L’Exorciste : une œuvre culte, en plusieurs dérivés!

Le 12 janvier dernier, les adeptes de l’horreur apprenaient avec tristesse le décès de William Peter Blatty, un auteur qui a littéralement engendré un tournant dans l’univers de l’épouvante. En effet, ce romancier est bien connu, principalement pour L’exorciste, un livre publié en 1971 qui a fait tout un tabac! Et pas juste à l’époque… Qui, de nos jours, ne connaît pas cette histoire effrayante de jeune fille possédée par un démon maléfique? Ou l’un de ses dérivés?

Mais L’Exorciste, ce n’est plus qu’un livre… Depuis, il y a eu un film et ses suites (au nombre de trois : L’Exorciste 2, L’Exorciste 3 et L’Exorciste : le commencement, qui ne sont pas des adaptations du livre de Blatty, mais celui-ci a participé à la scénarisation de certains) et, depuis 2016, une télésérie! Le tout sans compter les nombreuses œuvres qui se sont inspirées d’une partie ou d’une autre du roman, ainsi que les parodies de toutes sortes.

La question primordiale ici est : la série en vaut-elle la peine, comparée au livre et au film de 1973? On vous propose donc un comparatif entre ses trois productions, en espérant titiller votre intérêt et créer un véritable engouement pour L’Exorciste, peu importe la variante choisie!

L’Exorciste, d’abord un roman effrayant

première édition Exorciste 1971

Roman The Exorcist, 1ere édition, 1971

Plusieurs personnes ont été complètement terrifiées en lisant ce livre, qui venaient les toucher au plus profond de leurs croyances ou de leurs craintes. L’histoire est connue : une jeune fille innocente (Regan), dont la mère (Chris) est une actrice célèbre, joue avec un jeu de Ouija et se retrouve possédée par une entité démoniaque. Cet être maléfique l’utilise pour profaner des églises et désire, ultimement, s’approprier l’âme de Regan et son corps. Pour la faire mourir. De nos jours, les romans et les films de ce genre prolifèrent, mais, en 1971, ils étaient beaucoup moins fréquents et, comme la plupart des gens étaient de fervents chrétiens, très souvent pratiquants, la possession de cette fillette les touchait sur plusieurs des valeurs les plus fondamentales de leur vie. Le fait que le prêtre soit aussi psychiatre ajoutait une autre perspective à l’histoire, en plus de créer des doutes raisonnables quant au réalisme de la possession elle-même. Les gens étaient donc déboussolés, ébranlés dans leurs croyances les plus profondes.

Commençons par dire que, si vous vous débrouillez en anglais, le roman en langue originale est beaucoup plus agréable à lire que la version traduite. Cette dernière se permet de couper et d’ajouter des scènes, en plus de ne pas respecter l’essence même de l’histoire (personnellement, le livre a pris le bord après 50 pages, et je me suis rabattue sur la version originale anglaise). The Exorcist se révèle être un roman lent (parfois un peu trop), mais efficace. La possession se fait progressivement, l’ambiance se renforce au fil des pages et les scènes avec le démon sont d’une horrifique précision. Le lecteur passe par toutes les gammes d’émotions, jusqu’à la finale choc, où il est complètement subjugué!

Un film fidèle au livre, mais…

Le film, réalisé par William Friedkin, présente de fortes similitudes avec le roman, donc, on commencera par comparer ces deux médias. La chronologie de l’histoire est la même, les décors sont justes (parfois même identiques à la description qui en est faite dans le roman), les personnages sont bien rendus et les scènes qui créaient une certaine longueur littéraire ont été écourtées ou coupées. Par contre, certaines différences sont notables et peuvent s’avérer intéressantes.

Exorciste William KindermanCes dernières se remarquent surtout au niveau de l’enquête policière sur la mort du réalisateur (Burke Dennings, un ami coloré de Chris), qui est considérée d’origine accidentelle, mais pour laquelle le policier (William Kinderman) entretient de nombreux doutes. Tout d’abord, le policier à l’écran est plus caricaturé, limite niais (un peu à la Columbo), mais celui du roman s’avère être perspicace, tenace et intelligent, même s’il est un peu irritant, avec ses façons détournées et ses interrogatoires en longueur (ils ne finissent plus!).

