Fantasia 2015, prise 1

La 19e édition du festival a enfin débuté! Une poignée d’irréductibles de votre blogue favori brave les files interminables et les miaulements du public pour vous livrer leurs impressions sur les films au programme. Voici ici critiqués les longs-métrages visionnés entre les 14 et 20 juillet inclusivement.

brigdend

Bridgend de Jeppe Rønde / Danemark / 2015 / 99 min.

Un chien se promène dans une forêt. Il renifle, suivant la trace de quelqu’un. On change de plan. Un jeune homme est mort, pendu à un arbre dans une position à genoux, comme s’il serait en train de faire une prière. S’inspirant d’une vague de suicides s’étant produit dans la ville de Bridgend au Pays de Galles (79 suicides entre 2007 et 2012), cette production danoise met en vedette l’excellente Hannah Murray (Game of Thrones) et présente un mélodrame particulièrement étrange. Enveloppé d’une photographie grisâtre et pluvieuse, le film ne cherche pas vraiment à nous donner des explications sur les tristes événements. Entre des parents impuissants et des adolescents autodestructeurs, c’est la nature environnante qui semble pousser les jeunes à s’ôter la vie, comme si une vieille malédiction planait sur ce petit village isolé et dont l’unique échappatoire serait la mort. Récemment déménagée avec son père policier, Sara (Murray) se laisse à son tour entraîner par la mélancolie de ses nouveaux amis jusqu’à une finale profondément sombre et poétique. À la fois dépressif et bouleversant, Bridgend parvient à traiter d’un sujet aussi rébarbatif que le suicide adolescent sans sombrer dans le drame lacrymal, ce qui est un exploit en soi. Cette belle réussite, premier long métrage de fiction de Jeppe Rønde, mérite amplement le détour. Souhaitons qu’il y aura une sortie conséquente au Québec. par Jason Paré

the hallow

 

The Hallow de Corin Hard / Irlande et Royaume-Uni / 2015 / 92 min.

Avec son lot de leprechauns, banshees et autres créatures fantastique, l’Irlande possède l’un des folklores européens les plus célèbres et fascinants. The Hallow éveille les légendes avec l’histoire d’un couple qui emménage avec son bébé en campagne. Environnementaliste, Adam s’aventure souvent dans les profondeurs de la forêt, au dam des villageois et des créatures des bois. Dès le départ, les incidents se multiplient, toujours plus graves, et la tension aussi épaisse que le brouillard du fleuve Shannon. Bien vite, les parents doivent protéger leur enfant, convoité par les fées, au risque de leurs propres vies…Malheureusement, avec des personnages peu développés et des explications sur le folklore irlandais qui se font désirer, le rythme haletant ne suffit pas à supporter le film, qui a tendance à étirer la sauce.  Des éléments sont intégrés au récit sans pourtant l’affecter- le livre de conte de fée, par exemple, ou encore ce voisin insistant qui ne fait au final rien du tout, alors qu’on s’attend sans cesse à son intervention. Par contre, l’amour que porte Corin Hardy (Let them Prey, Cherry Tree) à ses créatures transparait à travers leur traitement, un équilibre parfait de maquillage, d’animatroniques et de CGI. Les vieilles légendes étaient formelles : les humains devaient respecter le territoire des wee people, un message ici servi à la saveur écologiste, alors que ceux-ci s’indignent de voir leur territoire violé par les humains. Devant la nature sauvage de la forêt et des montagnes, chaque manifestation de la civilisation fait figure de tache. Un film d’horreur honnête, quoi, qui ne réinvente rien mais offre tout de même un bon divertissement. par Élise Lucie Henripin

roar

Roar de Noel Marshall / États-Unis / 1981/ 92 min.

Hank, un chercheur zélé, veut prouver que des humains peuvent être acceptés parmi une meute d’animaux sauvages et ultimement vivre en harmonie avec eux. Pour valider sa théorie, il s’est installé en solitaire dans un ranch en Afrique dans lequel il cohabite avec des dizaines de lions, tigres, jaguars et éléphants en liberté. Ce fragile équilibre est brisé lorsque l’épouse et les trois enfants du chercheur viennent le rejoindre pour un paisible séjour en famille. Le hic est que ces derniers ignorent totalement que le paternel partage aussi sa vie avec des créatures féroces. Suite à un quiproquo, Hank, séparé de sa famille, doit braver les obstacles pour retourner auprès d’elle, tandis que celle-ci tente de survivre aux attaques répétées des dangereux félins qui peuplent le ranch. Côté personnages, ne comptez pas sur Roar pour vous offrir des protagonistes finement développés. Hank (Noel Marshall), son épouse Madelaine (Tippi Hedren) et ses enfants (entre autres, une jeune Mélanie Griffith) incarnent les personnages les plus malchanceux vus au cinéma. Chacune de leurs tentatives d’échapper à la horde de dangereux animaux se conclut par des échecs aussi lamentables que ridicules, au plus grand plaisir des spectateurs. La mise en scène est un véritable exploit. Les acteurs et l’équipe technique ont tourné avec des animaux sauvages non dressés autour d’eux pendant un tournage qui s’est échelonné sur 10 ans. Le résultat est spectaculaire dans sa témérité alors que nous voyons les acteurs, sans l’aide d’aucun cascadeur, se faire attaquer par des animaux aux comportements imprévisibles. Roar vaut le déplacement afin d’assister au résultat d’un des tournages les plus dangereux jamais réalisés et pour voir un film unique en son genre. par Sébastien Bourget

