Série Rue du Lac-Frisson: plaisir d’épouvante jeunesse

rue du Lac-Frisson Frédéric Raymond Phoenix

Pourtant habitué et fortement associé à la littérature d’horreur pour adulte et de surcroît très intense, Frédéric Raymond s’est lancé en 2016 dans l’écriture d’une série d’épouvante pour les plus jeunes. Un choix qui pourrait en surprendre plus d’un étant donné que Raymond est connu pour son rôle d’éditeur à la Maison des viscères, où sont publiées les histoires effrayantes les plus gores du Québec. De plus, il est l’auteur d’un roman sanglant traitant de cannibalisme ( Jardin de chair, Les Six Brumes, 2014) et du prometteur Pornovores ( à venir aux Six Brumes en 2018). Mais à l’image d’autres auteurs d’horreur s’étant essayé dans le genre jeunesse, Frédéric Raymond prouve la polyvalence de son talent avec la série La rue du Lac-Frisson, publiée aux éditions du Phoenix. 

arbre maléfique rue du lac-frissson frédéric raymondQuand mes élèves font une production écrite, j’aime bien, pour rigoler, faire un palmarès des meilleurs titres, des pires titres et des titres les plus rigolos. Bien que L’arbre maléfique ne soit pas un titre si mauvais (il ne se serait trouvé dans aucune catégorie…), la juxtaposition avec le titre du tome 2, La tourbière du cauchemar, lui aurait valu une place de choix dans le décompte des pires titres, surtout en n’oubliant pas que ces livres font partie de la série La rue du Lac-Frisson… Si le tome 3 arbore le titre de Clairière 666 ou Terreur dans le boisé, je le fais passer dans les titres les plus rigolos… Même si les livres s’adressent à de jeunes adolescents, ils ont droit à de bons titres originaux et accrocheurs, ne serait-ce que pour les inspirer lorsqu’ils se mettront à écrire des histoires à leur tour? En dépit  de ce petit manque de créativité, les deux premiers tomes de cette série sont assez savoureux.

À voir les titres, justement, le lecteur sait tout de suite qu’il s’embarque dans un univers où c’est la nature qui incarnera les forces du mal. Frédéric Raymond ne fait pas languir son lecteur en le mettant dans le feu de l’action dès les premières pages, dès la première rencontre entre les deux protagonistes. L’écriture de l’auteur est simple et efficace, certaines scènes font monter l’anxiété du lecteur et sont assez terrifiantes. Il arrive à capter l’attention avec un vocabulaire simple mais précis, et note assez intéressante, il garde le passé simple comme temps de narration, évitant ainsi les verbes au passé composé qui deviennent si populaires. Les jeunes lecteurs doivent se familiariser avec cette conjugaison s’ils veulent accéder aux classiques et aux romans pour adultes.

Ceci dit, j’ai vraiment passé un bon moment de lecture en compagnie de Simon, nouvellement arrivé au début de l’été sur la rue du Lac-Frisson, et son nouvel ami Mathieu. Simon se rend vite compte que Mathieu cache un terrible souvenir d’un certain arbre qui aurait avalé un de ses amis. Il se sentira étrangement attiré par cet arbre et les garçons commenceront leur enquête. Une planche de Ouija (comme dans Anna Caritas et même dans la série Scream Queens, Ouija revient décidément à la mode…) leur indiquera que le mal vient d’en-dessous, juste pour nous attirer vers le tome 2… Les scènes d’action où la nature se déchaîne contre les protagonistes sont habiles et intenses, il est presqu’impossible de ne pas plonger tête première et se laisser aller dans l’univers diabolique de Frédéric Raymond.

Pour couronner le tout, les illustrations de Mathieu Bellemare viennent alimenter l’imagination du lecteur de la meilleure façon. Les dessins sont magnifiques et originaux, en noir et blanc, s’étendant souvent sur deux pages, Bellemare a vraiment du talent pour illustrer cette intrigue, il donne aux éléments de la nature une allure véritablement terrifiante. Dans le tome 2, certaines pages sont en noir avec le texte en blanc pour mieux se fondre avec les dessins, je n’avais jamais vu cela, c’est splendide.

Une bonne expérience de lecture, à vous de ne pas laisser un titre ordinaire vous repousser…

Valérie Tremblay

About Valérie Tremblay

Originaire d'Abitibi-Témiscamingue, Valérie Tremblay est enseignante de français et d'espagnol au secondaire depuis 6 ans. En plus de ses études en enseignement, elle a terminé un baccalauréat en études hispaniques à l'Université Laval à Québec. Elle a écrit des chroniques de livres jeunesses de tous genres de 2010 à 2014 pour le webzine culturel Info-Culture.biz en parallèle avec sa carrière.

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