Nos critiques Fantasia 2018 partie 1

Festival Fantasia 2018

L’édition 2018 du festival Fantasia a enfin débuté! Clair/Obscur y envoi deux de ses meilleurs critiques de films pour braver les files interminables et les miaulements du public pour vous livrer leurs impressions sur les films au programme. Voici ici critiqués par Sébastien Bourget et Chloé Leclerc les longs-métrages visionnés entre les 12 et 21 juillet.

DANS LA BRUME

Dans la brume Fantasia 2018De Daniel Roby/Canada-France/2018/89 minutes

À la suite d’un tremblement de terre, un épais brouillard toxique provenant des profondeurs du sol se repend dans toutes les rues de Paris. Seule une poignée de gens survivent à cette catastrophe en se réfugiant en hauteur des bâtiments. Au cœur du chaos, Mathieu et Anna doivent redoubler d’efforts pour veilleur à distance sur leur jeune fille malade, prisonnière de la brume et confinée à un module d’isolation. Lorsque les enjeux se corsent, ils n’ont plus d’autres choix que d’affronter les nombreuses menaces qui rôdent dans la sinistre masse de fumée pour assurer leur survie et celle de leur fille. Ce film catastrophe est mené par un petit nombre de personnages qui gagnent notre respect par leurs actions logiques, leur débrouillardise et une touche d’héroïsme. Les excellents Romain Duris et Olga Kurylenko commandent le respect par leurs performances d’une grande exigence émotionnelle et physique. Ils mordent à pleines dents dans les rôles de courageux parents déterminés à ce que leur famille sorte vivante de ce cauchemar éveillé. Derrière la caméra, le québécois Daniel Roby relève ce défi complexe avec maîtrise. Il montre son savoir-faire pour donner vie à un scénario crédible et bien équilibré dans ses enjeux, ses péripéties et les moments où on peut reprendre notre souffle. Gardez l’œil ouvert pour ne rien manquer de la poursuite en plan-séquence entre les protagonistes et un chien affamé. Avec sa durée concise et idéale de 89 minutes, Dans la brume est voué à devenir un incontournable du film catastrophe moderne.

-Sébastien Bourget

NIGHTMARE CINEMA

Nightmare camera Fantasia 2018De Alejandro Brugues, Joe Dante, Mick Garris, Ryuhei Kitamura, David Slade/États-Unis/2018/119 minutes

Lors de la même nuit, des individus sont irrésistiblement attirés à l’intérieur d’une salle de cinéma déserte. Tour à tour, chacun d’eux voit une histoire d’horreur projetée à l’écran dont ils sont les personnages principaux. Pendant qu’ils ont les yeux rivés sur l’écran, ils ne se doutent pas que, caché dans la noirceur, l’inquiétant projectionniste s’assure qu’ils ne sortiront pas vivants de son cinéma. S’il y a une formule dont les amateurs de films d’horreur ne se lassent pas, c’est celle de l’anthologie dans laquelle quelques histoires variées en styles et niveaux d’épouvantes sont reliées ensemble par un fil conducteur. C’est ce concept que nous proposent les cinq vétérans du cinéma de genre derrière la réalisation de ce projet. Chacun d’eux est en grande forme et tire le maximum des scénarios qu’ils mettent à l’écran. Gardez l’œil ouvert pour le jouissif segment survitaminé de Kitamura traitant de possessions diaboliques. Dommage que le légendaire Joe Dante ait hérité du chapitre le plus faible sur les revers terrifiants de la chirurgie esthétique. Les autres segments abordent une variation du film de slashers à la sauce Body Snactchers, une descente dans l’antre de la folie et les contrecoups d’être réanimé après son propre meurtre. L’interprétation adéquate des personnages est confiée à un ensemble d’acteurs émergents qui sont entourés par quelques visages connus comme Mickey Rourke, Elizabeth Reaser et Richard Chamberlain. Dosant bien gore, horreur et humour, Nightmare Cinema s’acquitte honorablement de son mandat en faisant un peu mieux que ses prédécesseurs. 

