Élisabeth Simeone Otis : À la croisée du réalisme et de l’abstraction

Élisabeth Simeone Otis est une étudiante en littérature et une artiste visuelle dont les œuvres sont empreintes d’une émouvante sensibilité et d’une sombre poésie. Ses œuvres, évoquant souvent la thématique de la dualité, sont pourtant le fruit d’une incroyable maîtrise de l’équilibre entre le réalisme et l’abstraction. Cette maîtrise est sans aucun doute justifiée par un processus de réflexion et de préparation minutieux. Portrait d’une artiste dont l’évolution unique est d’une grande profondeur.

Héritiers de la libertés Elizabeth Simeone Otis

« Les Héritiers de la Liberté », acrylique et techniques mixtes, 16’’ x 12’’, 2014.

Comme Élisabeth utilise principalement la peinture acrylique et à l’huile comme médiums plastiques, je lui ai demandé de s’identifier à l’une de ses deux techniques. Étant donné qu’elle accorde beaucoup d’importance à la visualisation d’un projet avant sa concrétisation, elle affirme qu’elle s’identifie davantage à la peinture acrylique pour sa rapidité de séchage et ses résultats rapides. « Je réfléchis longtemps à mes concepts, aux choix de mes couleurs, aux objets et aux outils que je pourrais utiliser pour créer mes textures sur mes toiles et j’élabore des plans avant de m’exécuter. En ce qui me concerne, le travail préparatoire à la création plastique est primordial, dit-elle. » Elle ajoute que la peinture acrylique semble avoir la capacité de capturer le moment et d’être plus spontanée que la peinture à l’huile. De plus, elle s’y identifie davantage en raison de sa simplicité, caractéristique qu’elle vise en tant qu’être humain relativement complexe.

Une route progressive, naturelle et innée

Déjà bien ancrée dans la lecture et l’écriture, Élisabeth fit son exploration artistique initiale en 2002 lorsqu’elle commença à suivre des cours de peinture. Alors forcée de représenter une image existante en peinture, elle fut insatisfaite du résultat qui pour elle ne correspondait pas aux idées et aux concepts déjà établis dans son imagination. Malgré ses débuts concrets en arts plastiques, elle savait déjà fondamentalement que le réalisme ne devait pas constituer le début de son apprentissage plastique, mais plutôt l’abstraction : « J’ai rapidement compris que je devais préalablement m’exercer et développer ma technique avant de m’engager dans un projet d’une grande envergure. En prenant un certain pas de recul face à mes toiles abstraites qui mettent en scène des tons très contrastants de noir et de blanc et en repensant à cette scène que je tenais à peindre dès mon premier cours de peinture, je constate que je suis parvenue à donner une forme à cette dualité qui sommeillait en moi. Tandis que la figuration reproduit la réalité, l’abstraction la fait advenir. »

elisabeth simeone otis autoportrait

« Autoportrait », huile sur toile, 20’’ X 16’’, 2014.

Interrogée sur le lien unissant pour elle la littérature aux arts visuels, elle répond qu’elle se questionne quotidiennement à ce sujet. « Je ne saurais statuer quant à une véritable distinction entre l’artiste visuel et l’écrivain qui résident en moi, affirme-t-elle. J’ai l’impression qu’il y a certaines choses qui passent mieux par l’écrit, d’autres par l’image et vice-versa. En ce qui concerne mes écrits, je ne les considère pas dans un rapport de complémentarité avec mon art visuel. » Elle ajoute qu’elle s’attend à ce que ses écrits et son œuvre visuelle se rencontrent éventuellement et que les similitudes entre ces deux domaines se trouvent notamment pour elle au niveau de sa technique de travail. « Je disais un peu plus tôt que ce qui prédomine chez moi est l’élaboration préliminaire de la création, dit-elle. C’est autant le cas en peinture qu’en écriture. J’élabore un plan très (trop) détaillé parfois et ensuite je me lance dans la rédaction de chacune des parties de mon récit. »