De plus, tout un pan de l’enquête concernant les allées et venues du domestique de Chris, Karl, est complètement escamoté dans le film (ce qui n’est pas une mauvaise chose pour éviter les longueurs), mais il est plaisant de découvrir cette facette dans le livre. Ça ajoute au côté mystérieux et aux pouvoirs démontrés par le démon. Et, dans la version littéraire, une des « profanations » faites à l’église consiste en un texte écrit en latin et relatant une relation homosexuelle détaillée entre Marie Madeleine et la mère de Jésus, ce qui était peu courant dans les années 70. Il y a d’ailleurs plus d’informations concernant ces événements et leur lien avec le démon qui habite Regan (les liens sont parfois implicites dans le film, donc pas toujours clairs pour l’auditeur).

Certains personnages prennent aussi plus de place, ce qui permet de comprendre plus d’éléments de l’histoire et d’apprécier davantage le crescendo de la déchéance, du désespoir et de la détresse de la famille et de son entourage. Quelques éléments sont ajoutés pour le film, certains cocasses (la souris au grenier, le psychiatre qui se fait attaquer), d’autres, plus visuels (visage démoniaque qui apparaît par plans-éclairs), mais le tout dans un effet saisissant.

Un film réussi sur plusieurs aspects

Exorciste scène escaliersMême pour les normes d’aujourd’hui, le film est bien réussi, les effets spéciaux sont bien faits (même si le plus apeurant demeure de découvrir les méthodes médicales de l’époque; juste à voir le sang sortir de la jugulaire ou le bruit provoqué par le scanneur, on a des cauchemars pendant des jours! Et le temps que les médecins prennent pour référer Regan à un psychiatre, ouf!) et l’angoisse transparaît efficacement, notamment grâce à la trame sonore. Et que dire de la descente d’escalier, la tête vers le sol, en position du pont (version rematricée seulement)? Tout à fait terrifiante! Dans le livre, une touche y est même ajoutée : Regan suit l’employée de sa mère sur une longue distance de cette façon! À frissonner!

L’interprétation est époustouflante! Linda Blair est plus qu’inquiétante en jeune fille possédée, et Max von Sydow (le père Merrin), incroyable en exorciste. Ellen Burstyn (Chris) traduit le rôle de mère inquiète et épuisée à merveille, et Jason Miller (le père Karras) ajoute encore plus à la crédibilité des personnages. Les autres acteurs campent également très bien leur rôle. Personne n’a envie de rire en les voyant! On ressent au contraire toute la détresse les habitant.

Bref, une adaptation juste et efficace d’un roman terrifiant, un classique à voir absolument!

La série The Exorcist, une variante moderne et terrifiante

série The-Exorcist-2016En 2016, la chaîne FOX a présenté une série de 10 épisodes, également intitulée The Exorcist. Plusieurs adeptes étaient enthousiastes; d’autres, craintifs, mais tous étaient curieux de voir ce qui en résulterait. La série relate l’histoire de la famille Rance. La mère, Angela (jouée par Geena Davis), constate de nombreux changements mystérieux chez une de ses deux filles et, en fervente croyante, demande l’aide du père de sa paroisse. Celui-ci, nommé Ortega, est un jeune homme ambitieux et dévoué. Il accepte de rencontrer la jeune fille, mais aura des surprises… Une variante plus moderne de l’œuvre originale, mais toujours aussi terrifiante.