– Sébastien Bourget

SUMMER OF 84

summer of 84 Fantasia 2018De François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell/Canada-États-Unis/2018/105 mins

Au milieu des années 80, une vague d’enlèvements sème l’inquiétude dans une petite banlieue américaine. Quatre adolescents habitants près d’où les disparitions se produisent commencent à suspecter qu’un de leurs sympathiques voisins serait le kidnappeur. Au risque de leurs vies et de perdre leur permission de sortir jusqu’à 22h, ce petit groupe de jeunes décide de mener leur enquête à la recherche de preuves pour démasquer le fou dangereux qui serait peut-être leur voisin d’en face. Dans leur nouvelle réalisation, nos québécois du trio RKSS s’offrent un hommage aux suspenses des années 80 dont ils ne signent pas le scénario. Le récit prévisible et sans surprises est fait de toutes les conventions du genre et n’apporte rien de nouveau à ce type de thriller. En revanche, les personnages archétypaux (le gars gêné, le nerd, le bad boy, le grassouillet et la belle voisine aventureuse) sont campés par de jeunes acteurs dont la chimie à l’écran est aussi indiscutable que divertissante à regarder. Au niveau de la réalisation, il ne faut pas faire l’erreur de s’attendre à revoir les extravagances mémorables de TurboKid. Summer of 84 est d’un tout autre registre et est l’instrument parfait pour y constater la surprenante amélioration de RKSS dans leur maitrise de la mise en scène. Au final, ce n’est pas le succès critique et commercial de ce film qui compte, mais plutôt d’être témoin de la constante évolution de ses artisans en des cinéastes de plus en plus aguerris. 

-Sébastien Bourget

COLD SKIN

Cold skin Fantasia 2018De Xavier Gens/France-Royaume Uni/2018/107 minutes

En 1914, un homme se rend sur une île isolée en Antarctique pour occuper la fonction de météorologue pendant 12 mois. Dès son arrivée, il découvre qu’un inconnu hostile nommé Gruner a élu domicile à l’intérieur du phare de l’île. Lorsque la nuit tombe, le météorologue découvre que des hordes de créatures aquatiques meurtrières sortent de l’eau pour attaquer quiconque se trouve sur l’île. Confronté à ces attaques nocturnes quotidiennes, l’homme doit s’allier à l’inquiétant Gruner et à une créature apprivoisée s’il veut survivre aux nuits prochaines. Cold Skin donne l’impression d’être un film baignant dans les éléments de la littérature Lovecraftienne. Outre la présence d’humanoïdes des profondeurs et d’un peu de folie, le film se concentre sur un curieux triangle amoureux entre les deux hommes et la créature nommée Aneris. Côté personnages, on s’en tient au minimum avec des acteurs talentueux pour les incarner. David Oakes démontre avec justesse les conflits intérieurs du météorologue. Aura Garrido, sous un épais maquillage, crève l’écran dans son interprétation vulnérable d’Aneris. Le versatile Ray Stevenson vole le spectacle sous les traits de l’insidieux Gruner qui n’a que sa propre survie en tête. À la réalisation, Xavier Gens est à la hauteur et tire le maximum de ses acteurs et des superbes décors naturels pendant tout le film. Il n’abuse pas des images de synthèse en privilégiant les maquillages réels avec ses créatures. Cold Skin est un effort respectable, dédié aux amateurs de films de monstres, qui aurait bénéficié de quelques surprises de plus. 

-Sébastien Bourget

CHAINED FOR LIFE

chained for life Fantasia 2018De Aaron Shimberg/États-Unis/2018/91 mins

Sur le plateau d’un film d’horreur, des acteurs de profession côtoient des personnes atteintes d’un handicap important (un homme gravement défiguré, une femme à barbe, deux jumelles siamoises, etc.). C’est avec beaucoup d’humour et d’autodérision que le réalisateur nous amène à remettre en question notre vision de la beauté et de la laideur. Comme il l’a mentionné lui-même, il pose des questions sans y répondre. Contrairement à d’autres films où l’on sent l’exploitation des personnes handicapées, ce film donne la parole à ces derniers et montre l’envers de la médaille. Le réalisateur parle de sa propre réalité, et nous ouvre la porte au monde du cinéma. Ce film nous surprend en alternant les scènes tournées par les personnages et les scènes de la vie des personnages, si bien qu’on en vient à ne plus savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Plusieurs fins alternatives sont simplement proposées, et une sensation onirique en découle alors qu’on se perd dans la narration. L’ambiance est unique, l’absurdité des situations nous frappe et nous fais rire. Je donne à ce film unique la note de 7/10.

