un boisé. Plutôt excités – mais aussi craintifs – face à leur découverte, et constatant qu’il n’y a personne aux alentours, les deux gamins poussent leur investigation plus loin : en plus de découvrir que l’une des deux portières est déverrouillée, ils trouvent les clés une fois à l’intérieur. C’est ici que commence une virée à toute allure au volant du cop car, ainsi qu’une succession de jeux dangereux avec les armes et autres équipements trouvés dans la bagnole, créant quelques fois un malaise chez le spectateur (comme lorsque l’un d’eux enfile un gilet par-balle et demande à son ami de tirer dessus afin de le tester). Tandis qu’on suit en parallèle les mésaventures du propriétaire de la voiture (Kevin Bacon), un shérif corrompu mêlé à une sordide histoire de drogue, le ton léger du film devient progressivement tragique jusqu’à une finale explosive et particulièrement émouvante. En plus de l’interprétation solide de Bacon et des deux autres adultes du film (Camryn Manheim et Shea Whigham), ce sont les deux jeunes garçons qui impressionnent. Par leur jeu, mais aussi grâce à la finesse et à la crédibilité des dialogues, suffisamment naïf pour faire vrai, mais évitant de sombrer dans la caricature. Une très belle réussite qui devrait trouver son public assez facilement. par Jason Paré

anima state

Anima State de Hammad Khan / Pakistan / 2013 / 90 min.

 Un homme au visage recouvert de bandages abat quatre jeunes dans un parc. Quittant les lieux sans encombre, il se dénonce lui-même à un flic. Ce dernier ne réagit pas à sa confession et lui demande de circuler. Il l’abat lui-aussi. « Pourquoi portes-tu ce bandage? » lui demande sa prochaine victime. « Car ma tête va exploser » lui répond le tueur. Entrecoupé de films d’archives (autant des actualités que des longs métrages de fiction), Anima State est un animal étrange, à l’esprit profondément punk et provocateur. Un cri de désespoir d’un Pakistanais qui semble craindre fortement les dérives qui accablent son pays entre-déchiré entre son passé d’ancienne colonie britannique et ses propres contradictions politiques. S’en prenant autant aux médias et aux politiciens qu’à l’Islam, le réalisateur Hammad Khan ose aborder les questions qui font mal, mais toujours d’une manière métaphorique, évitant ainsi de tomber dans un discours lourdement moraliste. Par exemple, pour démontrer qu’une forme de lynchage public s’est transposé de la rue aux réseaux sociaux, le personnage principal est tabassé lors d’une scène par une bande de voyous armés de claviers d’ordinateur et arborant sur le visage des tatous « électroniques » comme un arobase (@). Bref, Anima State propose dont à la fois une illustration de l’état d’âme de son personnage et de son pays, le mot « state » (état) prenant ici un double sens. Le cinéma underground n’est pas mort et c’est une bonne nouvelle. par Jason Paré

turbo kid

Turbo Kid de François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell / Canada / 2015 / 95 min.

Mise en contexte : 1997, post-apocalypse – la Terre, coincée dans la culture pop des années 80, endure la sécheresse et les vestiges d’un monde qui fût. La routine de The Kid (Munro Chambers), l’orphelin solitaire à dos de BMX, est bouleversée alors qu’Apple (Laurence Leboeuf), une jeune fille enthousiaste, s’assoit sur la balançoire qui lui est voisine, tandis qu’il est absorbé par la lecture de sa bande dessinée favorite : Turbo Rider. D’abord méfiant, The Kid finit par accepter l’apparition pétillante, mais leur relation éclot à peine que Zeus (Michael Ironside), le barbare sadique et sa bande de bourreaux, kidnappe la nouvelle amie, obligeant The Kid à devenir un héros malgré lui. À priori un court métrage, T is for Turbo, le trio de réalisateurs de Roadkill Superstar nous livrent enfin la version grand écran. Avec Turbo Kid, les promesses sont tenues : le film, loin de se prendre au sérieux, se soucie pourtant grandement de l’univers qu’il crée. Que ce soit les costumes, les accessoires ou alors les effets sonores et la musique (Le Matos, un groupe montréalais et en soi un des meilleurs éléments du film), chaque détail nous plonge non seulement dans une douce nostalgie, mais nous rend envieux de cette aventure à laquelle on aimerait se joindre. Les performances sont en symbiose avec l’énergie du film : parfois exagérées, mais toujours colorées et justifiées, ayant comme seule mission de divertir. Fidèle aux films précédents des RKSS, le sang gicle à fond et rend heureux, ponctuant l’histoire à la perfection, car l’action n’y est pas qu’excitante : elle surprend et fait rire. L’expérience est vite consommée, mais reste avec l’audience. Avec sa fraîcheur, son originalité et l’adoration que lui porte le public, Turbo Kid se taillera-t-il une place sur l’étagère des films cultes ? Une collaboration spéciale de Laura Antohi, réalisatrice de « Let it out » et caméraman/monteuse chez Anemic & Kinetic.

cub

Cub de Jonas Govaerts / Belgique / 2014 / 85 min.