Deathgasm4

Deathgasm de Jason Lei Howden / Nouvelle-Zélande / 2015/ 90 min.

Brody, un ado fan de musique heavy metal emménage dans une famille d’accueil et a du mal à s’adapter à son nouveau milieu de vie. Entre deux cours, il fait la connaissance de Dion et Giles, deux nerds passionnés de jeux de rôles, ainsi que de Zakk, un féru de musique métal. Tous les quatre forment leur propre groupe. Tout bascule lorsque Brody et Zakk entrent en possession de partitions de musique supposément maudites. Pour vérifier si la légende est vraie, les quatre ados décident de les interpréter. Cela libère de l’enfer des entités diaboliques qui s’emparent du corps des vivants pour plonger le monde entier dans les ténèbres. Qui sont les seuls à pouvoir nous sauver de cette apocalypse? Nul autre que nos quatre métalleux. Côté personnages, le film ne se complique pas la vie et reste dans les stéréotypes. Les métalleux ont l’âme torturée, les nerds sont gras et affublés de grosses barniques, etc. Qu’à cela ne tienne, tous les acteurs donnent leurs 110% pour faire en sorte qu’on passe un très bon moment avec eux en les voyants démembrer des démons à coups de scies mécaniques et de vibrateurs. Le réalisateur Jason Howden s’inspire avec dynamisme des éléments clés des comédies d’horreur cultes. On remarque beaucoup d’emprunts stylistiques à Sam Raimi et Peter Jackson. Howden ne se gêne pas pour répandre l’hémoglobine par gallons et privilégier les maquillages terrifiants et l’animatronique pour le plus grand bonheur des spectateurs. Si Evil Dead 2, Braindead et Shaun of the Dead fusionnaient avec le heavy metal, Deathgasm en serait indéniablement le résultat. par Sébastien Bourget

a christmas horror story

A Christmas Horror Story de Grant Harvey, Brett Sullivan et Steven Hoban / Canada / 2015 / 99 min.

 Noël en juillet? Pour les maniaques du temps des Fêtes, impossible de résister à la tentation du film d’anthologie délirant du trio connue pour la franchise Ginger SnapsA Christmas Horror Story, davantage Trick’r’Treat que ABCs of Death, entremêle quatre récits qui prennent place la veille de Noël dans une même ville, avec comme fil rassembleur une émission de radio locale tenue par William Shatner, en DJ un peu porté sur le lait de poule. Comme tout film d’anthologie, certains récits sont plus réussis que d’autres. Malgré une fin trop vite remballée, celui impliquant une famille qui, sortie choisir son sapin, se retrouve aux prises avec un changeling, est sans aucun doute le plus réussi, suivi par celui du père-noël combattant ses lutins terrassés par une épidémie zombie. Dans une autre, Krampus se fait attendre, mais le maquillage du démon est assez spectaculaire pour excuser sa présence trop timide, et l’intrigue mince à laquelle il est mêlé. L’histoire la plus faible, qui n’a de Noël que de vagues échos du récit de la Nativité, met en scène une formule maintes fois éprouvée: une équipe de cinéastes amateurs enfermée dans une école hantée. Dans l’ensemble, même si le rythme est parfois lent,  le sang dégouline, les jump scares font légion et l’humour bien dosé prouve qu’on ne se prend pas trop au sérieux. par Élise Lucie Henripin

ludo

Ludo de Q et Nikon / Inde / 2015 / 90 min.