 Chloé Leclerc

SATAN’S SLAVES

Satan's slaves Fantasia 2018De Joko Anwar/Corée du sud-Indonésie/2017/107 mins

Après le décès de la mère, chanteuse populaire, une famille se voit devenir la cible d’esprits malveillants. Avec l’aide d’un ami, la grande sœur essaie de trouver une solution. Par où commencer… Ce film est un véritable chef-d’œuvre, un incontournable. Chaque élément du film contribue au sentiment étouffant qui nous envahit dès les premières minutes. La maison? Terrifiante! Avec ses planchers et ses portes qui grincent, ses murs craquelés, ses longs couloirs sombres… La mère? Terrifiante! Avec ses joues creusées, son teint malade et ses longs cheveux noirs qui rappellent ceux des fantômes japonais. J’ai regardé ce film sur le bout de ma chaise, tendue comme une corde de violon. Quelques scènes humoristiques viennent s’alterner avec les scènes horrifiantes, créant ainsi une montagne russe de sensation. Dans la salle, on a crié, on a ri, on s’est exclamé, quelle expérience! Oui, c’est une histoire de fantôme comme on en a déjà vue, mais avec une bonne dose d’originalité, et, disons-le, les effets sont diablement efficaces! D’autant plus que l’on s’attache  rapidement aux personnages. Les jeux d’ombres et les sons (ou pire, le silence!) contribuent à l’ambiance angoissante et le cycle entre les périodes de calme (le jour) et les périodes actives (la nuit) crée un réflexe pavlovien dès que la nuit tombe. Est-ce que ce film m’a divertie? Oui. Est-ce que ce film m’a surprise? Oh que oui. Je donne une note de 9/10 à ce petit bijou.

Chloé Leclerc

THE NIGHTSHIFTERS

De Dennison Romalho/Brésil /2018/104 mins

the Nightshifters Fantasia 2018The Nightshifters raconte l’histoire d’un travailleur de nuit dans une morgue, doté d’un don particulier; celui de pouvoir parler aux morts. Chaque nuit, ces derniers lui révèlent leurs inquiétudes face à leur situation, ainsi que leurs secrets les plus sombres… Une révélation viendra chambouler sa vie et le mènera à utiliser son don pour assouvir sa vengeance. D’abord, mention à l’actrice secondaire qui fait un personnage qu’on adore détester. Très bon jeu d’acteur de sa part. Autre point positif, les scènes de morgue, où les couleurs froides des murs et des instruments se mêlent aux couleurs chaudes des corps et du sang. Quelques scènes m’ont rappelé Autopsy of Jane Doe, étant donné le lieu de travail du personnage principal et le thème du film. Malheureusement, de nombreux détails viennent ruiner notre expérience. D’abord, le personnage principal est vraiment un imbécile, qui prend constamment des décisions illogiques. Oui, le but du film est de voir sa déchéance, mais le spectateur est incapable de s’attacher au personnage. Quelques incohérences nous font décrocher, et la fin laisse à désirer. Finalement, c’est un humour un peu tordu qui sauve le film.Est-ce que ce film m’a divertie? Oui. Est-ce qu’il m’a surprise? Non. Je donne un 6.5/10 à The Nightshifter, un film qui nous laisse sur notre faim.

Chloé Leclerc

LIFECHANGERS

Lifechangers Fantasia 2018De Justin McConnell/Canada/2018/84 mins

Un être a besoin de sucer la vie des autres afin de survivre. À travers tous ces corps qui se succèdent, il essaie de se rapprocher de l’amour de sa vie. Ce film n’est pas un film d’amour. Tout ce que le personnage principal peut prendre, il le prend, même lorsque cela signifie tuer en laissant sa victime dans d’atroces souffrances. Il saute de corps en corps sans être capable de mettre fin à ce cycle infernal. Tous les soirs, il va rejoindre la fille dont il est amoureux au bar. Chaque fois, c’est un nouveau corps, et chaque fois cette fille doit être séduite. Malgré quelques incohérences frappantes dans le scénario, le film m’a divertie. Le meilleur élément se trouve dans la fin qui nous surprend. L’horreur y est présente à bien des niveaux, beaucoup de body horror, mais aussi une horreur plus profonde, plus insidieuse. On s’attache, non pas au personnage principal qui a bien des défauts, mais plutôt à la fille dont il est amoureux qui a un passé trouble. Il y a une petite redondance dans le déroulement des événements, atténuée par une gradation de la tension. Je donne à Lifechanger la belle note de 8/10. Par Chloé Leclerc.

Sébastien Bourget

About Sébastien Bourget

Scénariste, réalisateur, critique de films, concepteur de jeux vidéo et nouvellement podcaster, Sébastien est un passionné du Septième art et d’absolument tous ses genres. Toujours à la recherche de nouveaux terrains de jeu pour exprimer sa créativité et créer des histoires, il s’aventure également dans la l’écriture de nouvelles littéraires et la création de jeux vidéo.

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