Un événement déterminant et surprenant pour Élisabeth dans le cadre de son cheminement artistique est sans contredit sa rencontre avec le peintre Steve Otis pendant le Festival de peinture de Mascouche de septembre 2016. Heureux fruit du hasard, il se trouve que les deux artistes sont parents éloignés : « Les panneaux d’exposition qui nous avaient été attitrés se croisaient. Nous en avons donc profité pour faire plus ample connaissance. Non seulement j’ai eu l’agréable surprise d’en apprendre un peu plus sur mes origines (celles du côté de ma famille maternelle), mais j’ai su que Steve participerait également à l’un des prochains numéros de Clair/Obscur ! » Comme Élisabeth tentait de réprimer son affection pour la culture gothique afin de mieux se fondre dans la masse, elle fut rassurée de constater chez ce cousin éloigné un intérêt commun pour ce style esthétique. « C’est un peu comme si une mémoire du sang était active, dit-elle.  Je ne croyais pas à cette théorie avant de faire sa rencontre et voulez-vous connaître un fait encore plus incroyable, qui relève presque d’un récit de science-fiction ? La fille de Steve s’appelle également Élisabeth. Hasard ou coïncidence ? »

À la croisée des chemins : quand les sens contraires se rencontrent

Venin Elisabeth simeone otis

« Venin », acrylique sur toile, 14’’ X 22’’, 2016.

Questionnée sur son habileté à balancer avec brio des éléments contraires tels que le réalisme et l’abstraction ou les tons sombres et lumineux, Élisabeth affirme qu’elle est à la recherche d’un juste équilibre en vue d’obtenir une unité. Elle cite d’ailleurs l’artiste Piet Mondrian : « Une dualité équivalente forme l’unité absolue. » Elle ajoute à ce sujet que cette citation correspond à ce qu’elle souhaite faire transparaître à travers ses compositions en diptyques et qu’elle croit que les étoiles ont besoin de l’obscurité du ciel pour briller.

L’habileté de l’artiste à créer des points de fusion entre les dualités s’applique aussi à certains personnages symétriques présentant par exemple des couleurs inversées. Elle attribue ce genre de contraires à sa double identité culturelle et ethnique, étant née d’une mère québécoise et d’un père italien. « En règle générale, les gens ont tendance à concevoir une identité mixte comme une grande force et une incroyable richesse. En ce qui me concerne par contre, j’ai du mal à accepter que je doive vivre toute ma vie entre deux mondes. Un peu comme Dr Jekyll et M. Hyde ! » Cette sorte de combat intérieur la pousse à exprimer la question de la dualité dans son langage plastique, ce qui justifie son utilisation de surfaces doubles. « Je désire que cet équilibre recherché ou du moins cette division devienne sensible et réel pour le spectateur », mentionne-t-elle.

À la poursuite de sa voie

Elisabeth simeone otis les immaculés

« Les Immaculés », techniques mixtes, 16’’ x 12’’, 2014.

Dans la lignée de sa quête vers l’équilibre, Élisabeth travaille au développement d’une technique plastique par laquelle elle sera en mesure d’unir les tons sombres et clairs. Elle associe étroitement cette recherche à une réflexion constante sur l’acceptation de sa double identité culturelle. Côté littérature, elle termine actuellement son baccalauréat en études littéraires à l’UQAM et souhaite poursuivre ses études au deuxième cycle dans le but de faire une maîtrise en littérature. « Avec l’obtention de ces diplômes, j’aimerais enseigner la littérature ou les cours de Français traditionnels au niveau collégial, précise-t-elle. De plus, l’un de mes projets ou plutôt devrais-je dire de mes plus grands rêves serait d’écrire un roman et que celui-ci soit publié. Depuis des années, je suis animée par des idées de récits qui n’attendent que le moment opportun pour prendre vie sur le papier. »

Élisabeth vise la publication d’un livre qui serait pour elle synonyme d’un accomplissement personnel sans égal, accomplissement personnel qu’elle associe à l’idée de la formation de l’unité absolue. Toute l’équipe éditoriale de Clair/Obscur l’encourage fortement dans cette avenue !

On peut suivre son œuvre et son cheminement en visitant sa page Facebook à l’adresse http://www.facebook.com/eliepeintre/. Pour la contacter, on peut aussi la rejoindre à l’adresse elisabeth.simeone.otis@hotmail.ca.

Émilie Leger

About Émilie Leger

Émilie Léger est une artiste diplômée de design graphique vivant près de Montréal. Même si l’art numérique et l’écriture sont ses principaux moyens d’expression, elle priorise l’effet, la texture et l’émotion plutôt que le médium lui-même.

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