Ténèbres 2017: une réussite horrifiante!

Ténèbres 2017

C’est toujours un plaisir de se plonger dans les sombres pages de l’anthologie Ténèbres, car elle recèle chaque fois d’excellentes surprises et d’insidieux frissons glacés. L’anthologie de fantastique et d’épouvante est dirigée avec goût et professionnalisme par Benoît Domis qui la chérie et la faite grandir depuis 1998, d’abord sous forme de revue littéraire et, depuis 2007, sous la forme qu’on la connaît. Ténèbres 2017, disponible depuis juillet chez DreamPress, contient 21 nouvelles inédites en français dont 9 traduites expressément pour l’anthologie.

anthologie Ténèbres 2017

Illustration: Philippe Jozelon

Avec autant d’histoires sous la même couverture, ce n’est pas étonnant de retrouver une grande diversité dans Ténèbres. Non seulement dans le caractère des plumes de chaque auteur, mais surtout, dans les sous-genres de l’horreur. Ainsi on passe du conte gothique contemporain (Hulotte, Élodie Baussart) à la science-fiction horrifique (Tant que ça reste en famille, Jean-Marc sire) en passant par l’absurde (La Terreur du village, Sylvain Lamur) et l’humour noir (La Révolte des jouets gonflable, Robert Essig) sans oublier le fantastique traditionnel (L’Église sur le lac, Simon Kurt Unsworth et De l’autre côté du miroir, TLDorian). Zombies, Loups Garou, sirènes et autres créatures fantastiques ne sont pas en reste, très bien représentées par L’enfant des terres (Natalia Theodoridou), Passage en caisse (Alexandre Ratel), Les Loups de Vimy (David Jon Fuller) et Syndrome de Stockholm (Marilyn Bouchain).

Ténèbres 2017 ne fait subir aucune mauvaise lecture, mais bien évidemment, des nouvelles coups de cœur se démarquent du lot. Débutons par Passage en caisse d’Alexandre Ratel, une histoire de zombie pas comme les autres. Vous ne lèverez pas les yeux au ciel, promis! Avec un certain humour noir, vous découvrirez le quotidien angoissant d’une caissière d’épicerie. On a droit à une fin troublante et inattendue, en plus du rythme égal de la plume cinématographique. Parlant de fins surprises, Dernier baiser (Pascal Sacré) démontre une belle utilisation des contrastes pour surprendre le lecteur. Il s’agit d’une belle histoire d’amour qui focus sur le touchant tout en gardant un suspense efficace… jusqu’à sa fin cruelle qui survient en un revirement de situation génial! Quant à Creuser les morts (Jean-Pierre Favard), elle charme grandement avec son mélange fiction-Histoire-fantastique et remplie sa mission haut la main en matière d’ambiance et de mystères. Finalement, Derrière les Thuyas (Olivier Caruso) démontre bien qu’au cœur d’une banlieue tranquille peuvent se cacher les plus effroyables événements. Comme ces gens calmes et anodins dans lesquels se terrent les pires tordus. Une histoire qui repousse les limites et joue avec les fils de l’inacceptable. Certainement la nouvelle la plus audacieuse de l’anthologie.

On ne saurait remercier assez l’initiative de Ténèbres de rendre accessibles des textes traduits de l’anglais que ses lecteurs n’auraient peut-être jamais eu la chance de découvrir autrement. On pense entre autres à De quoi avez-vous besoin? (Milo James Fowler) qui provient du recueil Dark Visions 1, ce qui va très bien à cette nouvelle, car elle semble représenter une des milliers de cellules froides et noires de la folie. Mentionnons également De becs et de chair (George Cotronis) qui raconte la relation très hors-norme d’un homme et d’une femme possédés par le démon. Une histoire d’une étrange beauté qu’on se prend à lire une deuxième fois!

À la table des matières de Ténèbres 2017, on retrouve quelques nouvelles «extra-terrestres» qui, non moins intéressantes que les autres, créent néanmoins une rupture avec l’ensemble en brisant le «mood» fantastique horrifique. Parlons d’abord de Monstres (Jeff Carlson) où l’évolution de la psychologie du personnage est très bien rendue, mais le thème, trop démodé et son style beaucoup plus noir qu’horreur la fait détonner dans le paysage. C’est un peu le même cas pour Autopsie d’une rencontre (Dola Rosselet), qui s’inscrit plus dans la littérature noire et ne contient que de faibles éléments d’épouvante. Finalement, Mémoire et Grimoire (David Gibert), un des plus beaux textes de la cuvée 2017, est certes fantastique, mais n’est pas horrifique du tout et n’a pas sa place dans une anthologie nommée Ténèbres.

L’édition 2017 de Ténèbres est une véritable réussite, avec ses histoires d’une haute qualité, sa diversité et ses traductions de textes mémorables. En prime, les biographies des auteurs sont bien fournies d’excellentes lectures potentielles! L’anthologie Ténèbres 2017 est disponible en ligne ICI.

Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.

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