Critique: La Noirceur de François Lévesque

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noirceur-lévesque-alireFrançois Lévesque a habitué ses lecteurs à des œuvres d’une grande qualité. Son nouveau roman La Noirceur, disponible depuis le 27 août 2015, ne fait pas exception. Rendant hommage au cinéma d’Hitchcock et de Polanski, La Noirceur propose un huis clos inquiétant dans lequel un père et sa fille emménagent dans une maison hantée.

L’histoire débute avec l’éclatement d’une famille. Jacynthe quitte son mari, Guillaume, et abandonne, par la même occasion, sa fille Daphnée. Désireux de reprendre sa vie en main, Guillaume quitte Montréal pour s’installer dans la maison de son enfance à la suite du décès de son père. Daphnée apprend alors l’existence de tout un pan de famille dont elle n’avait jamais rien soupçonné : un grand-père vivant comme un reclus, une grand-mère internée depuis trente ans et une tante, la sœur jumelle de son père, disparue lorsqu’elle avait douze ans. En plus des conséquences du divorce, de l’éloignement dû au déménagement et des frictions qui perturbent la relation du père et de la fille, la nouvelle maison réserve quelques mauvaises surprises à ses nouveaux habitants. Qu’est-ce qui se dissimule dans les recoins sombres de la chambre de Daphnée ? Quels terribles secrets la maison va-t-elle leur révéler ?

Le récit nous est livré par Guillaume et Daphnée, leur «voix» s’alternant à chacun des chapitres. D’une part, on partage le point de vue du père aimant et conciliant qui porte toujours les cicatrices de son enfance et d’autre part, celui d’une adolescente blessée du départ et du silence de sa mère. L’alternance de deux perspectives différentes est une première pour François Lévesque, tout comme le fait de placer à l’avant-plan un personnage féminin. En effet, ces précédents romans ont toujours été présentés du point de vue d’un protagoniste masculin. De plus, le fait de partager la vision et les pensées des deux personnages permet d’explorer de façon plus probante le développement d’une relation père-fille en contexte de crise.

Le récit est solidement ancré dans le réel. Lévesque installe son intrigue dans un univers connu, celui du Québec moderne, et expose le drame d’une famille auquel on croit parce qu’il sonne juste. Il respecte donc les codes du récit fantastique traditionnel où l’élément surnaturel apparaît dans le cadre réaliste de la vie quotidienne. C’est dans un décor familier que vont se produire les événements étranges et mystérieux de La Noirceur.  Le fantastique s’y présente plutôt par la suggestion de l’innommable que par des scènes choquantes et des effusions de sang. Les manifestations surviennent peu à peu, sans violence et sans brusquerie créant une atmosphère étouffante et menaçante. Les personnages n’ont d’ailleurs pas toujours conscience de tous les événements étranges qui se déroulent dans la maison. Le lecteur, par contre, est régulièrement pris en témoin et c’est lui qui vit l’angoisse du danger imminent.

L’effet de réel se retrouve également dans les dialogues démontrant un souci évident de vraisemblance. Le phénomène se remarque particulièrement dans les échanges entre Daphnée et sa meilleure amie Sophie. L’élaboration de conversations qui ressemblent au langage des adolescents d’aujourd’hui témoigne du désir de créer des personnages plausibles tout comme le décor dans lequel ils évoluent. Les nombreuses références à la culture populaire, au cinéma et à la littérature de genre contribuent à renforcer la création du cadre réaliste.

Même si l’intrigue n’est pas nouvelle, l’histoire d’une famille qui s’installe dans une nouvelle maison qui se révèle être hantée, elle est menée avec originalité, retenue et sans violence gratuite. Les personnages sont criants de vérité en plus d’être nuancés et ils évoluent dans cette atmosphère troublante que l’on reconnaît chez Lévesque. Déconcertant et terrifiant, le roman de François Lévesque ne met pas seulement en scène la noirceur physique, mais expose celle que peut dissimuler l’âme humaine.

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About Mélissa Boudreault

Passionnée de littérature fantastique et d’épouvante, amatrice de cinéma et de séries télé de genre, Mélissa est maintenant l’éditrice en chef de La Marche des Zombies de Montréal. Elle a participé aux colloques Autopsie du zombie en 2012 et Télé en série en 2014. Détentrice d’une maîtrise en Études Littéraires, elle a collaboré à l’essai Angles morts. Différents regards sur le zombie paru chez les Éditions XYZ.

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