Présenté en première mondiale et comme film d’ouverture de la section « Camera lucida », Ludo suit quatre jeunes indiens qui, après une soirée bien arrosée, souhaitent louer une chambre d’hôtel pour batifoler avec leur amoureux(se). Une chose qui semble particulièrement ardue à Bombay, le certificat de mariage et le passeport étant des prérequis nécessaires (des papiers que nos tourtereaux n’ont bien sûr pas). Comme ils ne peuvent pas faire ça à la maison (leurs parents les tueraient), les quatre adolescents décident dont d’entrer par effraction dans un centre commercial après l’heure de fermeture et de profiter de l’air climatisé (comme tout le monde sait, faire l’amour ça donne chaud). Une fois les préliminaires amorcés, ils sont brusquement interrompus par deux itinérants qui s’avèrent en réalité être des entités démoniaques assoiffées de sang. Débute alors une partie de dés plutôt inquiétante et mortelle. Parvenant à capter notre intérêt pendant la première demi-heure, Ludo devient franchement ennuyant lorsque les adolescents se mettent à jouer aux dés. Q et Nikon – présents lors de la projection – ont bien beau nous présenter des scènes sanglantes accompagnées de sons distorsionnés, ce Ouija indien s’avère davantage agressant qu’angoissant, voire lassant à la longue et rate complètement sa cible. La confusion règne, le manque d’idées transparaît à l’écran et le spectateur regarde sa montre en se demandant ce qu’il fait dans cette galère. par Jason Paré

terror of frankenstein

Director’s Commentary: Terror of Frankenstein de Tim Kirk / États-Unis / 2015 / 92 min.

Ce film commence par l’activation de l’option des commentaires du réalisateur dans le menu DVD du long métrage de 1977 Terror of Frankenstein (qui existe réellement). Quand le film débute, nous entendons les voix de Gavin Merrill et David Falk, respectivement le réalisateur et le scénariste de cette adaptation du roman de Mary Shelley. Ils enregistrent cette piste audio pour capitaliser sur le regain d’intérêt de leur film dans la culture populaire suite à des évènements insolites impliquant des membres de la distribution et de l’équipe technique. Plus le film avance et plus nous découvrons, grâce aux anecdotes tragi-comiques des deux hommes, qu’une histoire de meurtre bien plus horrifiante que celle qu’ils ont mise en scène dans leur film s’est déroulée pendant son tournage. Tout au long de ce long métrage, les personnages principaux sont présents uniquement par le son de leur voix. Cela est loin d’empêcher le légendaire Clu Gulagher (Merrill), Zack Norman (Falk) et, plus tard, Leon Vitali (dans son propre rôle) d’offrir des interprétations musclées, alors que leurs personnages passent par toute la gamme des émotions lorsqu’ils enchainent les anecdotes sérieuses, drôles, touchantes et troublantes autour desquelles se bâtissent la véritable et inquiétante intrigue qui se cache derrière le film. Côté réalisation, un travail important a été accompli par Tim Kirk au niveau de la scénarisation et du montage sonore pour rendre cet exercice de style attrayant pour les spectateurs. Il a su créer de toute pièce une histoire fictive et passionnante qui s’articule autour d’un film n’ayant aucun lien avec ces faits. Bref, voilà une variante plus qu’intéressante du concept popularisé par Mystery Science Theatre 3000. par Sébastien Bourget

we are still here

We Are Still Here de Ted Geoghegan / États-Unis / 2015 / 84 mins

Suite à la mort tragique de leur fils, Anne et Paul décident de laisser les mauvais souvenirs derrière eux en déménageant dans une vieille maison à la campagne. Peu de temps après, Anne est témoin de quelques évènements insolites se produisant dans les différentes pièces de la résidence. Elle est certaine qu’ils sont dus à la présence de l’esprit de son fils qui l’a suivi. Pour vérifier sa théorie, elle invite un couple d’amis, versé dans le spiritisme, à entrer en contact avec cette présence. Suite à quelques apparitions effrayantes et hostiles, le groupe comprend qu’ils sont plutôt en présence de trois entités assoiffées de sang qui ne reculeront devant rien pour chasser de leur maison les nouveaux occupants. Une excellente distribution de vétérans de l’horreur est rassemblée ici pour camper des personnages crédibles et bien ficelés. C’est avec plaisir que nous les voyons donner tout ce qu’ils ont dès leurs premières scènes, jusqu’à leurs morts sanglantes. Chapeau à Barbara Crampton qui tient le film sur ses épaules et à Larry Fassenden dans un rôle de soutien inoubliable. Pour son premier film, Ted Geoghegan se fait plaisir en réalisant cette lettre d’amour rendant hommage à House by the Cemetery de Luccio Fulci. Les références sont nombreuses, tel le nom des personnages, la maison hantée et l’abondance de gore. Les admirateurs du genre seront heureux de finalement voir un film de fantômes ne pas se gêner pour étaler les gallons de sang à profusion aux dépens des sacrosaints sursauts usés à la corde dans ce type de productions. Goeghegan offre un effort plein de promesses pour la suite de sa carrière. par Sébastien Bourget

Le deuxième article de la couverture du festival Fantasia 2015 sera publié le 29 juillet.

les trois

Élise Lucie Henripin, Sébastien Bourget et Jason Paré

 

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


close
Facebook IconTwitter Iconfacebook like buttontwitter follow button
%d blogueurs aiment cette page :