Un groupe de scouts et ses moniteurs partent à la campagne pour un week-end de camping. Parmi eux se trouve Sam, un garçon de 12 ans au passé trouble. Autour d’un feu de camp, les moniteurs racontent aux jeunes la légende de Kai, un garçon sauvage qui se transforme en loup-garou à la tombée la nuit pour dévorer ceux qui rôdent dans les bois. En arpentant les alentours du camp, Sam fait plusieurs découvertes qui prouvent que Kai est loin d’être une simple histoire d’épouvante. Devant l’incrédulité des moniteurs et de ses troupiers, Sam doit tout faire en son pouvoir pour se défendre contre Kai, mais aussi contre les pièges mortels d’un mystérieux tueur qui s’en prend à ceux qui s’aventurent dans sa forêt. Les personnages d’adultes et d’enfants évoluant dans cette histoire sont bien conçus. Ils sont mis en place pour révéler les dessous malsains et les abus de pouvoir verbaux et psychologiques de l’environnement social en apparence inoffensif d’un groupe de scouts, mais ultimement pourri de l’intérieur. À la réalisation, Jonas Govaerts impressionne. Il mélange habilement l’humour noir avec les conventions du récit initiatique, du suspense et des films de slashers. Il ne se gêne pas pour montrer aux spectateurs que Cub n’est pas un film pour toute la famille, même si les personnages centraux sont des préadolescents. Ici, même les enfants, habituellement immunisés contre les sévices dans les films d’horreur, ont autant de chances que les adultes de ne pas se tirer vivants des menaces qui les guettent. Cub est un très bon divertissement qui montre ce que ça donnerait si Rock Demers produisait des Contes pour tous destinés aux amateurs d’horreur. par Sébastien Bourget

fatal frame

Fatal Frame de Mari Asato / Japon / 2014 / 105 min.

Dans un couvent pour jeunes filles, la disparition mystérieuse d’une étudiante nommée Aya suscite l’inquiétude chez ses consœurs, qui lui vouaient une grande admiration. C’est alors que des phénomènes étranges débutent dans les couloirs du couvent. Plusieurs étudiantes sont victimes de somnambulisme pendant lequel elles performent un rituel d’adoration d’Aya. Le tout culmine avec les apparitions d’un spectre ressemblant à Aya qui se manifeste aux étudiantes en leur demandant de briser sa malédiction. Michi, l’une des étudiantes, entreprend de lever le voile sur la disparition d’Aya et sur la malédiction qui s’est abattue sur le couvent. Ceux qui s’attendent à une adaptation de la série de jeux vidéo de survival horror du même nom seront déçus. On nous propose plutôt une transposition à l’écran du roman Une malédiction qui affecte seulement les filles, qui est en fait un produit dérivé de cette franchise de jeux. Après leur déception initiale, les gamers verront qu’elle comporte autant de points positifs que de faiblesses. Du côté des plus, la réalisation absolument somptueuse de la réalisatrice Mari Asato vaut le détour. Toutes les scènes sont filmées avec délicatesse et professionnalisme, conférant au film des qualités visuelles remarquables. Les problèmes surviennent au niveau du scénario et du rythme de l’intrigue. À l’opposé des jeux dont il est issu, ce film n’est pas effrayant. L’histoire s’efforce de créer un suspense surnaturel aux multiples rebondissements, dont certains s’avèrent inutiles. Cette surcomplexification du récit ajoute au film une vingtaine de minutes de trop, rendant son visionnement pénible par moments. Fatal Frame échoue dans sa tentative d’être une bonne adaptation d’un jeu vidéo, mais trouve sa place dans l’univers de cette franchise multiplateforme. par Sébastien Bourget

The invitation de Karyn Kusama / États-Unis / 2015 / 99 min.

the invitation

Will et sa nouvelle copine sont conviés par son ex-femme, Eden, à un souper qui le réunira avec des amis qu’il n’a pas vus depuis qu’un drame familial est survenu dans sa vie il y a deux ans. À son arrivée dans la luxueuse maison qui était jadis la sienne, Will renoue avec ses potes et fait aussi la connaissance de David, le nouveau copain de son ex. Alors que les retrouvailles vont bon train, Will remarque certains comportements suspects chez ses hôtes. Entre autres, les portes de la maison qui sont systématiquement verrouillées et la présentation d’une vidéo par David et Eden faisant la promotion d’un groupe d’aide psychologique auquel ils ont adhérés qui ressemble à une secte. Plus la soirée avance, plus Will est sur ses gardes en étant confronté à des souvenirs douloureux de son ancienne vie et à l’ambiance étrange qui s’émisse parmi le groupe d’invités. Envahi par la paranoïa, il est persuadé que David et Eden fomentent un plan aux conséquences funestes pour lui et ses amis. Le déroulement des évènements de la soirée lui donnera raison. Quinze ans après des débuts fracassants avec Girlfight, Karyn Kusama fait un retour au cinéma indépendant avec ce suspense efficace d’un bout à l’autre. Les personnages qu’elle met en scène dans ce huit clos sont bien développés et réservent leur lot de surprises aux spectateurs. S’attaquant pour la première fois à un suspense, la réalisatrice met habilement en place les éléments de l’intrigue avant de passer en quatrième vitesse avec un acte final aussi inattendu que brutal. The Invitation se veut un film efficace qui vaut le visionnement. par Sébastien Bourget

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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