Le début de la série (les 2-3 premiers épisodes) est plutôt lent, mais, lorsque l’action prend forme, ça déboule! Les clins d’œil au roman et au film sont nombreux : les têtes/parties du corps qui tournent à 360°, les marches en pont la tête inversée, la fille possédée et sa mère désemparée, le père-exorciste expérimenté qui oriente son jeune collègue, le jeune homme d’église qui doute, l’enquête policière parallèle, les exorcismes eux-mêmes, le jeu de Ouija, la présence du capitaine Howdy et de Pazuzu, etc.

série exorcist double irisCependant, de nombreuses touches viennent s’ajouter : le côté plus politique de l’Église, les démons ainsi que les personnes qui leur vouent un culte et les invoquent par de sordides rituels meurtriers, le côté psychiatrique plus exploité avant l’exorcisme, les religieuses qui sont aussi des exorcistes, le côté plus réaliste (entre autres, les têtes qui tournent à 360° entraînent la mort, ce qui est un bon point pour la série!), la sexualité dans le clergé, les animaux qui ressentent les présences démoniaques, etc. Mon élément préféré ajouté : les doubles iris! Brrr… Et que dire de la surprise de taille qui attend l’auditeur lors du 5e épisode! Wow! J’en ai encore des frissons!

Le défi des réalisateurs était de taille : réussir à capter les passionnés de l’horreur et des œuvres des années 70, renouveler le tout pour éviter le réchauffé et attirer de nouveaux (et souvent plus jeunes) adeptes. Je dois admettre que je partais sans attentes, pour ne pas être déçue. Cependant, la série m’a conquise!

Un succès à plusieurs niveaux

Les acteurs sont exceptionnels : Geena Davis est la plus remarquable! Mais les autres ne sont pas en reste : Alfonso Herrera (Sense 8) et Ben Daniels (House of Cards) font des exorcistes, dont les tourments transparaissent clairement à l’écran, tout à fait crédibles et complexes, et Hannah Kasulka (Filthy Preppy Teen$) mérite une mention spéciale pour le rôle de Casey : quelle intensité! Tout le reste de l’équipe supporte formidablement l’histoire, un jeu superbe!

série exorcist geena davisLa trame sonore et les plans ajoutent au côté inquiétant et sombre de la narration, et l’on ne peut que frémir et rester captivés tout au long de la série! Le générique d’ouverture, grâce à sa mélodie et à ses images en noir et blanc percutantes, ne peut qu’introduire admirablement une série horrifique qui se veut obscure et menaçante. Les intrigues sont intéressantes et variées. Bien que la classique « le prêtre aime une femme mariée » est un peu fade, le fait que le démon l’utilise contre Ortega (en plus de sa grand-mère décédée) ajoute une touche nouvelle, comparativement à la mère de Karras, qui était personnifiée par le démon pour le tourmenter.

Les scènes d’exorcismes et de possessions sont époustouflantes et d’un réalisme terrifiant. La série réussit à apeurer les plus endurcis, ce qui est tout à son honneur! En effet, de plus en plus de films culte reviennent sous forme de téléséries (Scream, Evil Dead, etc.), et les diffuseurs doivent s’assurer de saisir et, surtout, de garder l’intérêt pour tous les épisodes de la saison. Ce qui s’avère parfois un défi de taille, même pour les séries qui ne présentent pas d’horreur.

The Exorcist vaut franchement le détour et, comme les roman et film originaux, elle se termine sur une finale éclatante! Reste à voir si FOX succombera aux demandes des adeptes, qui réclament haut et fort (il y a même une pétition sur Internet) une deuxième saison… tout comme moi!

Pour ceux et celles qui n’ont pas lu le livre, vu le film ou regardé la série : n’attendez plus! Si vous êtes de vrais passionnés de l’horreur, vous adorerez certainement!

Merci, M. Blatty, d’avoir changé le visage de la terreur! Nous vous en sommes mortellement reconnaissants!

Marie Laporte

About Marie Laporte

Infirmière et réviseure le jour, Marie Laporte devient, la nuit, une exploratrice de l’imaginaire. Elle a longtemps été l’éditrice de Nocturne, le fanzine culte (qui a cédé la place à Nocturne, les charmes de l’effroi) avant de se joindre à l’équipe de Clair/Obscur.

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