Demonica d’Hervé Gagnon ou l’horreur hivernale

demonica hervé gagnonLe Québec héberge bon nombre d’auteurs prolifiques et Hervé Gagnon en fait certainement partie. Avec pas moins de 19 romans jeunesses à son actif, dont la série Le Talisman de Nergal, ainsi que les séries pour adultes Malefica, Damné et Vengeance, on peut dire qu’il a de l’imagination- et de la discipline- à revendre! L’auteur chicoutimien, qui est également historien, s’est récemment lancé dans une série de sombres romans policier (Une Enquête de Joseph Laflamme) et, bien qu’il ajoute souvent des ingrédients d’ésotérisme et de fantastique dans ses œuvres, il ne s’était jamais essayé à l’horreur. Avec Demonica, Gagnon plonge pour de bon dans le récit d’épouvante, mais ne délaisse pas pour autant sa passion de l’histoire.

En 1563, Guichard Sorbiac et sa grand-mère, accompagnés d’autres protestants désirant fuir les catholiques, s’embarquent sur un bateau en destination du Canada. Avec l’espoir de fonder un nouveau village prospère, la colonie s’établit sur les ruines du village Iroquois Hochelaga, mystérieusement détruit et déserté en 1532. Mais, les colons étant partis trop rapidement, ils sont mal préparés pour cette nouvelle aventure et qui plus est, les éléments s’acharnent sur eux. Victimes de mauvaises récoltes, de gibier inexistant, du froid mordant et de la neige, les habitants du nouveau village Havre-Grâce voient les siens mourir de faim et de faiblesse. Pire encore, une des enfants semble possédée par le démon, une étrange créature rôde autour de la palissade et des pulsions cannibales sèment la discorde.

Hervé Gagnon a certes un talent pour instiller le suspense et installer une ambiance glauque, mais ce qui frappe le plus à la lecture de Demonica, c’est sa capacité à  faire ressentir des sensations. Alors que le froid prend possession des pauvres  colons, gel les orteils et pénètre les os, le lecteur se surprendra à se recouvrir d’une petite laine! Et tandis que la faim, inévitable, paralyse Guichard et ses voisins, mieux vaut avoir l’estomac bien rempli. Ainsi, grâce à la plume de l’auteur, axée sur les cinq sens, on éprouve tour à tour le dégoût, l’angoisse et le désespoir.

L’histoire aurait par contre bénéficié de personnages un peu plus étoffés. Chaque colon de Havre-Grâce ne semble se définir que par sa profession et quelques traits physiques. Ce qui a pour effet des pertes de mémoire qui brise parfois le fil de la lecture, sans compter qu’on se désole et s’inquiète beaucoup plus pour un personnage auxquels on s’est attaché, celui qui est devenu beaucoup plus qu’un nom sur du papier.

Belle surprise en ce qui concerne les scènes d’horreur : Hervé Gagnon n’est pas frileux côté hémoglobine! L’auteur fait ainsi voir, par le biais de descriptions puissantes et bien menées, d’effroyables visions et des tableaux très peu ragoûtants. Certaines scènes versent même carrément dans le gore, au point de presque sentir l’odeur ferreuse du sang.

Saluons le mélange efficace de terreur, de suspense, de drame et de légende qu’a su rendre l’auteur Hervé Gagnon avec Demonica. Un autre bel ouvrage de qualité de la part de la jeune maison d’édition Recto-Verso (La Peau de mal, Les Anges sacrifiés), qui s’investit dans la littérature de genre en la rendant accessible au grand public.

Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.

1 Comments

  1. Il m’intéresse beaucoup…Des écrits « jeunesse », et du fantastique…L’alchimie parfaite!

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